interview

Maggie De Block: "La stratégie de l'immunité collective ne fonctionne pas"

Maggie De Block ©Photo News

La ministre de la Santé a répondu aux questions de L'Echo dans des circonstances un peu particulières. Elle annonce des livraisons de masques et une amélioration de la communication entre les autorités et la médecine de première ligne.

A la guerre comme à la guerre. L'Echo avait obtenu une heure d'interview par téléphone avec la ministre fédérale de la Santé cette semaine. Prise par la gestion de la crise, Maggie De Block (Open Vld) n'a pas été en mesure d'honorer son engagement. Nos questions ont néanmoins été envoyées à son cabinet. Nous avons jugé ses réponses informatives alors que vendredi, le Centre de crise confirmait l'accélération de la propagation du coronavirus avec un total de 2.257 personnes contaminées. La Belgique compte 837 patients hospitalisés en raison du virus, dont 203 supplémentaires jeudi. 164 se trouvent aux soins intensifs. Entre jeudi et vendredi, 16 nouveaux décès ont été comptabilisés, établissant le bilan à 37 morts. Nous maintenons la forme "interview" de l'échange pour un meilleur confort de lecture. 

Quand interviendra le pic de l’épidémie ?

C’est difficile à dire. Les mesures prises ont pour but de retarder ce pic. On espère une stabilisation des hospitalisations au cours des prochains jours et prochaines semaines. On sait aussi que si on lève les mesures trop tôt, on pourrait faire face à une nouvelle vague. Il est donc très, très, très important de respecter les mesures de confinement. 

Avons-nous la certitude que le système hospitalier résiste ? Combien de lits en soins intensifs, combien de respirateurs ? 

"La Belgique n'est pas en manque de places mais nous voulons renforcer son équipement pour anticiper la demande, qui va augmenter au cours des prochains jours."

Les mesures prises visent d’une part à augmenter la capacité hospitalière et d’autre part à ralentir la propagation du virus. Aujourd'hui, en Belgique, il y a 1.900 lits équipés d'un système de ventilation. Des plans sont activés dès ce vendredi pour augmenter la capacité totale. La Belgique n'est pas en manque de places mais nous voulons renforcer son équipement pour anticiper la demande, qui va augmenter au cours des prochains jours.

Les cas semblent plus nombreux en Flandre. Une explication ?

Un virus n'a pas de plan ou de carte. Cela dépend également de la densité de la population. D'ailleurs depuis aujourd’hui, la carte du rapport de Sciensano est basée sur le ratio et plus sur des chiffres bruts. On aura donc une meilleure vue de la répartition par rapport à la densité de population.

La France redoute un taux d’infection important du personnel soignant, notamment en raison des pénuries de masques. Le risque existe-t-il en Belgique ?

©Photo News

Les prestataires de soins sont nos soldats de front dans la lutte contre le Covid-19, nous faisons tout ce que nous pouvons pour les protéger au mieux. Au début de la semaine, Alibaba a envoyé 300.000 masques chirurgicaux, mercredi 200.000 autres. Leur distribution bat son plein. Cette fin de semaine, nous avons également obtenu 100.000 masques FFP2 pour la Belgique. Ce stock était à l’origine destiné à l’Italie. L’Italie a pu entre-temps se procurer des masques par d’autres voies, ce qui fait que notre pays a pu racheter le stock au producteur chinois. Les bonnes relations entre notre pays et la Chine y ont joué un rôle. En outre, 5 millions de masques chirurgicaux sont arrivés la nuit de jeudi à vendredi. Des cargaisons de masques arriveront encore dans les prochains jours. 

Le problème de la disponibilité des réactifs semble se régler… Où en est-on ? Quelle va être la politique de dépistage dans les jours à venir ?

La politique de dépistage restera inchangée dans les prochains jours. Les prélèvements sont prévus pour deux catégories de personnes : celles dont l’état clinique nécessite une hospitalisation et pour lesquelles le clinicien a une suspicion de Covid-19, et tout professionnel de santé qui remplit la définition de "cas possible" et qui présente de la fièvre. 

