Les chiffres de contamination semblent exploser à Bruxelles

Les chiffres montrent une forte augmentation de tests positifs à Bruxelles. ©AFP

Selon plusieurs hôpitaux bruxellois, la situation à Bruxelles est inquiétante, le pourcentage de tests positifs au Covid-19 est en forte augmentation. Mais ces données n'apparaissent pas encore dans les statistiques de Sciensano, empêchant une réaction rapide des services de contact-tracing.

"C'est inquiétant. Je pense qu'une situation similaire à Anvers n'est plus très loin à Bruxelles", déclarait Kenneth Coenye, le médecin en chef des Cliniques Saint-Jean dans la capitale, mercredi soir lors de l'émission Terzake sur la chaîne flamande Canvas. Il a expliqué que lors des dix derniers jours, 6,8% des tests se révélaient positifs, contre 0,8% en juin. Au CHU Brugmann, où l'on constate une "augmentation continue des demandes de tests", la tendance est identique. Au niveau du pourcentage de positifs, il y en avait 3% du 1er au 12 juillet; 6% du 13 au 17 et 8% du 20 au 24 du même mois pour les patients envoyés par un médecin. "Cette augmentation est un signal péjoratif et nous semble en effet inquiétante", constate la direction de l'hôpital.

"Pour l'instant, les données de Sciensano ne montrent pas encore ce rebond."
Alain Maron
Ministre de la Santé de la Région bruxelloise

"Les chiffres de l'hôpital Saint-Jean m'avaient été délivrés mardi, explique Alain Maron, le ministre de la Santé de la Région bruxelloise. Mais il faut les confirmer. Pour l'instant, les données disponibles de Sciensano ne montrent pas encore ce rebond." Or, ce sont les statistiques officielles de Sciensano qui permettent d'activer le processus de suivi des contacts. Quand des corrélations apparaissent dans un quartier, une communauté, ou lors d'un événement particulier, des actions spécifiques sont menées auprès de ces populations.

Tentative de chiffrage

Mais ces données ne sont pas disponibles comme telles chez Sciensano. Pas encore. "Nos équipes travaillent à un reportage des chiffres de tests par province, mais nous ne sommes pas encore prêts", nous explique-t-on. Il faudra attendre quelque jours pour la communication officielle de ces statistiques. "Mais si la demande est faite par les autorités, il est possible de voir s'il y a une augmentation ou pas", précise-t-on quand même.

75%
Trois quarts des cas positifs au Covid rapportés par Sciensano se trouvent en Flandre.

Rappelons que Bart De Wever avait dit, en début de semaine, se faire du "souci" pour les grandes villes comme Bruxelles, qui seraient insuffisamment préparées. Le facteur de risque (nombre de cas répertoriés la semaine dernière par 100.000 habitants) est actuellement de 157 à Anvers, juste après Borsbeek (212), et la première commune de la Région bruxelloise est Saint-Gilles, avec un chiffre de 60. La moyenne pour la Belgique est de 33,1.

Selon Sciensano, pour la période du 20 au 26 juillet, il y a eu 2.430 nouveaux cas, dont 75% étaient rapportés en Flandre, 18% en Wallonie, et 7% à Bruxelles.

"Il s'agit de personnes qui souvent se réunissent en grand nombre sous le même toit et de personnes pour qui la vie se passe en large partie en rue."
Kenneth Coenye
Médecin en chef des Cliniques Saint-Jean

Forte concentration

Pourquoi les chiffres récents des laboratoires montrent-ils une telle augmentation sur Bruxelles? "Il s'agit d'une population similaire dans le centre de Bruxelles à celle des zones d'Anvers où les problèmes se posent", selon le responsable de Saint-Jean. Celui-ci parle de "personnes qui souvent se réunissent en grand nombre sous le même toit et de personnes pour qui la vie se passe en large partie en rue. Cela signifie que dans ces concentrations de population, le virus se propage bien plus facilement." Il évoque aussi les retours de voyage.

Quelles mesures pour freiner la vague?

Si la situation se confirme à Bruxelles, cela plaide pour un rapide élargissement des tests dans l'environnement des clusters touchés, comme le réclament de nombreux scientifiques. Mais pour l'heure, le ministre De Backer tient à la procédure actuelle, fixée par le Risk Management Group. On teste d'office les patients symptomatiques. Chez les asymptomatiques, qui jouent un rôle important dans la transmission du virus, on teste ceux qui reviennent de zone rouge, qui ont eu un contact rapproché avec un malade, le personnel de soins, des collectivités et les patients entrant à l'hôpital. "Il faudrait peut-être se montrer plus strict pour les contacts rapprochés", envisage Alain Maron. Il faut aussi que suffisamment de centres de dépistage réouvrent.

"Le fait qu'on soit une grande ville, en contact rapproché avec Anvers, nous expose fortement, on le sait..."
Alain Maron
Ministre de la Santé de la Région bruxelloise

Il faudrait également que le tracing puisse s'enclencher très rapidement: que les résultats des tests remontent chez Sciensano, qui puisse les dispatcher dans les centres chargés du contact tracing en quelques heures, et non plusieurs jours plus tard...

Les nouvelles mesures du CNS (bulle sociale réduite à 5 personnes...) ne montreront pas leurs effets avant plusieurs semaines. Et si le testing et le tracing ne suffisent pas à freiner l'arrivée d'une seconde vague? "On peut monter en puissance, il y a toute une échelle de mesures disponibles pour les communes", explique Alain Maron. Ainsi, un couvre-feu a été instauré à Anvers. "On n'en est pas là, mais tout est possible", lance Alain Maron. "Le fait qu'on soit une grande ville, en contact rapproché avec Anvers, nous expose fortement..."

Les médecins généralistes bruxellois demandent d'urgence une capacité de tests élargie

Le Cercle des médecins généralistes néerlandophones de Bruxelles (Nederlandstalige Brusselse huisartsenkring - BHAK) demande qu'une capacité de dépistage supplémentaire soit mise en place d'urgence pour les patients sans symptômes qui souhaitent se faire dépister. Actuellement, dans de nombreux cas, une ordonnance est nécessaire, mais celle-ci est trop contraignante, selon l'organisation.

Actuellement, quatre centres de testing sont opérationnels à Bruxelles, contre treize il y a quelques semaines. Ils ont été progressivement supprimés en raison du manque de fréquentation. Après consultation avec le ministre bruxellois de la Santé, Alain Maron (Ecolo), un projet de création de centres locaux de dépistage dans une douzaine de communes semble maintenant sur la table. La gestion serait entre les mains des communes, ce qui signifie qu'il ne sera possible de doubler la capacité que de 2.000 à 4.000 tests ou plus d'ici septembre.

"Il devrait y avoir deux possibilités, d'une part les personnes présentant des symptômes sont vues par un médecin et, d'autre part, une voie réservée aux personnes qui n'ont pas de symptômes et qui peuvent être testées rapidement, par exemple parce qu'elles partent en voyage", explique Dr Vincent Janssens, médecin et président de la BHAK.

"Ces douze centres vont être instaurés trop tard. Par exemple, ils doivent simplement décider aujourd'hui de placer dix conteneurs à des endroits stratégiques et d'y tester les gens. Cela peut être fait d'ici ce week-end et c'est une solution rapide pour renforcer les capacités. À Halle, un tel conteneur a été placé sur le parking de l'hôpital", explique le Dr Janssens.

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