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Les agences de rencontres vivent un véritable boom post-Covid

Les agences matrimoniales connaissent un essor inattendu depuis plusieurs mois. ©Kristof Vadino

On les croyait mortes et enterrées, il n’en était rien! Les agences de rencontres bénéficient d’un véritable boom post-Covid.

Laura a 35 ans. Belle, grande et mince, elle est cadre supérieure dans la finance. Pas d’enfants, beaucoup d’amis, une chouette famille, des activités multiples et variées, accro aussi bien au sport qu’aux activités culturelles, on ne peut s’empêcher de se demander ce qu’une fille extravertie comme elle fait dans un bureau comme celui-ci. Comme cinq autres personnes à Bruxelles aujourd’hui, Laura a pourtant rendez-vous avec Marie de Duve, la patronne de Valérie Dax. Car oui, l’agence "matrimoniale" Valérie Dax, fondée il y a 50 ans, existe toujours, même si sa fondatrice n’est plus et qu’aujourd’hui, on ne dit plus "matrimoniale", mais agence "de rencontres".

Les 1.500 euros annuels ne freinent pas Laura

Ce que cherche Laura? L’amour. Ce qui coince? Les hommes qu’elle rencontre. "Pas le même niveau", particulièrement sur les réseaux sociaux, Tinder et autres Meetic où tant socialement qu’intellectuellement le gap semble trop grand pour elle. Ce sont aussi des lieux où la plupart des hommes ne cherchent que du sexe, et ce, sans pour autant oser l’avouer. Au boulot? "Souvent des hommes mariés en quête d’aventures".

En un mot, Laura recherche "un homme challenging intellectuellement et prêt à s’investir vraiment". Les 1.500 euros d’inscription pour une année ne la freinent pas, la future membre estime que les services en valent la peine, son bonheur aussi, d’autant que la cadre supérieure n’a pas le temps de courir les événements ou les soirées pour dénicher l’âme sœur.

Avec la généralisation du télétravail et l’interdiction des mariages en grande pompe, les deux occasions de rencontre les plus importantes disparaissent.

Si le manque de temps semblait jusqu'ici être l'argument principal qui poussait à recourir à une agence, le Covid a changé la donne. Plus de soirées mondaines ni d’événements sociaux ou de grands raouts professionnels: les occasions de se rencontrer se réduisent désormais à des bulles plus petites encore que celles dont les célibataires se plaignaient avant le début du confinement, les fameux "je ne fréquente jamais que les mêmes milieux".

Ajoutez à cela la généralisation du télétravail et l’interdiction des mariages en grande pompe – les deux occasions de rencontres les plus importantes depuis des décennies – et voici que se dessine sous nos yeux la nouvelle cartographie du terrain de chasse amoureux.

Car, si le Covid est une catastrophe sanitaire, économique et sociale, son impact est encore plus durement ressenti par les célibataires, les isolés ou les divorcés. L'opportunité est donc là pour les agences de rencontres. Pour celles que nous avons contactées - Valérie Dax et Atoutcoeurs -, le constat est le même: les inscriptions ont triplé et le chiffre d’affaires du mois de septembre est trois fois supérieur à celui de janvier. Un véritable "déclic Covid" pour ceux qui, enfermés seul chez eux durant deux mois, ont eu le temps de réfléchir sur leurs choix de vie.

Dans les agences de rencontres, on commence à voir arriver les clients issus des séparations post-Covid.

La solitude certes. Mais pas que. Il y a aussi ce partenaire sur lequel on s’interroge, un huis clos qui a précipité la rupture inéluctable d’un couple qui, sans quoi, aurait peut-être tenu encore quelques années. Dans les agences, on commence d’ailleurs à les voir arriver, ces clients issus des séparations post-Covid.

Sabine Pasquier (Atoutcoeurs) a deux rendez-vous prévus après notre rencontre, deux femmes dans la quarantaine qu’elle devra sonder quant à leur réelle disponibilité émotionnelle. Pas question, en effet, d’accepter des membres qui n’auraient pas fait le deuil de leur précédente relation. Après le boom du Covid, un rebond donc des séparations, même si les agences expliquent que l’afflux dû aux séparations ou aux divorces ne se fera véritablement sentir qu’à la fin de l’année, voire début 2021.

