Les hôpitaux carburent pour accroître leur capacité d'accueil

Au Chirec, on assure que la capacité des soins intensifs suit, même si le nombre d'hospitalisations augmente. Et l'on remarque que si l'afflux aux urgences a baissé, ceux qui s'y rendent sont plus souvent testés positifs. ©Photo News

Le front est triple du côté hospitalier. Les plans d'extension de capacité vont bon train, afin d'éloigner le spectre du débordement. Mais le manque de matériel se fait sentir ici et là, amenant parfois à emprunter des voies originales. Surtout, il faut que le personnel soignant tienne le coup sur la longueur.

Il est du genre fidèle au poste, et à ses habitudes, le Centre de crise. Qui, tous les matins à 11 heures, égrène les données à sa disposition. Aux dernières nouvelles, ce dimanche 22 mars donc, la Belgique avait effectué 28.986 tests, dont 3.743 se sont avérés positifs, soit 342 de plus sur les dernières vingt-quatre heures. Rappel à la clef: la Belgique ne détectant pas à tour de bras, mais concentrant ses efforts sur les plus atteints, le nombre de contaminations est sans aucun doute nettement plus élevé. Entre 85% et 90% des cas pourraient ne pas être détectés. Les premières estimations sont donc à prendre avec des pincettes.

1.800 lits en soins intensifs
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Pour l'heure, 621 des 943 lits de soins intensifs étiquetés "Covid-19" en Belgique sont disponibles, chiffre le Centre de crise. Mais cette capacité pourrait prochainement passer à 1.800 lits.

Du côté des hôpitaux, on totalisait 1.643 hospitalisations, soit 290 en sus de la veille. De ces patients, 322 étaient aux soins intensifs (+32). Au même moment, la Belgique comptait 621 lits de soins intensifs libres, sur les 943 recensés et étiquetés "Covid". Mais avec les plans d’extension, cette capacité pourrait grimper prochainement à 1.800 lits.

Ne pas se réjouir trop vite

Lueur d’espoir? Les courbes évoluent dans le bon sens, se réjouit-on au Centre de crise. Timidement, parce qu’il est trop tôt pour parler de tendance. Et puis, il ne faudrait pas associer début de bonne nouvelle à relâchement du confinement.

"Le souci majeur, pour le moment, c'est le matériel, masques en tête."
Benoît Debande
Directeur général administratif et financier du Chirec

Quoi qu’il en soit, ce fléchissement de la progression de l’épidémie est scruté. "La Belgique est loin d’une saturation, pose Pierre-François Laterre, chef du service des soins intensifs des cliniques universitaires Saint-Luc, à Bruxelles. Mais si l’on continuait sur la dynamique observée jeudi, vendredi et samedi, on risquait une saturation dans les deux ou trois semaines."

Cela s’active donc, dans les hôpitaux, afin d’accroître les capacités. Les 30 lits intensifs du CHU Saint-Pierre devraient bientôt être rejoints par 15 autres, dès que les respirateurs commandés à Singapour auront été livrés. Au CHU de Liège, la cohorte des 54 lits intensifs "de base" pourrait être assez facilement doublée, explique Lucien Bodson, médecin urgentiste et coordinateur du plan d’urgence. Voire triplée. On équipe ainsi chambres et blocs opératoires libres de lits avec respirateur et monitoring.

À vrai dire, à court terme, si cela cale, ce ne sera sans doute pas du côté des lits. "Le souci majeur, pour le moment, c’est le matériel", assure le docteur Benoît Debande, directeur général administratif et financier du Chirec. En tête, les fameux masques FFP2, seuls à même de protéger efficacement le personnel soignant. "Ceux que nous avons reçus du SPF Santé n’affichent pas le même niveau de qualité que ceux que nous utilisons d’habitude, mais c’est mieux que rien. Par contre, il faut se battre pour en obtenir sur le marché, cela devient tendu, tout comme pour les gants et les surblouses. Nous avons en tout cas de quoi tenir une semaine, mais manquons de visibilité pour la suite, nos fournisseurs ayant du mal à s’approvisionner."

Système D

Un manque qui mène à des solutions originales. "Système D", rigole-t-on au CHU de Charleroi. Où l’on innove, en misant sur le matériel sportif. "On teste des masques de plongée. Decathlon nous a livré des blouses imperméables. Nous collaborons avec le Fablab de Charleroi, qui nous a proposé un prototype de casque à visière; on verra s’il répond aux standards d’hygiène. Et les distilleries du coin nous ont donné de l’alcool en quantité, pour fabriquer du réactif et du gel hydroalcoolique."

"Nous nous sommes inspirés des leçons de la crise italienne, et travaillons en trois cohortes. Les deux premières, et principales, travaillent douze heures par jour, sans se croiser. Et la troisième, plus réduite, est gardée en réserve."
Frédéric Dubois
Directeur de la communication du CHU de Charleroi

L’autre facteur, c’est le personnel. "Mon expérience, c’est que plus il est impliqué dans la prise en charge des patients, plus l’anxiété et la crainte de contamination diminuent, témoigne Pierre-François Laterre. On compte davantage de certificats dans les fonctions administratives et de support qu’au sein du personnel soignant, dont l’attitude est remarquable."

Remarquable, mais il faut que cela dure. Alors on s’organise. "Nous nous sommes inspirés des leçons de la crise italienne, précise-t-on au CHU de Charleroi. Nous travaillons en trois cohortes. Les deux premières, et principales, travaillent douze heures par jour, sans se croiser." Et une troisième, plus petite, est gardée en réserve, afin de remplacer le personnel qui serait infecté.

Au Chirec, on forme à tour de bras. Des blouses blanches des salles d’opération et de réveil sont entraînées afin de venir en support aux soins intensifs. Même dynamique du côté des médecins, où intensivistes et anesthésistes collaborent.

Tous sont tendus vers un même but: accueillir, peut-être, une vague accrue de patients.

Masques
Deux millions d'euros déjà récoltés par les hôpitaux

Suite à l'appel aux dons lancé par la Fondation Roi Baudouin, les soutiens ont afflué en une semaine à peine.

En à peine une semaine, le CHU Saint-Pierre (Uccle) a déjà pu compter sur un million d'euros de dons, apprenait-on ce lundi après-midi. Un signal prometteur pour les six hôpitaux wallons qui l'ont suivi dans la démarche, à savoir le Réseau Hospitalier Namurois, Vivalia (Luxembourg), Notre-Dame de Grâce (Gosselies), CHC Liège, le groupe Jolimont et le Grand Hôpital de Charleroi.

"Au total, ce sont plus de deux millions d'euros qui ont déjà été rassemblés", évoquait dans la soirée Luc Tayart de Borms, administrateur délégué de la Fondation Roi Baudouin à la manœuvre. "Nous veillerons désormais, avec les hôpitaux, à leur bonne utilisation."

Dans la foulée, fidèle à sa mission, la Fondation a lancé un appel à projets accéléré pour soutenir les organisations de lutte contre la pauvreté et le sans-abrisme. Quelque 100 demandes avaient été rentrées au moment d'écrire ces lignes. Pour un soutien qui dépassera le million d'euros, libéré par la Fondation, ses Fonds, mais aussi BNP Paribas Fortis – à hauteur de 250.000 euros. La banque versera également 350.000 euros à destination des banques alimentaires.

Un autre appel devrait enfin aussi être lancé ce mardi pour soutenir le personnel de première ligne.

 

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