Les Européens paient cash l'absence d'Europe de la santé

Les Européens ont été forcés de s'adapter en quelques jours à l'épidémie de coronavirus. ©AFP

Les États de l'Union européenne ont conservé les politiques de santé publique dans leur giron. Une erreur dont pâtissent aujourd'hui les Européens, malgré les efforts que la Commission européenne déploie avec les moyens du bord.

Depuis le début de l'épidémie de coronavirus, les gouvernements européens, pris au dépourvu, prennent des mesures de santé publique compréhensibles, mais sans se coordonner entre eux, alors qu'ils constituent l'Union économique la plus intégrée et le marché le plus riche de la planète. Les citoyens européens, eux, le paient cash. Avec près de 71.000 malades et plus de 3.300 morts mercredi, l'Europe a dépassé l'Asie en nombre de victimes.

"Aujourd'hui, le centre de l'épidémie est chez nous", a résumé mercredi la Présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen. Dans une interview donnée au Bild, elle reconnaît que les responsables européens avaient "sous-estimé" le danger.

Pour de nombreux observateurs, c'est le résultat de l'absence de politique européenne commune de la santé, les États ayant refusé de transférer cette compétence à l'échelon européen.

Des États désunis

Début mars, l'Italie, frappée la première, demandait en urgence la livraison d'équipements médicaux, en particulier de masques de protection. La France et l'Allemagne ont, en réaction, imposé des restrictions sur leurs exportations pour privilégier leur population.

"Aujourd'hui, le centre de l'épidémie est chez nous."
Ursula von der Leyen
Présidente de la Commission européenne

Dix États ont imposé pêle-mêle des restrictions à leurs frontières (Autriche, Hongrie, Pologne, Allemagne, Danemark, République tchèque, Lituanie, Estonie, Espagne et Portugal). Ces mesures non coordonnées ont provoqué la cohue, bloquant le retour d'Européens dans leur pays, et ralenti le passage des denrées et des médicaments.

Des mesures de confinement ont été prises dans le désordre. La France a opté pour un "lockdown" total. Les Pays-Bas et le Royaume-Uni ont misé sur un régime light, au risque de laisser l'épidémie circuler. On a vu des files devant les "coffee shops" de cannabis. Des Belges sont allés faire la fête aux Pays-Bas, alors que le gouvernement Wilmès prenait des mesures de confinement.

Une commission réactive

En février, la Commission européenne demandait, en vain, aux États de l'UE de surveiller l'évolution de l'épidémie et de l'informer sur les mesures envisagées. Il aura fallu une hécatombe en Italie pour sonner le réveil des consciences. Un réveil désordonné.

Depuis une dizaine de jours, Ursula von der Leyen est sur tous les fronts, avec les maigres compétences que le Traité lui octroie.

La Commission a organisé le rapatriement de touristes bloqués en Chine et en Afrique. Elle a déclenché les premières mesures économiques, une flexibilité totale dans l'application du pacte de stabilité et des règles d'aides d'État, afin que les gouvernements puissent soutenir leurs entreprises.

2 millions
de masques
La Chine livrera à l'Europe 2 millions de masques et 50.000 tests de dépistage.

Confrontés à une crise économique majeure et à une récession, les États n'ont toujours pas annoncé l'ombre d'un plan de relance européen commun. Les mesures prises par la BCE, qui a fourni 100 milliards de liquidités aux banques mardi, ne suffiront pas. 

L'exécutif européen a initié la fermeture des frontières extérieures de l'Union, une mesure inédite. Il a lancé des achats groupés entre États d'équipements médicaux, appareils respiratoires et masques. Plusieurs millions d'euros ont été dégagés par la BEI pour financer la recherche d'un vaccin.

La Présidente de la Commission a eu mercredi un échange téléphonique avec le Premier ministre chinois Li Keqiang au cours duquel il lui a promis que la Chine livrera à l'Europe 2 millions de masques et 50.000 tests de dépistage.

Ces mesures ne suffiront pas. Sans transfert de compétences en santé publique, l'Europe, limitée à un libre marché, restera incapable de se coordonner pour endiguer une épidémie.

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