Les maladies chroniques, victimes collatérales de l'épidémie?

Au début de l'épidémie, les pharmacies ont connu une hausse de 50% de leur fréquentation et un doublement de leurs appels téléphoniques. ©BELGA

Après un afflux au début de la crise, la fréquentation des pharmacies belges tend à se normaliser. Et hormis quelques tensions sur certains produits stratégiques, l'approvisionnement ne pose pas de soucis. Ce qui inquiète, par contre, c'est la baisse observée de la délivrance des médicaments pour maladies chroniques – à l'instar des urgences qui ont vu fondre leurs cas habituels. Tendance qui s'installe ou conséquence d'un surstockage initial? Le phénomène est en tout cas scruté.

Elles ne se sont pas éteintes, mises sous cloche par la déferlante du coronavirus. Au contraire, les croix vertes lumineuses ont brillé plus que jamais, elles aussi projetées au premier rang de la lutte contre l’épidémie.

Comment se portent les pharmacies? Coriaces, elles sont restées ouvertes, à 99%, signale Alain Chaspierre, porte-parole de l’Association pharmaceutique belge – l’APB représente les officines indépendantes, soit plus de 4.200 sur les quelque 4.800 pharmacies que compte la Belgique. "Par contre, dans 15% d’entre elles, on signale au moins un membre du personnel en quarantaine."

Ma toux, Covid ou pas Covid?

Dans un premier temps, les pharmacies ont été prises d’assaut, ou presque. "Les médecins étant accessibles uniquement par téléphone, le premier réflexe des citoyens a été de se rendre à la pharmacie. Ce qui a un peu fait paniquer le secteur. Heureusement, ce phénomène est derrière nous. Même s’il existe encore des gens qui viennent tousser en pharmacie afin de demander si leur toux fait Covid."

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Affluence? Oui, les premières semaines, la fréquentation a bondi de plus de 50%, tandis que les appels téléphoniques doublaient. À présent, on parle de "normalisation". Cela, c’est le baromètre élaboré par la VUB – sur la base d’un sondage effectué, entre le 30 mars et le 3 avril, auprès de 637 officines – qui l’établit.

À cela s’est greffé, également dans un premier temps, un certain sentiment d’abandon. "C’est l’APB qui a dû édicter les mesures de protection, validées par la suite par les autorités", reprend Alain Chaspierre. Plexiglas au comptoir, distanciation sociale.

Hausse des agressions verbales

Il est passé, aussi, le temps de la ruée vers certains articles, soudainement devenus plus désirables. Masques, gel hydroalcoolique, chloroquine ou boîtes de paracétamol, le phénomène du surstockage a été enrayé. Comme pour le papier toilette, en somme. "C’était au point que les pharmacies ont dû jouer les policiers, limitant les quantités à l’achat." Quitte à heurter les candidats acquéreurs. "Ce qui explique la hausse des agressions verbales."

"Heureusement que les pharmacies étaient là, accessibles et en première ligne. Jouant notamment un rôle social. Il existe des gens qui se rendent tous les jours à la pharmacie, rien que pour avoir un contact durant le confinement."
Alain Chaspierre
Porte-parole de l'Association pharmaceutique belge

Depuis lors, l’Agence fédérale des médicaments a établi une liste de produits stratégiques, ne pouvant plus partir à l’exportation, réservés pour la première ligne ou sur prescription – notons que le gel hydroalcoolique vient d’en sortir. "Globalement, l’approvisionnement est assuré. Même s’il existe encore certains produits essentiels qui sont sous tension. Comme le midazolam, utilisé notamment en soins palliatifs. Il est prévu que les pharmacies puissent avoir accès à ce stock stratégique contrôlé par l’armée, s’il devait y avoir une pénurie en ambulatoire." De même que les pharmaciens ne peuvent passer de commande dépassant de 50% leur stock de l’année dernière. Et doivent signaler tout excédent de médicaments stratégiques, pour une éventuelle réquisition.

À l’instar des urgences qui voient fondre le nombre de leurs cas habituels, les pharmacies enregistrent une baisse de la délivrance de médicaments pour les maladies chroniques. Tendance qui s’installe ou conséquence du surstockage des débuts? Le phénomène est, en tout cas, scruté. "Nous sommes inquiets, cela pourrait se payer plus tard."

Au moment de boucler ce tour d’horizon, l’APB se fait plus politique. "Certains décrivaient un modèle devenu obsolète. Mais heureusement que les pharmacies étaient là, accessibles et en première ligne. Jouant notamment un rôle social. Il existe des gens qui se rendent tous les jours à la pharmacie, rien que pour avoir un contact durant le confinement."

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