Une seule crise: celle d'internet

Un boom extraordinaire auquel ni Valérie Dax ni Atoutcoeurs ne s’attendaient véritablement, à tout le moins, pas dans cette proportion. Même si toutes deux l’admettent: ces trois dernières années sentaient bon "la reprise" pour cette activité si ancienne. "Marieuse" est l’un des plus vieux métiers du monde. Il s'agissait, jadis, une bonne dame dans un village. L'activité a ensuite gagné les villes, avant de finir par se structurer en agence et de se voir même encadrée par le législateur.

Ce métier n’avait jamais connu la crise, excepté une, celle des années 2000 qui a vu débarquer internet. Exit les marieuses, les célibataires se passeront désormais de leurs services. Une à une, les agences se sont fait engloutir par les sites de rencontres en ligne.

"Quand j’ai lancé mon agence je recevais une à deux demandes par semaine, aujourd’hui c’est tous les jours et jusqu’à quatre le week-end."
Claire Mottart
Fondatrice d'Atoutcoeurs

Dix ans plus tard, les applications de rencontres et de géolocalisation fleurissent sur les téléphones, le coup de grâce pour les dernières marieuses qui remballent alors leurs fichiers. Sites et applications le promettent: avec eux, c’est le "matching parfait". Pour les résultats et les désillusions que l’on sait.

Nombreuses sont, en effet, les déceptions de ces internautes qui, après des jours ou des semaines de discussions en ligne, tombaient virtuellement amoureux avant de déchanter sec lors de la première rencontre. Mais néanmoins, à côté de ceux qui affichent sans complexe leur célibat sur internet, beaucoup rechignent à le faire. Par pudeur, mais aussi par souci d’anonymat, les high profile ou professions publiques ne pouvant pas se permettre de dévoiler ainsi leur intimité. Fini le virtuel, donc, retour aux bonnes vieilles méthodes traditionnelles en quête de rencontres plus "réelles".

"Travail à l'ancienne, outils modernes"

"Quand j’ai lancé mon agence je recevais une à deux demandes par semaine", explique Claire Mottart, fondatrice de l'agence Atoutcœurs en 2010. "Aujourd’hui c’est tous les jours et jusqu’à quatre le week-end. Quant aux contrats, nous en signons 50% de plus que l’année dernière". Atoutcœurs a donc embauché, augmentant son effectif de trois personnes pour gérer l’afflux de nouvelles demandes, mais aussi pour quadriller le pays tout en s’étendant au Luxembourg, Paris ou au nord de la France.

Si les quatre membres d'Atoutcoeurs ont toutes un autre job en parallèle, Marie de Duve, la patronne de Valérie Dax, est seule et à temps plein, pour tout le pays. Elle insiste sur la plus-value du travail "à l’ancienne, mais avec les outils modernes". Autre différence? Atoutcoeurs fournit toujours une photo avec le profil des membres qu’elle propose. Pour gagner du temps: "le physique est tellement important".

Un argument balayé par Valérie Dax, pour qui une photo est trop réductrice. Marie de Duve se rappelle ainsi un rendez-vous en vidéoconférence – confinement oblige – avec une future membre. "Quand elle est venue signer son contrat, j'ai découvert une tout autre personne que celle que je m’étais imaginée. Il est indispensable de se rencontrer, encore plus en matière amoureuse."

"Mon travail, c’est comme celui d’un chasseur de têtes, mais pour les cœurs."
Marie de Duve
Patronne de l'agence Valérie Dax

Mais Covid ou pas, l’inscription dans une agence reste une démarche pas simple, tant les obstacles psychologiques restent nombreux sur le Vieux continent, contrairement au Canada ou aux USA. Chez Atoutcoeurs, on reconnaît qu'il existe une peur de se mettre à nu sentimentalement, d’expliquer son célibat et ses attentes. "Une démarche souvent plus difficile pour un homme, pire encore pour les chefs d’entreprises ou des CEO. En revanche une fois le premier rendez-vous franchi, il faut que ça aille vite, dès la signature ils attendent les premiers profils, particulièrement les hommes d’affaires", explique la fondatrice.

