Les communes wallonnes vont devoir accuser un déficit de 180 millions

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La crise du Covid-19 devrait générer un déficit de 180 millions d'euros dans les finances communales cette année. Il monte à 300 millions en 2021. Pour y faire face, le gouvernement wallon va autoriser des déficits et encourage un plan de relance local.

La crise de trop? Alors que les 262 municipalités du sud du pays s’apprêtaient à devoir absorber un surcoût de 342 millions d’euros en 2020 suite à une série de mesures prises par le Fédéral et la Région wallonne, la crise du Covid-19 n’arrangera pas la situation de leurs finances avec une chute de nombreuses recettes et le financement des urgences sociales à travers leurs CPAS.

"Il y aura forcément des incidences, principalement au niveau des CPAS", reconnaît Maxime Daye, président de l’Union des villes et communes de Wallonie (UVCW). "Cela va être dur. Aux problèmes structurels s’ajoute aujourd’hui la crise du Covid. Mais pour l’instant, le dialogue est bon avec le Fédéral et la Région wallonne. Des financements sont envoyés aux communes chaque semaine, notamment pour les CPAS. Nous avons néanmoins lancé une matrice financière et les communes sont appelées à la remplir. Cette matrice doit nous permettre d’évaluer financièrement tous les risques liés à cette crise Covid. On doit avoir des chiffres objectivables pour négocier au plus juste."

"Cela va être dur. Aux problèmes structurels s’ajoute aujourd’hui la crise du Covid. Mais pour l’instant, le dialogue est bon avec le Fédéral et la Région wallonne."
Maxime Daye
Président de l'UVCW

Le gouvernement wallon a lui déjà procédé à une série d’estimations. D’après ses calculs, l’impact de la crise du Covid sur les recettes et les dépenses locales va représenter un déficit de 180 millions d’euros pour l’ensemble des communes cette année. Il pourrait même monter à 300 millions en 2021.

La fin du sacro-saint équilibre

Face à ce gouffre, Pierre-Yves Dermagne (PS), le ministre en charge des Pouvoirs locaux, vient de dévoiler les premiers détails d’un plan d’urgence destiné à aider les communes en accordant des "mesures dérogatoires exceptionnelles" afin de permettre aux municipalités d’assurer la continuité des services aux citoyens, de répondre aux urgences économiques et sociales du terrain.

Concrètement, et c’est une première car interdit jusqu’ici, les pouvoirs locaux pourront "présenter un budget déficitaire à l’exercice propre de l’ordre de 3% maximum pour 2020 et de 5% maximum pour 2021". Ensuite, les communes sont autorisées, afin de maintenir l’équilibre budgétaire, à utiliser les réserves et provisions constituées lors des années antérieures à 2021. Et celles qui ne possèdent pas de réserves pourront recourir à l’emprunt.

100
euros
Les communes vont pouvoir emprunter jusqu'à 100 euros par habitant pour financer un plan de relance

Plan de relance local de 100 euros par habitant

À côté de ces arrangements financiers, les communes sont encouragées à lancer un plan de relance économique local via l’emprunt privé. Probablement via Belfius. Concrètement, chaque entité locale pourra emprunter jusqu’à 100 euros par habitant pour financer un plan de relance qui pourra notamment se concrétiser par le financement d’aides aux ménages ou aux entreprises.

"Depuis plusieurs années, n’ayons pas peur des mots, l’autorité fédérale pratique un véritable waterboarding budgétaire et financier vis-à-vis des communes."
André Antoine
Député cdH

Voilà pour l’immédiat. Mais André Antoine, député humaniste dans l’opposition, milite de son côté pour qu’on arrête d’appliquer la technique du waterboarding sur les communes. "Le waterboarding consiste à réaliser un simulacre de noyade dans le but de faire craquer la victime et de la forcer à coopérer.

Depuis plusieurs années, n’ayons pas peur des mots, l’autorité fédérale pratique un véritable waterboarding budgétaire et financier vis-à-vis des communes." Le député pointe par exemple le tax shift fédéral "dont on sait qu’il a in fine privé les communes wallonnes de 53,709 millions d’euros en 2019 et qu’il les privera de 106,932 millions d’euros en 2021" ou la récente réforme des pensions des agents locaux "qui coûtera 186 millions d’euros" à l’horizon 2025.

Face à ces maux qui rongent les finances locales, André Antoine plaide pour une paix fiscale."Les niveaux de pouvoir fédéral, régional et communautaire doivent tout faire pour que les pouvoirs locaux puissent à tout le moins assurer un statu quo fiscal, et ce afin de ne pas ajouter de la crise à la crise." Le député insiste aussi sur le principe de neutralité budgétaire. "L’État qui ne respecte pas la neutralité budgétaire de ses décisions sur ses pouvoirs subordonnés se saborde lui-même, ce sont en effet les pouvoirs locaux qui appliquent et mettent en œuvre les politiques décidées par des niveaux supérieurs."

"Négocier avec un gouvernement, en affaires courantes ou muni de pouvoirs spéciaux, ne sert à rien."
Maxime Daye
Président de l'UVCW

L’UVCW est forcément alertée par ces divers maux. "Il faudra trouver des solutions pour nos finances, car les communes ont de plus en plus de compétences à gérer", reconnaît Maxime Daye. "Mais il faut un gouvernement fédéral avec une assise pour qu’on puisse négocier. Négocier avec un gouvernement, en affaires courantes ou muni de pouvoirs spéciaux, ne sert à rien".

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