"Malgré le télétravail, il faut préserver l'ambiance de la machine à café"

Thierry Geerts, CEO de Google Belgique. L'ambiance de la machine à café lui manque. ©DOC

Pour Thierry Geerts, le patron de Google Belgique, le télétravail et la digitalisation c’est bien, mais cela ne doit pas remplacer la machine à café.

Depuis bientôt huit ans qu’il est à la tête de Google Belgique, Thierry Geerts plaide la cause du télétravail, au sein de son entreprise évidemment mais aussi à toutes les tribunes où on l’invite. Il prêche évidemment pour la chapelle de Google qui tire une bonne partie de ses revenus du cloud et du partage de données. Alors c’est dire que d’imposer parmi les mesures de confinement la généralisation du télétravail, c’est prêcher cette fois à un convaincu. "C’est effectivement une pratique très courante chez nous. Mais malgré cela, nous rencontrons finalement les mêmes difficultés que tout le monde et que toutes les entreprises. Le télétravail de temps en temps, c’est facile et assimilable. L’imposer à tous et pour une longue période, c’est plus compliqué. Il manque l’élément humain !"

Du coup, dès le départ des mesures de confinement, avant même le 17 mars, Thierry Geerts et ses équipes ont accordé beaucoup d’importance à l’humain, aux interactions, au travail en équipe. "Et in fine à la santé de chacun, physique et psychologique", fait-il remarquer. "Cet isolement forcé ne fait que renchérir l’importance du contact humain dans l’entreprise."

"Personnellement, confiné comme cela, je me sens comme un lion en cage. C’est juste impossible d’avoir la même productivité."
Thierry Geerts
CEO de Google Belgique

Ses réunions virtuelles commencent donc invariablement par une prise de température, un moment informel de discussion, hors boulot. "La visioconférence est évidemment très efficace. Nous la pratiquons depuis longtemps au sein du groupe. Mais il faut aussi parvenir à recréer l’ambiance de la machine à café, même si elle est virtuelle."

C’est aussi l’occasion de se préoccuper de l’ergonomie de chacun dans son nouvel environnement de travail, de pousser tout le monde à se déconnecter, et surtout de rassurer chacun sur sa productivité. "Personnellement, confiné comme cela je me sens comme un lion en cage. C’est juste impossible d’avoir la même productivité que dans son environnement de travail habituel. Entre la santé et sa famille, il y a des choses plus importantes à penser", reconnaît le patron de Google Belgique. "Et si un enfant intervient en pleine visioconférence dans mon équipe, c’est le cadet de mes soucis."

Ses quatre enfants, rentrés de kot ou de l’étranger, sont aujourd’hui assez grands pour ne plus venir perturber les "calls" du patron, mais forcément la concentration n’est pas toujours optimale.

Conséquences économiques

Bien sûr, comme toute autre entreprise, Google Belgique sera impactée par la crise sanitaire et ses conséquences économiques. Même si la consommation de données et le nombre de visites restent assez élevés, notamment sur Youtube, la publicité est par contre plutôt ralentie. "Dès la reprise, nous serons rapidement prêts pour accompagner le client, même si nous resterons encore en télétravail quelques semaines."

"Cette crise montre que les entreprises se préoccupaient encore trop du physique et pas assez du digital."
Thierry Geerts
CEO de Google Belgique

"Cette crise montre en tout cas que les entreprises se préoccupaient encore trop du physique et pas assez du digital. Voyez les visioconférences. Forcés et contraints, nous nous sommes aperçus que cela fonctionnait plutôt bien. Pour la digitalisation du commerce ou de l’éducation, c’est la même chose. Mais le basculement sera plus important et plus profond", avertit Geerts.

"Il faut parvenir à recréer l’ambiance de la machine à café, même si elle est virtuelle."
Thierry Geerts
CEO de Google Belgique

Mais le patron de Google Belgique ne peut s’empêcher de craindre que les entreprises locales ne retombent dans leurs travers et leurs mauvaises habitudes. "Durant ces dernières semaines, l’e-commerce a explosé, mais les entreprises belges et particulièrement locales n’en ont pas assez profité", regrette-t-il. Sur le long terme, Geerts affiche aussi des craintes pour certaines activités récentes de l’économie collaborative. "Le modèle sera-t-il assez solide pour résister à cette crise ? Qu’en sera-t-il des vélos ou des voitures partagés ? Faudra-t-il les désinfecter ? Comment voyagerons-nous par ailleurs ? Les transports en commun risquent de pâtir de cette crise. L’aérien certainement et surtout à l’intercontinental. Mais quelles sont ou seront les alternatives ?"

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