Les cinq pistes pour éviter un reconfinement

Tout le monde veut éviter un nouveau lockdown. ©REUTERS

De nouvelles mesures apparaissent un peu partout pour contrer la propagation du Covid-19. Y a-t-il moyen d'éviter le reconfinement? Le gouvernement fédéral envisage de mettre en œuvre de nouvelles règles plus strictes.

L'arsenal de lutte contre le Covid-19 se déploie progressivement en fonction de l'évolution des chiffres de contamination. "Tant qu'on en reste à un doublement en 8 à 10 jours, c'est beaucoup moins alarmant que lors de la première vague", tempère Yves Coppieters. Au printemps, ce doublement des chiffres se faisait en 2 à 3 jours. Les indicateurs de gravité montrent aussi que la situation reste acceptable en termes épidémiologiques: un malade sur dix est un cas grave et l'indice de létalité reste sous 1%.

Les derniers chiffres

Les dernières statistiques indiquent en moyenne 4.449 nouvelles infections par jour et quelque 136 admissions quotidiennes en hôpital. 267 patients sont actuellement en soins intensifs. Le virus cause la mort de 17 personnes en moyenne par jour.

Mais on le sait, le problème réside au niveau des hôpitaux. Ils passent tous en phase 1A ce mercredi, et des transferts de patients sont déjà organisés pour ne pas saturer les USI.

Après les dernières mesures...

De nouvelles mesures viennent d'être instaurées, aux niveaux fédéral (bulle sociale réduite à 3, etc.), régional (interdiction de sports rapprochés en salle en Flandre, puis en Fédération Wallonie-Bruxelles pour trois semaines) et provincial (couvre-feu en Brabant wallon et au Luxembourg). Il faut maintenant attendre une dizaine de jours avant d'en vérifier les effets. Mais la menace du reconfinement généralisé est déjà brandie par certains. N'y a-t-il pas d'autres solutions?

1. N'est-il pas temps de laisser sa chance à l'immunité collective?
Il s'agirait de laisser le Covid-19 circuler librement dans la société pour que la population s'immunise progressivement. Une stratégie qui fait fi de la mortalité. Actuellement, on est loin d'une immunité de groupe: entre 12 et 20% des Belges seraient immunisés, en fonction des zones. On ne sait pas pour combien de temps. La Suède joue un peu ce jeu-là, mais pas à fond: pas de mesures d'isolement, mais distanciation physique et règles d’hygiène restent vivement recommandées et les personnes symptomatiques sont écartées.

Des confinements segmentés

2. Confiner par zones, est-ce utile?
Ce système est déjà partiellement appliqué, avec le confinement nocturne du Brabant wallon et du Luxembourg. "Le problème, c'est qu'on ajoute une couche aux mesures décidées quelques jours auparavant, sans leur avoir laissé le temps de montrer leurs effets. Cela brouille les cartes", regrette Yves Coppieters, professeur de Santé publique à l’Université libre de Bruxelles. L'idée du confinement géographique ne lui semble cependant pas à jeter, mais d'une autre façon: "en laissant par exemple les gens circuler dans une ville mais sans qu'ils puissent en sortir", là où le virus est très présent.

"Le problème, c'est qu'on ajoute une couche aux mesures décidées quelques jours auparavant, sans leur avoir laissé le temps de montrer leurs effets."
Yves Coppieters
Professeur de Santé publique à l’ULB

3. Cafés, activités sportives... Ne faut-il pas bloquer davantage de secteurs?
Bars et cafés ont été fermés à Bruxelles. Le professeur de Santé publique de l'ULB est sceptique. "On fait l'hypothèse de nombreuses transmissions dans ce milieu, mais il n'y a pas de preuve", souligne-t-il. Cependant, "l'augmentation des contaminations est étonnante et inattendue, je comprends que les politiques prennent leurs précautions."

4. Et si on libérait totalement les jeunes?
Le professeur Jean-Luc Gala, chef de clinique à Saint-Luc, recommande le principe de l'immunité subcollective pour les jeunes. Il s'agirait de passer un contrat moral avec ceux-ci, leur demandant de respecter strictement, en échange d'une certaine liberté entre eux, les règles à l'égard des plus vulnérables, comme leurs parents et grands-parents. Un confinement strict par tranches d'âge, par contre, s'avérerait très délicat à mettre en oeuvre.

Et si, simplement, on s'améliorait?

5. Respecter les mesures peut-il être suffisant?
La stratégie de base repose sur le port du masque, les mesures d'hygiène, la distanciation sociale, le testing et le tracing. En pratique, ça donne quoi? Beaucoup de flottement, voire de fameuses débâcles.

Le masque reste insuffisamment porté ou mal porté. "Or, si 95% de la population portaient bien le masque, ça casserait les transmissions. Le masque est notre arme la plus utile", insiste le professeur de l'ULB. Des fêtes clandestines sont toujours organisées, où distanciation et masques ne semblent guère être invités.

"Si 95% de la population portaient bien le masque, ça casserait les transmissions."
Yves Coppieters
Professeur de Santé publique à l’ULB

Le dépistage est, lui, confronté à une saturation dans les laboratoires. Et les centres d'appels pour le tracing sont dépassés par le nombre de personnes à contacter. Or, l'application et le bon déroulement de ces principes aideraient déjà à faire diminuer les contaminations...

De nouvelles mesures fédérales?

Pour l'heure, le gouvernement fédéral tablerait sur un durcissement des mesures, sans reconfinement. Selon des informations rapportées sur le site du Tijd, un renforcement du télétravail est envisagé.

De nouvelles mesures visant l'horeca sont également sous la loupe. Des voix s'élèvent pour mettre les cafés et les restaurants sur un pied d'égalité, avec une heure de fermeture fixe - 23 heures? - et quatre personnes par table.

Du côté francophone, on parle aussi d'une interdiction des déplacements non essentiels. Mais les acteurs flamands s'y opposent: "cela équivaudrait à un confinement et c'est ce que nous essayons d'éviter", indique-t-on. Enfin, le fameux baromètre du coronavirus est au menu d'un comité de concertation vendredi.

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