Malgré les aides, 1 million d'emplois restent à risque en Belgique

Eric Van den Broele, qui a piloté ces estimations chez Graydon. ©siska vandecasteele

Quel sera l’effet des aides publiques sur les entreprises et sur leurs emplois? Selon les estimations de Graydon, sur 3,45 millions d'emplois dans le privé, 1,7 million se trouvait dans la zone la plus dangereuse avant les aides. Des aides qui ont permis de réduire ce chiffre à 1 million.

Les aides fédérales et régionales auront un gros impact sur les entreprises touchées de plein fouet par la crise. Sur une population totale de 1,34 million d’entreprises (unipersonnelles inclues), elles vont en faire sortir 181.000 de la zone la plus dangereuse, selon les estimations de Graydon, le spécialiste de l’analyse des données d’affaires qui a élaboré ses calculs sur la période de la mi-mars au 3 mai (50 jours). Graydon a classé l’ensemble des entreprises du pays. Son approche riche en nuances peut être résumée en trois groupes: les sociétés en graves difficultés du fait de la crise, avec risque de faillite, celles qui sont relativement impactées, et celles qui sont suffisamment solides.

Les aides auront plus d’effet sur les entreprises en Région flamande, où elles permettront de faire remonter 108.000 sociétés dans le groupe des vertueuses.

Le nombre des entreprises les plus menacées reviendra, après les aides, de 553.000 à 372.000 unités. La population du deuxième groupe va grossir de 41.000 entreprises à un total de 427.000. Et surtout, les aides permettront à 139.000 entreprises de se dégager complètement des zones à risque: ce groupe des sociétés aucunement menacées passera ainsi de 406.000 à 545.000 unités.

Les aides auront plus d’effet sur les entreprises en termes relatifs et absolus en Région flamande (788.000 entreprises), où elles permettront de faire remonter 108.000 sociétés dans le groupe des vertueuses, qui en recensera 339.000. En Wallonie, 25.000 entreprises rejoindront ce groupe qui totalisera dès lors 148.000 sociétés (sur un total wallon de 382.000 entreprises). En Région bruxelloise, 5.900 sociétés rejoindront la zone sans danger qui en comptera 58.000 (sur un total bruxellois de 175.000 entreprises).

Plus gros employeurs "sauvés" à Bruxelles

Combien d’emplois seront ainsi aspirés vers le haut? Graydon a répondu à cette question en comptabilisant les effectifs des entreprises remises en zone plus sûre (groupe 2) ou entièrement à l’abri (3). Sur une population totale de 3,45 millions d’emplois, 1,7 million se trouvait dans la zone la plus dangereuse avant les aides; après, elle se réduit à 999.000. Autrement dit, 707.000 jobs sont donc sortis de cette zone. 467.000 emplois sont venus gonfler le groupe 2, à 980.000 unités. Et surtout, 237.000 jobs ont intégré le groupe des entreprises sans risque, pour y totaliser 1,47 million d’emplois.

Ici, les écarts régionaux penchent dans un autre sens. C’est à Bruxelles que les aides auront le plus gros impact sur les emplois "glissés" vers la zone sans risque: il s’agira de 160.000 jobs, qui porteront ce total à 361.000. En Flandre, 58.000 emplois intégreront la zone des entreprises sûres, où ils seront 787.000 au total. En Wallonie, 19.000 emplois feront le même chemin pour y totaliser 327.000 emplois. Ce qui montre qu’il y a davantage de gros employeurs parmi les entreprises intégrant la zone sûre à Bruxelles.

Les aides les plus efficaces

"L’aide qui a le plus d’impact est la garantie de 50 milliards d’euros offerte par l’État fédéral pour couvrir les prêts bancaires", commente Eric Van den Broele, qui a piloté ces estimations chez Graydon. "Elle aura un gros effet multiplicateur, elle devrait permettre aux entreprises d’emprunter jusqu’à 500 milliards. "

"L’approche flamande aura sans doute plus d’impact car outre la prime forfaitaire, elle prévoit le versement de 160 euros par jour de fermeture au-delà des 21 premiers jours. Cela pourra faire la différence."
Eric Van den Broele
manager R&D, Graydon

Après les mesures fédérales, les aides régionales produiront également pas mal d’effet. "La prime régionale de fermeture va bien aider les petites entreprises", poursuit l’expert. "L’approche flamande, différente de celle des autres Régions, aura sans doute plus d’impact car outre la prime forfaitaire de 4.000 euros, elle prévoit le versement de 160 euros par jour de fermeture au-delà des 21 premiers jours. Elle tient compte de la durée de la crise. Cela pourra faire la différence. Bruxelles et la Wallonie devraient y penser."

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