Marie de Duve (Valérie Dax) souligne, quant à elle, l’obstacle psychologique de "devoir payer pour rencontrer des gens. Beaucoup ont du mal à s’y faire, cela les renvoie à leur incapacité à rencontrer quelqu’un alors qu’il s’agit simplement d’ouvrir ses horizons dans un monde devenu beaucoup plus complexe, où les occasions de rencontres sont de plus en plus rares. Je leur dis toujours: 'mon travail c’est comme celui d’un chasseur de têtes, mais pour les cœurs'”.

Un prix qui peut rebuter

Véronique Bouchat (Atoutcoeurs) pointe l’orgueil comme obstacle aux inscriptions: "Au téléphone, certains me disent ‘je n’ai pas besoin de vous pour rencontrer quelqu’un, j’ai une vie très active, je connais énormément de monde et je suis très sollicité. Je leur réponds: 'Mais c’est super, tant mieux pour vous. Mais pourquoi m’appelez-vous alors?'"

3.599 euros, cela pose aussi un paysage social, un gage rassurant pour ceux qui craignent de trouver une âme soeur qui n’en voudrait qu’à leur argent.

Le prix, aussi, peut rebuter: jusqu’à 3.599 euros chez Atoutcœurs pour sept rencontres. Une politique assumée par l’agence, qui se prive d’une clientèle moins aisée. "C’est un choix, une question qui revient à s’interroger sur la place que l’on accorde à sa vie privée, si on préfère s’offrir trois semaines de vacances pour le même prix, cela veut dire que l’amour n’est pas une priorité", réplique Claire Mottart. 3.599 euros, cela pose aussi un paysage social, un gage rassurant pour ceux qui craignent de trouver une âme sœur qui n’en voudrait qu’à leur argent.

Valérie Dax a visé moins haut, estimant que le versement de 1.500 euros est un bon test de motivation, un seuil qui ne la prive pas de catégories sociales dites supérieures tout en permettant un accès à toutes les autres. Il arrive même que certains hommes s’inscrivent simultanément dans les deux agences "pour multiplier leurs chances", explique-t-on.

Les raisons de ces deux quadragénaires au top de leur carrière? Le gain de temps, d'abord: "Je ne sais pas me démener pour ma carrière et traîner dans des bars. Pour rencontrer qui de toute façon?". L’anonymat, ensuite: "Un grand patron ne peut pas mettre sa photo sur un site de rencontres ou un Tinder pour enchaîner des rendez-vous tous les soirs". De son expérience, Claire Mottart explique que, si l’anonymat est recherché par beaucoup, pour d’autres il s’agit aussi de signaler sa disponibilité : "Nos membres sont très actifs et rencontrent beaucoup de personnes sauf qu’il est très difficile de placer dans une conversation sociale qu’ils sont célibataires, ce n’est pas inscrit sur leur front ". 

57% de femmes, 43% d'hommes

Mais comment arrive-t-on dans une agence? Le bouche-à-oreille, le plus souvent, même si les agences mettent la gomme pour se promouvoir sur les sites ou les réseaux sociaux. En réalité, c’est souvent l’entourage qui conseille aux célibataires "d’essayer". C’est ainsi la soeur de Laura qui a pris rendez-vous pour elle. Pour d’autres, ce sont des collègues, leur mère, parfois même leur secrétaire...

Chez Atoutcoeurs, on se rappelle même de ce monsieur envoyé par son ex-femme parce qu’elle-même y avait trouvé l’amour après leur divorce. Dernièrement, un homme arrivait chez Valérie Dax car il entendait deux autres en discuter à la table voisine dans un restaurant.

