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Les lourds effets psychologiques du confinement

Les femmes et les jeunes souffrent particulièrement du confinement décrété pour lutter contre le Covid-19. ©BELGAIMAGE

Une étude menée par l'UCLouvain montre que 52% des Belges expriment un mal-être. Le confinement imposé par l'épidémie de Covid-19 impacte tout particulièrement les femmes et les jeunes. Pourquoi?

"On a constaté une proportion très élevée de mal-être dans la population belge." Vincent Lorant, responsable de l'Institut de recherche santé et société à l'UCLouvain, est le coordinateur de l'étude Covid et moi, dont les premiers résultats viennent de sortir. "On ne s'attendait pas à une augmentation si forte dès les premiers jours du confinement."

Il apparaît que 52% des Belges souffrent psychologiquement du confinement. Et cela se voit beaucoup plus chez les femmes (56%) que chez les hommes (42%). Un second enseignement porte sur l'âge. "L'effet du confinement sur un mal-être psychologique semble beaucoup plus prononcé chez les jeunes que chez les plus âgés", relève Vincent Lorant.

"Il peut sembler contre-intuitif que les jeunes se sentent plus impactés par le confinement, mais cela s'explique par le fait qu'ils perdent beaucoup de loisirs, de relations."
Vincent Lorant
UCLouvain

Les jeunes et les femmes plus impactés

Comment expliquer que les femmes et les plus jeunes soient plus sensibles aux règles restrictives qui sont imposées pour endiguer la propagation du Covid-19? Les réponses à d'autres questions posées dans le cadre de l'enquête amènent un éclairage: le confinement amène des changements dans les conditions de travail. Les répondants ressentent beaucoup d'incertitude par rapport à leur emploi, leurs revenus et certains disent avoir plus de boulot qu'avant la crise sanitaire. 

"Un quart de la population déclare désormais souffrir de solitude. C'est beaucoup plus que ce qu'on lisait dans l'étude de Sciensano menée en 2018: seuls 9% se plaignaient alors", relève Vincent Lorant. Le confinement affecte évidemment beaucoup les activités sociales. "Il peut sembler contre-intuitif que les jeunes se sentent plus impactés par le confinement, mais cela s'explique par le fait qu'ils perdent beaucoup de loisirs, de relations. Par contre, on sait que le réseau social diminue avec l'âge."

"La consommation des réseaux sociaux augmente l'angoisse et l'isolement."
Vincent Lorant
UCLouvain

Et si les femmes ressentent plus négativement la situation, "c'est parce qu'elles sont souvent en première ligne pour les activités familiales et l'éducation. Avec le confinement, on est passé de relations habituellement entre 3-4 personnes à des relations entre 2 personnes. La structure du réseau est affectée, ce qui diminue le support émotionnel. Les femmes comptent beaucoup plus sur ce support émotionnel en cas de difficultés...." 

Un autre élément à prendre en compte dans le mal-être, à côté de la diminution des contacts, c'est la peur. Les personnes plus exposées, parce qu'elles sont elles-mêmes infectées ou qu'un de leur proche est malade, expriment un mal-être plus important que les autres. 

Ce qui est aussi ressorti de cette étude, c'est l'influence des réseaux sociaux sur l'état psychologique. "Les personnes qui utilisent beaucoup les réseaux sociaux ont 30% plus de risques d'être en mal-être", note Vincent Lorant. Étonnant? Non. "La littérature montre que la consommation des réseaux sociaux augmente l'angoisse et l'isolement." 

"Il faut modifier son style de vie. Les activités physiques, notamment, permettent de diminuer la détresse psychologique. Et il ne faut pas trop ouvrir la bouteille."
Vincent Lorant

Que faire?

Que faire si l'on se sent en mal-être à cause du confinement? Ceux qui se sentent en grande souffrance doivent évidemment faire appel à une aide extérieure.

"Mais globalement, il faut modifier son style de vie. Les activités physiques, notamment, permettent de diminuer la détresse psychologique. Et il ne faut pas trop ouvrir la bouteille. Face à des événements stressants, il y a, en effet, une tendance à se réfugier dans l'alcool. Il ne faut pas hésiter, non plus, à se détourner des réseaux sociaux. Et à diversifier les contacts! Le terme de distanciation sociale est mal choisi! J'aurais préféré distance physique. N'hésitez pas à parler à vos voisins, en restant à bonne distance, par exemple...", conseille le professeur de l'UCLouvain.

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