La Belgique a-t-elle tardé à prendre des mesures radicales ?

"L’épidémie durera plus longtemps dans notre pays mais nos hôpitaux et notre personnel soignant pourront garantir en tout temps les meilleurs soins à chacune et chacun d’entre nous."

Les mesures que nous prenons ne viennent pas après mais avant les faits. Nous anticipons. Nos experts suivent la situation en permanence et conseillent les mesures nécessaires afin de garder le contrôle sur l’évolution future. Nous nous assurons qu’un minimum de personnes soient contaminées. Mais il est au moins aussi important d’étaler dans le temps la pression sur nos soins de santé. L’épidémie durera plus longtemps dans notre pays mais nos hôpitaux et notre personnel soignant pourront garantir en tout temps les meilleurs soins à chacune et chacun d’entre nous.

Quid de votre communication en début de crise? Vous avez parlé de "grosse grippe" par exemple. 

Nous avons toujours suivi les avis de nos experts. Dans une situation donnée, il est nécessaire de communiquer honnêtement, clairement et sans ambiguïté. Avec autant de niveaux de pouvoir impliqués, organiser cette communication est un défi mais je constate que tout le monde comprend la gravité de la situation et maintient la même ligne.

La médecine générale demande des instructions précises sur les procédures à suivre...  

"Dorénavant, nos médecins généralistes recevront un message flash sur leur écran lors de chaque mise à jour des directives médicales."

Nos scientifiques évaluent en permanence les directives médicales destinées aux prestataires de soins et les adaptent si nécessaire. Dorénavant, nos médecins généralistes recevront un message flash sur leur écran lors de chaque mise à jour des directives médicales. En les informant automatiquement des mises à jour, nous voulons leur faire perdre le moins de temps possible et leur laisser les mains libres pour s’occuper de leurs patients. La prochaine étape est d’offrir la même fonctionnalité à tous nos autres prestataires de soins

Que pensez-vous du choix de l’immunité collective des Pays-Bas et du Royaume-Uni ? Faut-il fermer les frontières avec les Pays-Bas ?

"La situation aux Pays-Bas et au Royaume-Uni montre déjà que la stratégie de l’immunité collective ne fonctionne pas."

Si beaucoup de personnes sont admises à l’hôpital dans un délai très court, il n'y aura pas assez de place dans les hôpitaux. La situation aux Pays-Bas et au Royaume-Uni montre déjà que la stratégie de l’immunité collective ne fonctionne pas. Tous les pays européens, le Royaume-Uni également, ont imposé des restrictions de voyage pour décourager les entrées et les sorties entre les pays. Mais les citoyens de l'UE doivent pouvoir rentrer chez eux. Une exception est accordée pour cela. La circulation des marchandises doit également être assurée. 

La N-VA parle de "dictature corona" pour qualifier le gouvernement Wilmès 2. En quoi ce vote de confiance était-il indispensable ? 

Honnêtement, cette déclaration ne m’intéresse pas. Je travaille jour et nuit pour gérer cette crise. Je n’ai pas de temps à perdre avec des jeux politiques.

Vous avez souvent défendu des économies dans le budget des soins de santé. Faudra-t-il changer d’optique ?

Je suis et j’ai toujours été en faveur d’investissements supplémentaires dans les soins de santé. Mais le contexte budgétaire est ce qu’il est. Au cours de la législature précédente, j’ai augmenté l’efficience dans nos soins de santé. Cela profitera à long terme à l’ensemble du système. J'insiste: nous n’avons pas fait d’économies sur les dépenses fédérales de santé, elles sont passées de 23,8 milliards d’euros par an en 2015 à 27,5 milliards en 2020. Enfin, les situations exceptionnelles appellent des moyens exceptionnels. Nous débloquons maintenant des ressources supplémentaires pour faire face à cette crise. Mais il est crucial que nous dépensions ces ressources de la meilleure manière possible.

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