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reportage

Les grands sites touristiques wallons trépignent d'impatience

Corinne Mullens veut anticiper les problèmes de flux touristiques autour des grottes de Han.

Que vous soyez banché(e) "staycation", "holistay" ou simplement "petit bois derrière chez moi", une chose est sûre: cette année, dans les t-shirts et les maillots – en y ajoutant le masque assorti - , l’été sera chaud en Wallonie, des confins du BéWé aux derniers taillis gaumais vidés de sangliers.

En entamant un petit tour de repérage de ce que pourraient être nos mois d’été (dé)confinés entre Knokke et Arlon, on est d'abord surpris par le flou artistique qui règne encore dans la plupart des communes wallonnes connues pour attirer les foules aux terrasses dès les premiers beaux jours. Pourtant, 8 semaines avant le rush estival, alors que les compagnies aériennes confirment les unes après les autres être clouées au sol pour plusieurs mois encore, les réservations pleuvent dru sur les gîtes et hébergements de tourisme de Wallonie, avec un acharnement tout particulier pour les plus isolés offrant jardin privatif, voire piscine individuelle. Chat échaudé au printemps craignant l’eau tiède estivale, les Belges qui verrouillent déjà leurs vacances dans les Ardennes sont prêts à mettre le prix, mais tentent de le faire avec l’option annulation et, si possible, sans acompte.

Pauvres pêcheurs wallons…

Malgré le flot d'incertitudes qui planent encore sur la préparation de ces vacances d’été 2020 dont on se souviendra, une chose est quasi certaine: les pêcheurs à la mouche habitués à taquiner la truite dans les méandres ombragés des rivières du sud du pays vont suer. De notre premier coup de sonde, on peut sans trop s’avancer annoncer qu’il leur faudra s’armer de patience sur les rives de l’Ourthe, de la Lesse ou de la Semois. Soit partout où kayakistes et familles convalescentes en villégiature tenteront de prendre l’air – oxygéné comme jamais - le long du courant. Restera pour seul repli au cohabitant pêcheur les jours de pluie. En maudissant Sainte Claire pour qu’il y en ait davantage qu’en ce mois d’avril 2020.

Bart Maerten, devant le Wagyu, le nouveau restaurant de centre de Durbuy piloté par le chef Wout Bru, fermé au moins jusqu'à l'été.

D’autres qui ne seront pas à la fête, ce sont les corps de police communaux, forcés de jouer les gardes-champêtres plus que de coutume. "Mon téléphone sonne sans arrêt. Je ne m’en plains pas: c’est mon boulot et je l’ai voulu. La population locale reste inquiète et veut savoir de quoi demain sera fait. Malheureusement, à ce stade, je dois répondre que j’attends un cadre légal strict du fédéral pour pouvoir agir au niveau communal. On espère avoir des précisions d’ici le 18 mai pour préparer l’été", soupire Corinne Mullens (MR), la bourgmestre de Rochefort.

… et policiers rochefortois

Pour préparer l’été prochain, la cheffe de la police rochefortoise, qui travaillera de pair avec sa collègue de Houyet, rencontrait jeudi dernier – par vidéoconférence – Brigitte Malou, l’administratrice déléguée du Domaine des Grottes de Han, haut-lieu touristique de sa commune et du pays.

"Personne n’imagine tout ce qu’il va falloir anticiper si on veut maintenir un minimum de vie sociale, culturelle et commerciale."
Corinne Mullens
Bourgmestre de Rochefort

La physionomie des lieux exige en effet qu’on anticipe et qu’on canalise au maximum l’afflux de visiteurs qui risquent d’engorger la Nationale 86 traversant le village, une fois les parkings saturés, et qu’on sécurise, en ajoutant les mesures de distanciation obligatoires, les abords de l'entrée des grottes et du parc animalier. "Personne n’imagine tout ce qu’il va falloir anticiper si on veut maintenir un minimum de vie sociale, culturelle et commerciale. Ici, au centre de Han, le soir du marché, on est les uns sur les autres, à la belle saison. Comment va-t-on faire pour ne pas devoir annuler?", s’inquiète Corinne Mullens.

Sauver ce qui peut encore l’être

A 30 kilomètres de là, à Durbuy, les craintes sont identiques pour le bourgmestre Philippe Bontemps (cdH). Vétérinaire de formation, il a été un des premiers à prendre des mesures radicales de confinement pour une partie de sa population. "Dès la mi-février, un mois avant le confinement généralisé, j’ai mis en quarantaine un groupe scolaire – enfants et enseignants -  qui rentrait de classe de neige en Italie.

Philippe Bontemps, le bourgmestre de Durbuy, évoque la préparation de la saison d'été avec Bart Maerten sur le parking en contrebas du Sanglier des Ardennes.

