Les Jeux olympiques reportés d'un an: des impacts sportifs et financiers

Coronavirus oblige, les JO de Tokyo ont été reportés à 2021. ©EPA

À leur tour, les organisateurs des JO de Tokyo ont dû se rendre à l'évidence. Face au Covid-19, il était plus prudent de reporter l'événement. Une première en temps de paix dans l'histoire de l'Olympisme.

C’était devenu inéluctable. Après le report d’un an de l’Euro 2020 de football, et celui d’un nombre croissant de compétitions sportives nationales et internationales, les Jeux olympiques qui devaient se tenir du 24 juillet au 9 août à Tokyo vont à leur tour être reportés d’un an pour cause de coronavirus. C’est une première pour les Jeux de l’ère moderne en temps de paix. Ceux-ci n’ont été annulés qu’en 1916, 1940 (où ils devaient se dérouler à... Tokyo) et 1944 en raison des conflits mondiaux.

"Dans la conjoncture actuelle et sur la base des informations transmises par l'OMS, le président du CIO (Thomas Bach, NDLR) et le premier ministre japonais Shinzo Abe sont arrivés à la conclusion qu'afin de préserver la santé des athlètes, des personnes associées à la préparation et des membres de la communauté internationale, les Jeux seront reprogrammés au plus tard à l'été 2021", indique le CIO.

Exit donc l’idée de les reporter de quelques mois, en octobre 2020 comme cela avait été évoqué. "Cela aurait été très compliqué d’un point de vue logistique, il aurait par exemple fallu mobiliser 40.000 chambres d’hôtel pour l’automne", observe Pierre-Olivier Beckers, président du Comité olympique et interfédéral belge (COIB).

"La décision de reporter les Jeux a été prise en conscience dans l’intérêt des athlètes, de leur encadrement et des spectateurs."
Pierre-Olivier Beckers
Président du COIB

L’ex-CEO de Delhaize salue la décision du CIO: "Elle a été prise en conscience dans l’intérêt des athlètes, de leur encadrement et des spectateurs." Selon une enquête du COIB auprès des athlètes et des fédérations, 75% préféraient en effet un report. "Mais c’est évidemment très dur pour les athlètes en fin de carrière pour qui ces Jeux constituaient le dernier objectif, souligne-t-il; sachant qu’une carrière de sportif de haut niveau dure en moyenne 10 ans, on peut estimer qu’un bon millier des 11.000 athlètes qui devaient aller cet été à Tokyo ne seront pas présents."

Pour le COIB, c’est aussi un casse-tête financier. Participer aux Jeux coûte cher, surtout dans un pays aussi lointain. Ceux de 2016 à Rio lui avaient coûté 4,6 millions d’euros. Le report devrait augmenter la facture. Le COIB espère la compréhension de ses partenaires financiers, comme les sponsors (Delhaize, EY, Toyota…) et les pouvoirs publics (Loterie, communautés) face à cette décision qui n’est pas de son ressort.

Des milliards de pertes pour le Japon

Au niveau international, c’est tout le calendrier sportif qui va être chamboulé, même si ce report facilitera la tenue des dernières épreuves de qualification, 43% des athlètes n’ayant toujours pas leur ticket pour Tokyo. Et puis, c’est toute l’économie liée au sport qui va être affectée. Mais, comme l’indique Thomas Bach, "l'impact financier n'est pas la priorité, il s'agit de protéger des vie."

Les organisateurs de Tokyo 2020 estiment le coût total des Jeux à environ 11,4 milliards d’euros. D’après les économistes de Nomura, ce report générera un recul de 1,5% du PIB japonais contre 0,7% initialement prévu. Car il entraînera une diminution de la consommation, d’autant que les 600.000 visiteurs étrangers attendus ne viendront pas.

11,4
milliards d'euros
C'est le budget des JO de Tokyo.

Pour Katsuhiro Miyamoto, professeur à l'Université du Kansai cité par Bloomberg, ce retard d’un an entraînera près de 5,4 milliards d’euros de pertes: maintenance des installations sportives, frais liés à la réorganisation, absence de touristes, etc.

Le même estime que les retombées économiques des JO en 2021 seront plus faibles que celles prévues en 2020. Il n’est en effet pas dit que les visiteurs attendus cette année viendront un an plus tard, ne serait-ce que par la crainte d’une éventuelle nouvelle crise sanitaire que ce type de grand rassemblement de foule peut accentuer.

Grands argentiers affectés

Reste à voir aussi ce qu’en penseront les grands partenaires du CIO. Ceux-ci paient cher leur association au mouvement olympique. Échelonnée sur quatre ans, 2013-2016, soit jusqu’aux Jeux de Rio inclus, la dernière Olympiade a généré 5,3 milliards d’euros de recettes (dont 90% sont reversés aux comités olympiques locaux et aux fédérations). Près de trois quarts de cette somme viennent des droits télé, le solde essentiellement des grands sponsors (Coca-Cola, Procter & Gamble, Samsung, Toyota, Visa, Alibaba, etc.). Il n’est pas certain que le report d’un an offre la même visibilité à ces grands argentiers.

Certes, tant le CIO que les organisateurs pourront invoquer le cas de force majeure, mais selon certains spécialistes il y a un risque d'indemnisation à ne pas négliger. Bref, du grain à moudre en perspective pour avocats et autres experts du sport business.

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