Les blouses blanches tournent le dos à Wilmès. Mais que veulent-elles?

Le personnel des soins de santé est à bout et la crise n'est pas terminée. ©EPA

Une "haie de déshonneur", des préavis de grève... Le personnel infirmier est à genoux. De fatigue, Covid-19 oblige, mais aussi à cause de cette impression de mépris qui perdure. La rébellion s'organise.

La grogne pointe de toutes parts. Ce lundi matin, le SETCa annonçait qu'il couvrirait "toutes les actions de légitime mauvaise humeur qui surviendraient tant dans le secteur des hôpitaux que des maisons de repos et de tous les secteurs de la commission paritaire 330! Un préavis d’actions est déposé ce jour en commission paritaire 330"... La CNE a embrayé ce lundi midi: "La CNE demande donc au gouvernement de retirer, avant le 31 mai, les deux AR en question, et d’entamer une réelle concertation avec les représentants syndicaux, visant à court terme à la libération du fonds Blouses blanches dans le Fonds Maribel social, et à moyen terme, à préparer la revalorisation de ces professions dans le cadre du prochain gouvernement."

La CSC Services publics avait elle aussi déposé un préavis de grève en fin de semaine dernière. Bref, ça bouillonne! Ce samedi, la Première ministre Sophie Wilmès s'est rendue au CHU Saint-Pierre et une partie du personnel soignant a choisi de lui tourner le dos, formant une "haie de déshonneur".

"Ils ont l'impression d'avoir été ridiculisés!", lance Yves Hellendorf, secrétaire national du non-marchand à la Centrale nationale des employés (CNE). Pourquoi? L'amertume des blouses blanches n'est pas neuve et ce ras-le-bol a encore été nourri récemment par deux arrêtés royaux perçus "comme un coup de couteau asséné à des gens qui se sont donnés corps et âme pendant des semaines", poursuit Yves Hellendorf. Celui-ci se réfère à l'arrêté royal qui permet la réquisition de professionnels des soins de santé. L'autre texte qui crispe, c'est celui qui autorise des personnes qui n'ont pas de qualification d'infirmier à poser des actes infirmiers. "Le cabinet de Maggie De Block a reçu les syndicats quand les textes étaient déjà signés et nous a demandé... de ne pas faire de bruit autour!"

La colère est d'autant plus importante que les syndicats ont l'impression d'être écartés du débat. "Nous n’en voulons pas, de ces arrêtés. Ils sont une mauvaise réponse à un vrai problème, ils ne sont que l’arbre qui cache la forêt, car le vrai problème ce sont des années d’austérité et de destruction de la sécurité sociale qui nous ont mis à l’os", lance de son côté le SETCa dans un communiqué.

Revalorisation

"Le fonds Blouses blanches, ce n'est pas un chèque en blanc, c'est de l'argent pour des engagements."
Yves Hellendorf
CNE

Concrètement, que veulent les soignants? Une revalorisation globale. On se souvient du fonds Blouses blanches, voté à l'automne passé et qui était censé apporter une bouffée d'air au secteur. "Il prévoit 400 millions par an, donc 100 millions par trimestre. Mais l'argent du premier trimestre est toujours bloqué. Les pourparlers s'éternisent dans des groupes de travail au Parlement. L'idée actuelle, c'est que cet argent transite par les hôpitaux et que les directions l'utilisent 'au mieux'. Nous, le front commun, préférerions utiliser, comme fin 2019, le fonds Maribel social, qui permet une concertation. Mais si ça doit passer par le BMF (budget des moyens financiers) pour avancer, alors nous voulons la même procédure de discussion qu'avec le fonds Maribel. La pression est énorme pour les hôpitaux et le risque est important que l'argent soit utilisé pour les refinancer", craint Yves Hellendorf. "Le fonds Blouses blanches, ce n'est pas un chèque en blanc, c'est de l'argent pour des engagements."

Justement, une ouverture vient d'être percée avec la proposition de Maggie De Block de reconvertir des demandeurs d'emploi en infirmiers. "C'était une de nos demandes pour faire face à la pénurie de personnel", réagit le syndicaliste.

Préavis de grève

Autre cheval de bataille du secteur, les salaires. "Le cadre du nouveau modèle barémique existe depuis 2017, mais seuls 100 millions, soit un cinquième de l'argent promis pour les augmentations salariales, ont été débloqués. Nous voulons que, dans la déclaration gouvernementale, l'engagement d'exécuter cet accord soit indiqué clairement", insiste Yves Hellendorf.

Au-delà du salaire, le manque d'attractivité de la profession d'infirmière porte aussi sur les conditions de travail: impossibilité de prendre trois semaines de congé d'affilée pendant l'été, risque élevé d'être rappelé à tout moment, horaire communiqué sept jours à l'avance seulement... 

Pression sur le monde politique

"Nous préparons, en front commun, une lettre à l'attention du gouvernement. Nous voulons le retrait de ces deux arrêtés. Et à plus long terme, un engagement de tous les partis à finaliser le nouveau modèle social", annonce Yves Hellendorf.

Le monde des soins de santé attend donc clairement une réponse politique rapide à ses problèmes. Pas sûr que la réaction de Marie-Christine Marghem suite à la "haie de déshonneur" réservée à Sophie Wilmès calme le jeu puisqu'elle parlait d'"enfants qui n'ont pas eu ce qu'ils voulaient"... Le président du MR, Georges-Louis Bouchez, l'a vite recadrée. Dans la foulée, il va inviter les associations de personnel infirmier à venir lui exposer leurs demandes. Et le porte-parole du MR, le parti de la Première ministre, explique que, dans le cadre des négociations pour l'élaboration d'un gouvernement de plein exercice, les libéraux comptent répondre aux soucis des blouses blanches notamment en termes d'horaire de travail, mais aussi financiers, avec "un meilleur équilibre salarial entre les différents métiers des soins de santé". Au rayon des intentions aussi, l'ouverture de l'accord médico-mut aux représentants du personnel infirmier.

Lire également

Publicité
Publicité