Les commerces alimentaires peuvent ouvrir 2 heures plus tard

Le déplacement de la plage d'ouverture des magasins passe très mal chez les syndicats. ©Photo News

Un arrêté ministériel adopté le 18 mars autorise les commerces alimentaires à rester ouverts de 7h à 22h. Un glissement temporel qui passe très mal chez les syndicats.

L'affaire n'a été éventée que ce mardi, à l'occasion de la publication d'un arrêté ministériel répertoriant les mesures d'urgence à prendre pour contrer la propagation du coronavirus et qui autorise les commerces de produits alimentaires à rester ouverts jusque 22h.

7 à 22
heures
Jusqu'ici, la loi limitait les heures d'ouverture des magasins d'alimentation entre 5 et 20h. Ils peuvent désormais être ouverts entre 7 et 22h.

Formellement, la plage horaire n'est pas étendue. Jusqu'ici, la loi limitait en effet les heures d'ouverture des magasins d'alimentation entre 5 et 20 heures. L'arrêté ministériel publié ce lundi stipule désormais que "les magasins d'alimentation ne peuvent être ouverts que de 7 à 22 heures". Mais pour les syndicats, cela change beaucoup de choses: s'il était peu probable que des magasins avancent leurs heures d'ouverture à 5h, il est vraisemblable que certaines enseignes seront tentées d'ouvrir leurs magasins plus longtemps le soir.

Vent de colère

Cette mesure ne signifie pas nécessairement que tous les magasins resteront ouverts jusque 22h. La fédération sectorielle Comeos assure d'ailleurs qu'une prolongation des heures d'ouverture des magasins alimentaires "n'est pas à l'ordre du jour". 

Mais cette extension des plages vespérales lève un vent de colère du côté des syndicats. Ils stigmatisent une décision "inaudible dans le contexte actuel" et prise sans aucune concertation avec les partenaires sociaux.

 

"Comeos (la fédération du secteur de la distribution, NDLR) a vu vendredi dernier la ministre (fédérale) du Travail (Nathalie Muylle, NDLR), qui a assuré qu'il n'y aurait pas de changement à la législation sociale sans consultation des partenaires sociaux", tonne Myriam Delmée, présidente du SETCa (FGTB). Pour elle, une telle initiative constitue une utilisation abusive des pouvoirs spéciaux accordés au gouvernement fédéral.

Potentiellement dangereux

"Au lieu de faire en sorte que les travailleurs soient moins exposés aux risques de contamination, on élargit les plages horaires et donc on accentue ces risques."
Delphine Latawiec
Permanente CNE

Delphine Latawiec (CNE) cible également une mesure potentiellement dangereuse pour le personnel des magasins. "Au lieu de faire en sorte que les travailleurs soient moins exposés aux risques de contamination, on élargit les plages horaires et donc on accentue ces risques", souligne-t-elle.

La permanente de la CNE rappelle que les syndicats prônent plutôt des mesures permettant de limiter les plages horaires durant lesquelles les salariés des magasins sont exposés au contact avec les clients: extension de la pause de midi, suppression temporaire des ouvertures du dimanche "qui n'ont plus d'intérêt dans le contexte actuel", fermetures anticipées en fin de journée. L'arrêté ministériel ne va pas dans ce sens. 

"Toutes les enseignes ne vont pas utiliser la possibilité d'ouvrir plus tard le soir, mais c'est un élément de pression supplémentaire sur le personnel qui est déjà soumis à une tension difficilement soutenable", ajoute Myriam Delmée, qui dénonce le "lobbying" mené par la fédération sectorielle. Et brandit la menace d'actions sociales.

Les syndicats critiquent aussi la "froideur" de Comeos, qui laisse aux différentes enseignes le soin de décider elles-mêmes comment remercier leurs salariés pour le zèle déployé en ces temps de coronavirus. "Les gens sont à bout", souligne Delphine Latawiec.

12 et 17 mars, les jours les plus chauds

Les supermarchés, qui retrouvent un trafic normal, sortent d'une période chaude jalonnée de deux poussées de fièvre spectaculaires. La première remonte au 12 mars: les achats bondissent de 275% par rapport à la normale. Un bond d'autant plus remarquable que le conseil national de sécurité n'a annoncé qu'en soirée la fermeture des bars et restaurants.

Le deuxième pic se produit 5 jours après. Le Conseil de sécurité impose des mesures plus strictes de distanciation sociale et des restrictions sur le nombre de clients en magasin. Les ventes dans les supermarchés s'envolent de plus de 200%, avant une accalmie les jours suivants. Mais le reste de la semaine reste plus chargé que la normale.

Depuis lundi, la situation se normalise. Le nombre de clients se réduit. Le chaland n'achète que ce dont il a besoin. Ils vient aussi moins souvent, mais dépense plus à chaque visite.

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