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Les essais cliniques pour un traitement du Covid-19 n'ont toujours pas débuté en Belgique

Les traitements administrés jusqu'ici en Belgique en dehors des essais cliniques n'ont pu fournir aucune donnée pertinente. ©Photo News

Les centres hospitaliers belges qui devaient participer à l’essai franco-européen Discovery ont dû s’en retirer pour rejoindre une étude similaire menée par l’OMS. Un retard qui, au passage, a empêché l’utilisation du traitement le plus prometteur, le remdesivir.

Il n’y a pas que l’achat de masques ou le développement de tests de détection qui soient confrontés à des obstacles: les essais cliniques qui devaient être menés par plusieurs centres hospitaliers belges dans le cadre de la recherche d’un traitement contre le Covid-19 n’ont quant à eux pas encore débuté.

Il y a trois semaines, les autorités fédérales annonçaient que plusieurs hôpitaux belges allaient participer au programme franco-européen Discovery, destiné à trouver un antiviral efficace contre le Covid-19. Cet essai clinique de grande ampleur, lancé le 22 mars, est coordonné par l'Inserm en France. Il doit tester, face au traitement de support, quatre thérapies: le remdesivir (un antiviral conçu pour Ebola), le lopinavir en combinaison avec le ritonavir (un médicament contre le VIH appelé Kaletra), cette même combinaison associée à l'interféron bêta, et enfin la fameuse hydroxychloroquine vantée par le professeur marseillais Didier Raoult.

Un protocole très ambitieux

"Discovery était un protocole très ambitieux, avec toute une évaluation biologique par examens complémentaires et un suivi très rapproché des patients inclus dans l’étude", explique le docteur Michel Moutschen, chef du service des maladies infectieuses au CHU de Liège, l’un des centres belges pressentis pour l’étude. "Mais il y a une dizaine de jours, nous avons appris que l’Inserm n’avait pas les moyens d’étendre ce protocole en dehors de la France, pour des questions de ressources et de surveillance."

"Nous n’avons pu inclure aucun patient ni dans Discovery ni dans Solidarity."
Michel Moutschen
Chef du service des maladies infectieuses au CHU de Liège

Le coordinateur national en Belgique, le professeur Herman Goossens de l'hôpital universitaire d'Anvers (UZA), a dès lors proposé de participer à l’essai Solidarity, un autre essai clinique, mené par l'Organisation mondiale de la santé (OMS) et ses partenaires. "Les cinq bras de l’étude sont les mêmes, mais la grande différence est que le suivi des patients est plus léger, pour être adapté aux pays en développement", poursuit le docteur Moutschen. "Toutefois, à ce jour, nous n’avons pu inclure aucun patient ni dans Discovery ni dans Solidarity et je crois que c’est la même situation dans les autres centres." "Cela devient un peu long", confirme de son côté le docteur Didier Delval, directeur du Centre hospitalier de Wallonie picarde (CHwapi) à Tournai. "Rien n’a encore démarré. Nos documents ont été rentrés il y a quinze jours ou trois semaines. On espère avoir dans les jours qui viennent la décision du comité d’éthique d’Anvers pour entrer dans l’étude."

Cette situation est d’autant plus frustrante qu’elle a entraîné l’impossibilité de tester le remdesivir, considéré actuellement comme le traitement le plus prometteur contre le Covid-19. "Une étude récemment publiée dans le New England Journal of Medicine vient en effet de démontrer une chute de la mortalité en réanimation avec le remdesivir", précise Didier Delval.

Impasse thérapeutique

Gilead, le fabricant de ce traitement complexe à produire, avait proposé dans un premier temps de le fournir pour un usage compassionnel, c’est-à-dire à titre gracieux pour des patients en impasse thérapeutique. Mais cette proposition a dû être refusée par les hôpitaux participant aux essais à partir du moment où le remdesivir était inclus dans l’étude de l’OMS. Sans quoi les médecins auraient été mis devant des choix très difficiles, à savoir donner d’office une molécule prometteuse aux patients ou bien les confronter à une étude où ils n’avaient plus qu’une chance sur cinq de recevoir cette même molécule... Au CHU de Liège, le remdesivir n’a finalement été administré qu’à un seul patient dans le cadre du programme compassionnel de Gilead, avant que celui-ci ne soit arrêté.

Au CHU de Liège, le remdesivir n’a finalement été administré qu’à un seul patient.

Beaucoup plus disponibles initialement, l'hydroxychloroquine et le Kaletra ont quant à eux été plus largement utilisés, mais sans fournir aucune donnée clinique pertinente, conclut Michel Moutschen. "Cela a été fait en dehors d’un essai randomisé et il est impossible de voir une efficacité réelle. Nous avons eu beaucoup de gens sous hydroxychloroquine qui sont morts. Nous en aurions peut-être eu davantage sans. Tout cela est impossible à interpréter, sauf dans le cas d’un traitement miraculeux."  

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