Marie de Duve explique aussi être sollicitée des années plus tard par d'anciens membres qui avaient été ravis de ses services dix ans plus tôt. Nos deux agences comptent, globalement, 57% de femmes pour 43% d’hommes parmi leurs membres, la majorité se situant entre 30 et 50 ans. Loin des clichés, donc, alors que la demande tend à s’accroître chez les trentenaires, en raison des mesures sanitaires imposées dans les bars, boîtes de nuit et autres activités nocturnes.

En moyenne, 80% des membres d'agences de rencontre finissent par mettre la patte sur l'oiseau rare.

Mais pour quel résultat? En général, et selon les agences, 80% des membres finissent par mettre la patte sur leur oiseau rare, à la condition, toutefois, qu’ils soient prêts – entendez disponibles – et qu’ils se laissent vraiment le temps d’y parvenir. Et si certains trouvent du premier coup, pour d’autres, le chemin est plus long, jusqu’à deux ans parfois.

Parmi les bonnes nouvelles du confinement, un couple formé par Atoutcoeurs l’an passé nous annonçait son mariage prévu pour janvier après un confinement passé dans l’harmonie. Valérie Dax annonce également qu'un bébé a été conçu durant les mois passés à la maison. "La seule chose que nous ne contrôlons pas, c’est l’alchimie entre deux êtres", conclut Véronique Bouchat (Atoutcoeurs). Elle se rappelle de l’histoire de cette femme qui avait flashé sur le profil d’un homme qui venait de suspendre son abonnement pour faire une pause: "Elle était tellement sûre que ‘c’était lui’ que j’ai insisté à mon tour pour qu’il accepte de la rencontrer, aujourd’hui ils sont très heureux ensemble".

Loin des algorithmes

Au-delà de la mise en contact de personnes qui ne se seraient jamais rencontrées, n’est-ce pas dans l’accompagnement de ses membres que réside la plus-value d’une entremetteuse? Écouter et conseiller avant, débriefer après chaque rencontre: des services toujours compris dans le prix de ces agences. Une manière, pour elles, d’affiner les profils, mais aussi les attentes de leurs membres. Un coaching, finalement, pour favoriser les "matchings parfaits". Loin des algorithmes qui régissent désormais nos vies, nos entremetteuses, elles aussi, vous promettent des "matchings parfaits", oui, mais en vrai!

Les agences de rencontre, une affaire de communautés

D’accord il y a le hasard, ce fameux coup de pouce du destin qui subitement vous fait rencontrer l’âme sœur. Sauf que souvent c’est par l’entremise d’amis que des couples se sont formés. Si l’on remonte aux siècles précédents, c’était surtout par le biais de sa communauté religieuse ou sociale que les futurs couples se rencontraient. Autant d’événements organisés structurellement et qui disparaissaient au siècle dernier dans une société occidentale désormais totalement délitée.

Une sacrée différence par rapport à d’autres communautés plus traditionnelles, toujours soudées par leur origine ou leur religion, comme chez les musulmans, où nous n’avons pas trouvé d’agence spécifique. Chez les juifs, la situation est quelques peu différente. Depuis la Genèse, il existe, en effet, le chadkhan (le marieur), mais aussi certains rabbins motivés qui se plaisent encore aujourd’hui à former les couples. Néanmoins, beaucoup de juifs n’en sont pas moins laïcs et ne fréquentent en conséquent que peu ou pas du tout la synagogue et c’est ainsi que quelques agences de rencontres, comme Simantov ou Mazaltov, ont vu le jour, et ce, pour répondre à une demande croissante.

Bon à savoir avant de franchir le pas…

La pratique du courtage matrimonial est organisée par la loi éponyme de 1993 qui prévoit des conditions classiques en vue de protéger le consommateur, mais surtout la possibilité de connaître le nombre de candidats potentiels – tranche d’âge, sexe et régions – déjà membres. Un droit pour les clients, une obligation pour les agences avant toute signature d’un contrat. Une excellente manière, aussi, d’éviter les déceptions ensuite, comme l’insuffisance de rencontres proposées ou les profils qui ne correspondent pas aux attentes, jadis les deux griefs qui étaient le plus souvent reprochés aux agences.

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