Les pilotes belges risquent gros

Les pilotes percevant généralement un salaire à 5 chiffres, il semble clair que les compagnies vont se tourner vers eux en priorité quand il s’agira de réduire la masse salariale. ©RV DOC

Ryanair va certainement mettre la pression sur les pilotes belges. Chez Brussels Airlines, ils attendent les négociations, car ceux de Lufthansa vont réduire leur salaire de 45% pendant 2 ans.

Comme ce ne sont pas les plus à plaindre, ce n’est en général pas ceux que l’on entend en premier. Mais les pilotes belges de Brussels Airlines et de Ryanair s’apprêtent aussi à affronter la tempête du coronavirus. Ils ont beaucoup à perdre, alors que l’on sait qu’un pilote a souvent un salaire mensuel à 5 chiffres.

En Allemagne, les pilotes de Lufthansa ont accepté de raboter leur salaire de 45% pendant deux ans. "On oublie souvent de dire qu’en échange les pilotes de Lufthansa ont obtenu des garanties, notamment en matière d’emplois", insiste le président de la Belgian Cockpit Association (BeCA), Alain Vanalderweireldt.

"À ce jour, il n’y a rien de clair sur la table."
Alain Vanalderweireldt
président de la Belgian Cockpit Association (BeCA)

Les avions sont cloués au sol et comme les autres travailleurs des compagnies, les pilotes sont donc au chômage temporaire spécial Covid. Ceci étant, "ils reçoivent un complément par tranche de salaire brut pour compenser la perte d’emploi", nous détaille Filip Lemberechts, secrétaire permanent de l’ACLVB.

Autrement dit, un pilote au chômage coûte bien plus d’argent aux compagnies aériennes que les autres travailleurs. Il semble clair que les compagnies vont se tourner vers eux en priorité quand il s’agira de réduire la masse salariale.

Brussels Airlines devrait redémarrer à 15 ou 20% des capacités. ©Photo News

Sur le principe, Alain Vanalderweireldt n’est pas contraire de "faire des efforts sur une période limitée avec une durée limitée et un objectif", mais il prévient qu’il faudra prendre "tout le problème à la racine avec la planification de l’activité à l’avenir".

Quelle taille à l'avenir? 

Chez Brussels Airlines, l’exercice est compliqué. En pleine restructuration stratégique avant la crise du Covid-19, Brussels Airlines avait déjà mis en route son plan Reboot pour le personnel au sol, mais le travail devait encore être réalisé pour le personnel navigant. On ne savait donc pas combien d’avions allaient être supprimés, coronavirus ou pas. "Nous n’avons jamais vu le nouveau réseau 2022 et 2023 pour Brussels Airlines", abonde Lemberechts.

Aujourd’hui, on parle de réduire la taille du réseau de 25%. "À ce jour, il n’y a rien de clair sur la table. On a bien lu qu’il y avait des projets de réduire la taille des entreprises et on s’interroge sur la taille critique d’une entreprise. La Belgique reste un marché porteur avec une demande solvable importante et une bonne localisation", insiste le président. Ce serait donc une erreur selon lui de ne pas garder une industrie du transport forte basée chez nous.

Chez Ryanair, les emplois des pilotes semblent plus menacés que le reste du personnel navigant à court terme. ©REUTERS

Chez Ryanair, on sait que des emplois devraient passer à la trappe d’ici la semaine prochaine, mais curieusement, les pilotes semblent plus menacés que le reste du personnel navigant à court terme. "Le système belge protège contre les licenciements. Le chômage économique ne coûte presque rien aux entreprises et ça leur permet de garder une réserve de travailleurs s’il y a une reprise à l’automne", estime Didier Lebbe de la CNE. Surtout que même après le chômage "Covid", un chômage économique classique pourra être mis en place jusque fin septembre.

"Le tourisme et le voyage sont les plus impactés pour le moment et la reprise semble plutôt lointaine, mais il est essentiel de garder l’outil de travail prêt pour le redémarrage", insiste Alain Vanalderweireldt. Et cela passe aussi par les pilotes donc.

La crainte des licenciements plane dans l'esprit des pilotes, nous revient-il. Brussels Airlines va "redémarrer à 15 ou 20% des capacités. Le nouveau réseau va s’établir en plusieurs étapes. Une première phase à 20% et peut-être à 50% dans une deuxième phase", estime Lemberechts. Dans cette optique, il faudra chasser le moindre coût excédentaire.

Tout savoir sur le coronavirus Covid-19

La pandémie de coronavirus Covid-19 frappe de plein fouet la vie quotidienne des Belges et l'économie. Quel est l'impact du virus sur votre santé et sur votre portefeuille? Les dernières informations et les analyses dans notre dossier. 

Par thématique:

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité