analyse

Les retards de Pfizer malmènent le calendrier de vaccination

Ces seringues permettent d'extraire six doses des flacons de vaccin Pfizer, au lieu de cinq. Tout bonus pour les États? Raté. Les contrats portant sur les doses, Pfizer va réduire le nombre de flacons livrés. Autrement dit, cette sixième dose ne permet pas une accélération de la stratégie de vaccination. ©AFP

Après des livraisons amputées cette semaine, Pfizer annonce d'autres retards pour la semaine prochaine. Pas de quoi stopper la vaccination dans les hôpitaux belges, mais bien la ralentir.

Cela a pas mal secoué, ces dernières 24 heures, du côté de la stratégie belge de vaccination - alors, justement, que les pièces semblaient se mettre doucement en place. Trois informations sont venues s'entrechoquer, créant incertitude et agitation. Tentons d'y voir clair.

2,5
millions de doses
Telle est la part de la commande supplémentaire passée par l'Europe auprès de Pfizer à côté de laquelle la Belgique a failli passer, parce que son "souhait d'achat" n'est pas arrivé dans les temps. Heureusement qu'une nouvelle commande a suivi de près.

Il y a, tout d'abord, la divulgation par Knack de ce qui aurait pu constituer une fameuse boulette dans le chef de l'Agence fédérale des médicaments et des produits de santé (AFMPS). En décembre, alors que la Commission passe commande pour un rabiot de 100 millions de doses auprès de Pfizer, la confirmation de la participation de la Belgique, à hauteur de 2,5 millions de doses, connaît un couac au sein de l'AFMPS. "C'est exact", reconnaît-on à l'Agence. "Le souhait d'achat de la Belgique, mais aussi de la Pologne, n’est pas arrivé dans les temps." Bref, la Belgique a raté le train.

Un premier train raté

Heureusement, un second est annoncé début janvier, avec une nouvelle commande. Cette fois-ci, la Belgique et la Pologne ont pu négocier à la fois une priorité dans les livraisons et le rattrapage des doses loupées quelques semaines plus tôt. Le tout, sans que cela ait d'impact sur le calendrier organisant la valse des piqûres. C'est ce qui s'appelle avoir eu chaud.

Il y a, ensuite, cette désillusion. Les États croyaient avoir trouvé de l'or au fond des flacons livrés par Pfizer, parce que ceux-ci contenaient - à condition de faire usage d'un certain type de seringue - de six doses, et non de cinq. Il n'en sera finalement rien: les contrats portant sur le nombre de doses, Pfizer rabotera d'autant ses envois de flacons. Autrement dit, les États recevront les doses prévues; pas davantage. De quoi hypothéquer l'accélération de la vaccination basée sur cette dose supplémentaire. "There is no such thing as a free lunch", dit-on.

Un retard de livraison peut en cacher un autre

Il y a, enfin, les retards à répétition dans les livraisons. La Belgique affirmait que l'approvisionnement était sécurisé, menant à la décision de ne plus conserver les secondes doses dans des frigos, façon écureuil prudent. Il y eut un premier épisode, entamé fin de semaine dernière: pour être à même de fournir davantage de doses au second trimestre, la société pharmaceutique va procéder à des ajustements sur ses lignes de production et donc, dans un premier temps, revoir quelque peu ses livraisons à la baisse. Une annonce qui prend tout le monde de court.

Il est d'abord question de 40.000 doses manquantes pour la Belgique, dans la livraison de cette semaine. Un chiffre qui chute rapidement à 7.000, et qui n'affecte pas sévèrement le planning de vaccination. Sauf que, rebelote ce mardi en fin de journée, les livraisons ont encore été perturbées. De quoi provoquer de l'énervement à tous les étages politiques, jusqu'au sommet de la Commission européenne.

"Le schéma de livraison repose sur un modèle théorique et dynamique. Cela peut changer de jour en jour. Mais l'intention est qu'à la fin du premier trimestre, nous ayons reçu toutes les doses initialement prévues."
Agence fédérale des médicaments et des produits de santé

Confirmation de l'AFMPS, qui précise qu'elle a toujours dit que le schéma de livraison reposait sur un "modèle théorique et dynamique", nourri de nombreuses données. "Cela peut changer de jour en jour." Et donc, après "l'impact mineur" de cette semaine, il faut bien en prévoir un, "un peu plus grand", pour la semaine prochaine. Pour la suite, les livraisons devraient reprendre leur cours tel que prévu. "Et l'intention est qu'à la fin du premier trimestre, nous ayons reçu toutes les doses initialement prévues."

On réduit la voilure

N'empêche, cela grogne du côté des entités fédérées, chargées de mettre en oeuvre la vaccination. S'il est assez vite apparu que cela ne changerait pas la donne pour les maisons de repos, toujours prioritaires, il n'en est pas de même pour les hôpitaux, où la vaccination vient à peine de démarrer.

En Flandre, où l'Agence "Zorg en Gezondheid" avance une livraison amputée de 42% pour la semaine qui vient, on dégaine rapidement, dès mardi soir, en indiquant que les vaccinations dans les hôpitaux seront interrompues. Avant de se raviser le lendemain: la vaccination se poursuivra au sein de 13 hôpitaux.

13%
En lissant les doses manquantes dans les livraisons en provenance de chez Pfizer, cette semaine et la semaine suivante, la Wallonie estime que la vitesse de vaccination dans les hôpitaux devrait baisser d'environ 13%.

En Wallonie, pas question d'interrompre la machine: on poursuit la vaccination dans les hôpitaux, même si les livraisons amoindries imposent un exercice de lissage, correspondant, par semaine, à une diminution de 13%. Et la semaine prochaine, on lance toujours les opérations au sein des hébergements pour personnes handicapées - avec une voilure réduite, bien entendu.

À Bruxelles, il a été décidé de poursuivre cette semaine, mais de marquer une pause la semaine prochaine, dans l'attente de clarifications.

Un mois d'avril meurtrier pour l'Europe

Avec la page 2020 qui se tourne, tombent les premières statistiques. Qui n’ont rien de réjouissant, puisqu’elles tentent d’approcher le nombre de morts emportés par le coronavirus. Des chiffres nationaux sont déjà parus. Notamment en Belgique, où Sciensano estime que 2020 a causé 16,6% de décès supplémentaires. En France, l’excédent de mortalité serait de 9%.

En Europe, les données d’Eurostat mettent un peu plus de temps à être compilées – l’office européen s’est pour l’heure arrêté sur un mois de novembre pas totalement bouclé. Qu’en est-il toutefois? Jusque-là, c’est avril qui s’est montré le plus redoutable, avec un pic de surmortalité de 24,9% par rapport à ses homologues des années 2016 à 2019. Au total, Eurostat en est à 297.500 décès supplémentaires entre mars et octobre 2020 – ce qui ne prend pas encore en compte le pic de la fin d’année.

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