analyse

Les 5 arguments de Brussels Airlines pour justifier son sauvetage

Brussels Airlines entend bien obtenir le soutien de l'Etat pour survivre à la crise liée à la pandémie de Covid-19. ©Photo News

La compagnie aérienne a envoyé un récapitulatif de son activité aux autorités, dont la SFPI afin d'obtenir son sauvetage, alors que son avenir sera discuté cette semaine, au 16 rue de la Loi.

Il est de bon ton, dans certains cénacles politiques, de considérer que le transport aérien n’est pas un secteur stratégique (à aider, donc), surtout pour une Brussels Airlines (SN), désormais "allemande" car à 100% aux mains de la Lufthansa. Cette myopie a poussé la compagnie à rédiger un petit mémorandum qui a été envoyé aux autorités, dont la SFPI (Société fédérale de participations et d’investissement) et que nous avons pu consulter. Cela alors que le CEO de Lufthansa, Carsten Spohr, est attendu rue de la Loi, cette semaine, pour discuter du sauvetage de Brussels Airlines. 

SN rappelle que, malgré une année 2019 marquée par la faillite de Thomas Cook (dont elle assurait les vols) et qui lui a occasionné une perte de 900.000 passagers, l’année 2020 avait bien commencé, jusqu’à la date du 24 février, où, sur des coefficients de remplissage prévus de 70%, à peine la moitié des passagers se présentait au départ. Hors vols de rapatriement, Brussels a mis une série d’avions au sol, alors que les frais fixes perdurent, tels le leasing d’avions, la maintenance, les frais de personnels, etc. On considère, dans le secteur aérien, qu’une flotte à l’arrêt continue à coûter au moins un tiers des frais habituels.

4.200
emplois
Avec 4.200 personnes, Brussels Airlines est le principal employeur de l’industrie aéronautique belge.

Dans ce contexte, le risque de faillite se dessine et Lufthansa appelle à l’aide les pays de ses filiales (en Suisse, les compagnies Swiss et Edelweiss ont obtenu hier un prêt garanti de 1,5 milliard de francs suisses). Pour devancer d’inévitables débats, SN argumente sa nécessité en cinq points.

1° Brussels Airlines a un impact direct sur l’économie belge. Avec 4.200 personnes, la compagnie est le principal employeur de l’industrie aéronautique belge. "Chaque ligne exploitée par Brussels Airlines entraîne quatre fois plus d’emplois en Belgique qu’un transporteur exploitant la même ligne", précise le document. Par ailleurs, la compagnie permet la création de plus de 50.000 emplois dans l’économie belge (10.000 des fournisseurs directs comme le handling ou le catering et 40.000 en prestations indirectes).

"On estime que 50% de la capacité long-courrier de l’aéroport de Bruxelles disparaîtrait si Brussels Airlines n’était pas présente."
La note de Brussels Airlines à destination des autorités

Avec 40% de part de marché à Brussels Airport, la compagnie assure son succès, y compris pour les correspondances d’autres compagnies, et paye 150 millions d’euros de redevances. SN est aussi le premier client de Skeyes.

2° La compagnie est le noyau de Star Alliance à Bruxelles. Si Air Canada, United ou All Nippon desservent Bruxelles, c’est parce qu’elles sont dans la même alliance que SN et que des liaisons en transit via SN sont possibles. "On estime que 50% de la capacité long-courrier de l’aéroport de Bruxelles disparaîtrait si Brussels Airlines n’était pas présente", indique la note. Idem pour les compagnies du groupe Lufthansa (Swiss, Austrian…) qui drainent 1 million de passagers à Bruxelles.

3° Le véhicule de l’économie belge dans le monde. La disparition de la Sabena l’avait bien montré: toutes les liaisons aériennes européennes n’avaient pas été remplacées et il fallait, dans certains cas, faire escale pour aller ne fût-ce qu’en Europe. Pour les vols africains, c’était encore pire car, même en passant par Paris, Londres ou Francfort, les tarifs avaient sérieusement grimpé. Brussels Airlines offre des billets sans escale sur plusieurs destinations européennes et est même bien présente sur l’Afrique: une liaison quotidienne sur Kinshasa, Kigali, Abidjan ou New York et Washington.

Brussels Airlines rappelle aussi qu’elle a été présente pour les actions urgentes de rapatriement, qu’elle est le partenaire principal des missions économiques et qu’elle a la confiance des grandes institutions internationales.

4° Un transporteur national engagé. "La position de leader de Brussels Airlines sur le marché africain est essentielle. S’en écarter, c’est manquer une occasion de participer à la croissance attendue de ce continent", poursuit la note aux autorités. On disait de la Sabena qu’en Afrique, en cas de troubles, "elle était la dernière à partir et la première à revenir", et c’est vrai qu’avec la crise Ebola, Brussels a fait mieux: elle n’est jamais partie, permettant à des équipes médicales de se rendre dans les zones infectées – Guinée, Sierra Leone, Liberia –, comme l’a reconnu l’ONU.

La survie est "une question d’intérêt national étant donné le rôle central dans l’économie et la société belge", indique la note.

L’Afrique n’a pas oublié, mais Lufthansa non plus. SN est la compagnie de référence sur le continent noir et le relais de toutes les compagnies de Star Alliance qui transitent par Bruxelles.

5° Un ambassadeur de la culture belge. Les politiques n’en auront sans doute rien à faire, mais oui, SN véhicule la culture belge sur (Magritte, Hergé, Brueghel…) et dans (Neuhaus, Stella, chefs étoilés…) ses avions, mais la compagnie conclut en estimant que sa survie est "une question d’intérêt national étant donné le rôle central dans l’économie et la société belge". Dans certains pays (Finlande, Norvège, Italie, France, Pays-Bas…), il n’y avait pas besoin d’argumentaire. En Belgique, c’est différent.

Tout savoir sur le coronavirus Covid-19

La pandémie de coronavirus Covid-19 frappe de plein fouet la vie quotidienne des Belges et l'économie. Quel est l'impact du virus sur votre santé et sur votre portefeuille? Les dernières informations et les analyses dans notre dossier. 

Par thématique:

Lire également

Publicité
Publicité