Les PME auront trois ans pour se relever

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Le premier plan de garantie publique pour soutenir l'économie s'avérait insuffisant pour les PME, les autorités ont revu leur copie en allongeant les délais et leur conférant spécifiquement des moyens.

Il fallait remettre l’ouvrage sur le métier. Le mois passé, Johan Thijs, CEO de KBC et président de Febelfin par ailleurs, avait ouvert le débat en indiquant que les petites entreprises, notamment dans l’horeca, auront besoin de trois à quatre ans pour totalement se remettre de la crise actuelle.

"Il est essentiel d’avoir une certaine fluidité dans l’octroi de crédit. C’est la raison pour laquelle nous étendons le régime de garantie fédéral aux crédits aux PME d’une durée allant jusqu’à 36 mois."
Alexander De Croo
Ministre des Finances

La fédération financière et le ministre des Finances Alexander De Croo sont parvenus à un accord dans ce sens ce vendredi. Sur l’enveloppe de 50 milliards d’euros dégagée par les autorités fédérales pour garantir les prêts aux entreprises, dix milliards sont dorénavant spécifiquement destinés aux PME.

"Bon nombre d’indépendants et de PME sont toujours dans une situation pénible. Ils redémarrent, mais souvent à régime réduit", constate Alexander De Croo. "Il est essentiel d’avoir une certaine fluidité dans l’octroi de crédit. C’est la raison pour laquelle nous étendons le régime de garantie fédéral aux crédits aux PME d’une durée allant jusqu’à 36 mois."

Meilleure conditionnalité

Une annonce qui réjouit les fédérations d’indépendants. "Prolonger cette période était indispensable", estime Clarisse Ramakers, directrice du service d’étude de l’Union des classes moyennes (UCM). "Nous avions plaidé pour allonger ce délai à 18 ou 24 mois, mais 36 mois est encore mieux."

Une demande que portait également Christine Mattheuws, présidente du Syndicat neutre pour indépendants (SNI). "De nombreux indépendants et de petites entreprises auront besoin de plus d’une année pour se remettre de la crise, dont on ignore encore l’ampleur", souligne-t-elle, ajoutant qu’une durée de 36 mois offre "de bonnes perspectives aux indépendants".

250.000
Demandes de reports de remboursement de crédit
Febelfin a enregistré quelque 250.000 demandes de report de remboursement de crédit, que ce soit de la part de particuliers ou d'entreprises.

Les conditions pour pouvoir bénéficier de ces prêts vont également être assouplies. La définition de ce qu’est une entreprise "viable" avait suscité quelques frictions, car il fallait remplir ces clauses pour pouvoir prétendre aux prêts garantis. Initialement, seules les PME sans arriérés de paiement aux impôts et aux cotisations sociales entraient en considération.

Ce ne sera plus le cas dorénavant. "Ce n’est pas parce qu’une entreprise mène un plan d’apurement qu’elle n’est pas saine", défend Christine Mattheuws. "Cette conception était trop stricte et nous avons défendu son élargissement au sein des différents groupes de travail."

Les autorités négocient actuellement avec la Commission afin d'encore élargir ce spectre sans contrevenir à la réglementation européenne sur les aides d'État.

Reports prolongés

Le ministre et Febelfin ont par ailleurs décidé de prolonger jusqu’en fin d’année la possibilité de demander le report des remboursements des crédits hypothécaires pour les particuliers et des crédits professionnels. Cette mesure a déjà rencontré un certain succès, puisque 250.000 reports ont été accordés entre le début du mois d’avril et la fin mai. Quelque 118.000 concernent des particuliers, tandis que 130.00 ont bénéficié à des entreprises.

Cette nouvelle version du plan modifie en outre la charge du risque. Auparavant, les banques endossaient seules les premiers 3% de pertes des défauts de crédit, la moitié sur les 2% suivants, et 20% sur tout le reste. La nouvelle mouture du plan prévoit que les banques assumeront 20% des pertes sur tous les défauts. Cette nouvelle répartition devrait encourager les banques à prêter davantage aux entreprises en difficulté.

Ces nouvelles dispositions devraient permettre aux entreprises en difficulté un horizon de financement. Reste à voir quelle sera l'ampleur de la crise en cours, et de quelle manière l'économie va redémarrer.

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