Les 10.000 agents immobiliers du pays sont dans les starting blocks

Après 50 jours de confinement, la plupart du temps sous le soleil, les candidats à l'achat risquent bien de privilégier les biens neufs avec terrasse et/ou jardin. Ici, un projet neuf de 11 appartements commercialisé à Saint-Josse dès le 11 mai par Latour&Petit.

50 jours qu’ils sont en apnée. Certains d’ailleurs, descendus trop bas, ne remonteront plus le volet. Pour les autres, on prépare les bureaux et le nouveau guide des bonnes pratiques au temps du déconfinement, qu’on veut durable. Nous avons pris la température à quelques jours de la réouverture des visites physiques dans les appartements et maisons à vendre ou à louer.

Il était moins une. Chez nous, on estime que près de 15 à 20% des courtiers indépendants sont déjà passés sous la ligne de flottaison depuis le début du confinement, si leur banquier ne leur tend pas la main. Chez nos voisins français, une étude plus approfondie parle de 80% des professionnels du courtage immobilier en manque de liquidités d’ici un mois, si la pompe n’est pas rapidement réamorcée. Autrement dit, ici comme ailleurs, il y aura de solides restructurations et des concentrations, une fois l’orage passé. 

"Comme 80% des agents immobiliers belges, je suis seule à bord. Et ces indépendants largement majoritaires réalisent environ 20% des transactions quand il y en a, le gros de l’activité étant réalisé par les grandes structures", résume Evelyne Gielen, agente immobilière à Uccle depuis plus de 20 ans. Autrement dit, la loi de Pareto s’applique aussi au courtage immobilier. Par ailleurs, celle-ci nous dit travailler à bureau fermé: elle n’a pas de vitrine, son bureau est à domicile et non accessible au public, qu’elle rencontre directement dans les logements à vendre ou à louer ou chez les notaires.

"Il est impératif et dans l’intérêt des parties que l’agent immobilier puisse être présent physiquement tant à la signature du compromis qu’à l’acte."
Evelyne Gielen
Mètre Carré

"Donc pour moi, les mesures de prévention au bureau, c’est simple. Mais cela veut aussi dire que si je trébuche, ma SPRL Mètre Carré n’a plus de rentrées. Heureusement, j’ai un peu de trésorerie. Mais je serai doublement prudente lors de mes futures visites… Pour mes clients comme pour moi-même", confie-t-elle. Avant d’ajouter qu’il est impératif et dans l’intérêt des parties que l’agent immobilier puisse être présent physiquement tant à la signature du compromis "car beaucoup de points s’y discutent encore" qu’à l’acte. "Or, depuis la mi-mars, c’est interdit…", rappelle-t-elle. 

Éviter le "bourrage" physique

Pour les visites de biens qu'elle organise, jamais plus de deux personnes candidates à l’achat ne seront autorisées "car un bien s’achète souvent à deux, en couple. Ou alors, parent et enfant. Je crains d’ailleurs qu’on ne doive pré-qualifier les candidats amateurs sur dossier, car ces mesures de précaution vont ralentir fortement les visites physiques et donc les limiter. Impossible en effet d’organiser 100 visites en un week-end dans le respect des consignes sanitaires et de distanciation imposées par l’IPI (Institut professionnel des agents immobiliers)", prévient encore Evelyne Gielen. 

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Denis Latour, administrateur délégué du réseau bruxellois Latour&Petit, finalise pour sa part les derniers aménagements de ses bureaux à Woluwe-Saint-Lambert (siège), au Châtelain (Ixelles) et près de la place Dumon (Kraainem) pour un retour "serein et partiel" du personnel. "Si, par malheur, un membre du groupe partiel présent (jamais plus de 3 personnes à la fois) venait à tomber malade, plus personne ne viendrait au bureau durant 15 jours", précise-t-il déjà. 

Une lettre-standard a également été préparée à l’attention de tous les clients concernés par un rendez-vous en agence (deux personnes maximum à la fois). On peut y lire que les pièces occupées et le mobilier seront désinfectés avant et après chaque visite, couplées par deux au maximum, et en évitant l’usage de l’ascenseur autant que possible. L’ensemble des lieux sera également balisé pour "laisser des distances confortables entre tous" permettant de se passer de masques. On veut y croire. Et on corrigera sans doute le tir à l’usage.

Masque et doigté

Au sein du réseau Trevi, le port du masque sera par contre obligatoire pour tous les visiteurs sans exception. "Et bien sûr, nous les fournirons si besoin", prévient Eric Verlinden, le patron. Ici aussi, on prévient déjà que les ascenseurs seront un nœud gordien à tenir à l’œil. Pour les visites groupées de biens à louer ou à vendre, le timing de rigueur par candidat sera de 15 minutes, "en s’y tenant pour éviter les agglutinations dans les halls d’entrée". 

Les maisons neuves avec jardin à prix abordable, pas trop loin de Bruxelles (ici à Wavre-sud): un bien qui sera très demandé dans les prochaines semaines.

Mais on se doute que ce ne sera pas possible partout, surtout dans les appartements de seconde main. Et même si le port du masque est de rigueur, il faudra mettre doublement des gants et une bonne dose de doigté dedans à l’attention des occupants pour ne pas perdre le mandat... À ce propos, Trevi ajoute d’ailleurs que le port des gants en latex ne sera pas obligatoire "sauf si nous y sommes contraints par des occupants particulièrement craintifs… ou qui feignent de l’être pour esquiver les visites". Du doigté, qu’on vous disait…

Au ralenti malgré tout

Pour Evelyne Gielen, trop de candidats à l’achat venaient, il y a deux mois encore, visiter un bien en dilettante, sans même avoir consulté préalablement leur banque ou leur notaire. Dorénavant, ce sera provisoirement impossible. "Je leur conseille vraiment de préparer leur dossier, car la concurrence sera exacerbée sur les zones les plus courues". Dans le même ordre d’idées, on enregistre depuis deux mois, du côté de l’offre, un sérieux ralentissement dans la constitution des dossiers de vente vu la mise en veilleuse des instituts administratifs et des études notariales.

À ce propos, on ajoutera que la signature électronique, légalement autorisée depuis plusieurs semaines déjà, n’est toujours pas techniquement effective dans la plupart des études du pays. "Boucler un dossier est réellement devenu un challenge en ces temps de confinement: il faut 1 à 2 mois pour préparer une vente alors que la pression de la demande monte, notamment pour disposer de dossiers complets avant visite. Cela va être une course contre la montre!", sourit-elle, néanmoins heureuse de repartir au turbin.

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