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Les aides à l'hôtellerie divisent le gouvernement bruxellois

Seul 5 étoiles de la capitale resté indépendant, l'Hôtel Métropole s'apprête à fermer ses portes. ©Tim Dirven

Désaccord au sein de l'exécutif bruxellois sur le type de soutien à apporter au secteur hôtelier. Le PS préconise une rétrocession de la City Tax sous forme de primes tandis que DéFI et Ecolo plaident pour des prêts à taux réduit via Finance.Brussels.

Unique 5 étoiles de la capitale resté indépendant, l'hôtel Métropole s'apprête à fermer ses portes. Après des années difficiles en raison des attentats et du long chantier du piétonnier, les mesures de confinement ont eu raison de ce joyau du patrimoine bruxellois. Mais cette annonce n'est qu'un avant-goût du marasme généralisé dans lequel se trouve actuellement l'hôtellerie bruxelloise. Le type de soutien à apporter à ce secteur divise pour l'heure l'exécutif régional.

Dans une note soumise jeudi dernier au gouvernement par le ministre-président Rudi Vervoort (PS), il était question d'octroyer à certains exploitants d'hébergements touristiques une prime correspondant au montant de la City Tax. Le budget global de la mesure devait en principe être plafonné à 24 millions d'euros, soit l’équivalent d’une année de perception de la taxe régionale sur les hébergements touristiques.

Réservée aux établissements en bonne santé financière avant l'entame de la crise, cette aide était destinée non pas aux propriétaires qui sont le plus souvent des investisseurs des fonds financiers internationaux, mais bien aux sociétés d'exploitation qui sont généralement locales et plus fragiles puisqu'elles ne possèdent pas d'actifs. Le ministre-président socialiste redoute qu'en cas de faillite des exploitants, les sociétés propriétaires de l'hébergement attendent un retour à la normale pour trouver un nouvel exploitant et rouvrir leurs portes. "Cette situation doit être absolument évitée pour plusieurs raisons: la nécessité de garder une offre complète pour pouvoir accueillir les événements professionnels, la protection des nombreux employés de ces hébergements et le souci d’éviter de créer des chancres urbains."

24
millions €
Le budget de 24 millions d'euros sera finalement inclus dans la mission déléguée à Finance.Brussels pour l'horeca.

Mais cette option n'a pas été retenue. Alors que les ressources budgétaires s'amenuisent en raison de la crise, toutes les mesures proposées font désormais l'objet d'arbitrages. Pour satisfaire Ecolo et DéFI, le compromis suivant avait été trouvé: le budget de 24 millions d'euros sera finalement inclus dans la mission déléguée à Finance.Brussels pour l'horeca. Pour mémoire, le gouvernement bruxellois avait décidé mi-mars de créer cette mission comprenant la possibilité d'octroyer des prêts à taux réduit – pour un total de 20 millions – à l'horeca et à ses fournisseurs clés.

Reste à voir si cette piste portant le fonds à 40 millions d'euros recevra le feu vert du PS lors du prochain conseil des ministres.

"Le parent pauvre des aides"

Refusant de réagir aux discussions politiques en cours, le secrétaire général de la Brussels Hotels Association (BHA) rappelle qu'il a toujours plaidé pour des aides à la trésorerie plutôt que pour des prêts et des reports de charge qui ne sont pas une solution dans un secteur où il n'y a pas de report possible de l'activité. "Les nuitées sont périssables. Et même fermés, les coûts fixes des hôtels sont colossaux: entre 30 à 70.000 euros par mois, hors crédit hypothécaire et hors loyer pour un hôtel d'une centaine de chambres. Et quand on rouvrira, les taux d'occupation resteront à des seuils extrêmement bas", souligne Rodolphe Van Weyenbergh.

"Le secteur touristique qui est le plus impacté par la crise du coronavirus est aujourd'hui le parent pauvre des régimes d'aides. Beaucoup d'hôtels n'ont même pas eu droit à la prime de unique 4.000 euros car ils ont plus de 50 ETP."
Rodolphe Van Weyenbergh
Secrétaire général de la BHA

Ce dernier rappelle que les hôtels bruxellois avaient bénéficié d'un effet retour de la City Tax après les attentats. "Le secteur touristique qui est le plus impacté par la crise du coronavirus est aujourd'hui le parent pauvre des régimes d'aides. Beaucoup d'hôtels n'ont même pas eu droit à la prime de unique 4.000 euros, car ils ont plus de 50 ETP. Vous savez, même pour les chaînes d'hôtels internationales, ce sont souvent des exploitants belges et des travailleurs belges qui sont touchés. Il est encore temps de prendre des mesures qui peuvent sauver le secteur, éviter de nombreuses faillites et maintenir l’offre hôtelière indispensable au rôle international de Bruxelles le jour où l’activité redémarrera. Une capitale sans capacité hôtelière n’en est plus une."

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