Les parents, eux aussi, ont été priés de garder leurs distances pour ne pas contaminer la population locale. Au début, je ne vous raconte pas: on m’a pris pour un fou. Mais ensuite, tout le monde est venu s’excuser et me remercier. Aujourd’hui, je m’inquiète pour notre saison d’été, qu’on ne peut pas simplement sacrifier si on veut que le commerce local, déjà aux soins intensifs, survive…"

Il aurait notamment voulu équiper d’un système électronique de gestion les parkings de la plus petite ville de Belgique, qui saturent rapidement lors de la haute saison touristique. Les voitures-ventouses s’agglutinent alors par centaines le long de la petite Nationale 833, vers Tohogne et jusqu’à Rome, le long de l’Ourthe: un danger permanent pour les piétons et un casse-tête pour la police locale. Le chef local rappelle qu'il gère une commune comptant, on le sait trop peu, 44 villages répartis sur 16.000 hectares très vallonnés allant de Bende à Oppagne. Autant dire mission impossible cet été sans un renfort de services de sécurité privés, prévient-on déjà, en pointant notamment la Petite Batte du dimanche matin à Bomal, qui rassemble plus de 1.000 badauds en haute saison…

Petite Batte et Rallye de Durbuy

"Les vendeurs ambulants me téléphonent pour savoir quand ils pourront revenir. J’ai posé la question au Gouverneur et j’attends. Il faut qu’on puisse prendre des décisions alignées sur les autres communes touristiques de la province comme La Roche ou Bouillon, en coupant court aux initiatives locales populistes.

A Durbuy, on planchait sur l’installation d’un système de contrôle centralisé de toutes les places de parking, qui préviendrait, aux entrées de ville, les touristes de passage, en les invitant à éviter le centre en cas de trop-plein. On a été pris de court par la pandémie et par l’arrêt des activités. Il faudra sans doute plancher sur un système alternatif et installer des barrières et des déviations si cela déborde cet été, ce qui est plus que probable vu que la plupart des Belges resteront au pays", prévient le bourgmestre.

"Il nous restait 7 semaines de chantier avant l'ouverture du nouvel hôtel le 1er mai. Et les réservations, notamment corporate, pleuvaient déjà. Aujourd’hui, on a dû tout annuler."
Bart Maerten
LPM Holding

Ce week-end du 1er mai devait être le grand barnum d’ouverture de la saison, avec la première édition locale du Rallye de Durbuy, version ardennaise du Zoute Grand Prix. A cette occasion, le nouvel hôtel-restaurant flambant neuf du centre (96 chambres), développé par Marc Coucke et ses associés, devait ouvrir ses portes en grandes pompes pour accueillir les 140 voitures inscrites et leurs occupants de marque. "La pandémie a tout foutu par terre. Il nous restait 7 semaines pour achever les travaux. On était dans les temps. Et les réservations, notamment corporate, pleuvaient déjà. On était rempli jusqu’en octobre… Aujourd’hui, on a dû tout annuler. Et on en a sans doute pour 4 mois de chantier avec les nouvelles mesures sanitaires strictes", se lamente Bart Maerten (LPM), le bras droit local de Marc Coucke, qui redouble de créativité pour tenter de limiter la casse cet été.

Kayaks à quai et forêt gaumaise ouverte

Même combat désespérant pour Jonathan Laplang, loueur de kayaks à Alle-sur-Semois. La haute saison s’annonce déjà on ne peut plus mal. Elle a commencé avec un magnifique soleil printanier et un millier de réservations validées… qu’il a fallu annuler quand le confinement a tout mis à l’eau.

Jonathan Laplang; loueur de kayaks à Alle-sur-Semois, espère pouvoir relancer les réservations début juin.

"En plus, la dernière sortie de la Première Ministre sur les kayaks a créé la confusion dans l’esprit des gens. Sophie Wilmès parlait de la pratique individuelle, avec son propre matériel, et non des loueurs de kayaks en groupe, comme nous, pour lesquels la location est bloquée à quai jusqu’à nouvel ordre. C’est un peu logique car, s’il faut désinfecter le matériel après chaque location, c’est ingérable", soupire l’indépendant, qui voit sombrer son seul gagne-pain.

Celui-ci dit avoir interpellé récemment le ministre (MR) du Budget, David Clarinval, Bièvrois comme lui. "Il m’a dit qu’on pourrait peut-être mettre les kayaks à l’eau avant le 5 juin. Mais rien n’est encore sûr; donc on ne peut pas relancer les réservations… La moitié de la saison est déjà foutue. Et si on rouvre les rivières quand elles sont à sec, on aura tout perdu", se lamente Jonathan Laplang, qui n’a guère le cœur à astiquer les coques cette année en bord de Semois.

Petite bouffée bucolique d’espoir néanmoins, pour achever notre brève balade printanière et dissiper le ciel plombé au-dessus sur la saison estivale: la ministre wallonne de la Nature et de la Forêt, Céline Tellier (Ecolo), a confirmé la réouverture des forêt gaumaises bien avant l’été. De quoi mettre un peu de baume au cœur tant des professionnels locaux, épuisés par les épidémies à répétition, que des touristes belges en quête d’alternatives aux plages bondées et aux spots touristiques saturés.

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