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Marc Raisière, CEO de Belfius: "Il faut éviter une crise économique, financière et bancaire"

Marc Raisière, CEO de Belfius ©saskia vanderstichele

"Il y aura un 'avant' et un 'après' l'épidémie", estime Marc Raisière, patron de la banque Belfius. Entretien.

L'épidémie de maladies dues au coronavirus ne met pas que le système des soins de santé à rude épreuve. Avec les premières restrictions et l'instauration du confinement, l'économie belge, et mondiale, est mise sous pression comme rarement de mémoire d'être humain.

"Nous sommes dans une situation que personne n'a jamais connue et qu'aucun économiste ne pouvait prévoir."

Voués aux gémonies il y a dix ans lors de la crise financière, les banquiers ont cette fois été appelés à la rescousse. Depuis un mois, les réunions se multiplient afin de trouver des solutions pour soutenir les ménages et les entreprises à traverser cette période difficile. Dans les locaux de la Banque nationale, les pontes du secteur se sont retrouvés dans une atmosphère un peu surréaliste, certains arborant même un masque de protection. 

Acteur de premier plan dans ces discussions complexes, Marc Raisière a répondu à nos questions par téléphone. Serein, il estime que la Belgique a tous les atouts pour traverser cette période, malgré son scénario inédit. "Nous sommes dans une situation que personne n'a jamais connue et qu'aucun économiste ne pouvait prévoir."

À quel moment vous êtes-vous rendu compte de la gravité de la situation ?

"Très rapidement, on est partis du principe que la crise allait s'accélérer et qu'il fallait de plus en plus décentraliser la manière avec laquelle nos collaborateurs allaient travailler."

C'était lors des vacances de carnaval, à la fin du mois de février. Nous avions compris que l'Italie se trouvait dans une position très difficile. Nous nous sommes alors posé deux questions: comment limiter le nombre de malades au sein de Belfius, et comment assurer la continuité de nos services à partir du moment où nous aurions des malades dans notre personnel?

Nous avons alors travaillé avec deux équipes: une moitié de nos 4.000 collaborateurs prestaient à la maison, tandis que l'autre moitié venait à la tour Belfius. Très rapidement, on est partis du principe que la crise allait s'accélérer et qu'il fallait de plus en plus décentraliser la manière avec laquelle nos collaborateurs allaient travailler.

Comment jugez-vous la réaction politique à cette épidémie?

"Je suis très admiratif de la manière avec laquelle nos ministres gèrent cette crise. Ils sont énormément critiqués alors que personne n'avait prévu cette pandémie."

Je suis très admiratif de la manière avec laquelle nos ministres gèrent cette crise. Ils sont énormément critiqués alors que personne n'avait prévu cette pandémie. Dans ce cadre-là, avec les trois autres grandes banques, la Banque nationale, Alexander De Croo et son chef de cabinet, nous avons été très matures lors de nos discussions. Je ne dis pas qu'il n'y a jamais eu d’échanges forts, mais nous avons fixé nos priorités: soutenir l'économie afin d'éviter une crise sanitaire couplée à une crise économique, financière et bancaire. 

Comment vous préparez-vous à gérer les demandes des clients mis en difficulté par la crise?

2.000
demandes par jour en provenance des PME
Entre 1.500 et 2.000 demandes par jour parviennent chez Belfius en provenance de petites entreprises souhaitant trouver des solutions à leurs problèmes issus de la crise.

Nous devons encore arrêter les détails de l'accord conclu dimanche dernier. C'est un puzzle que nous devons orchestrer avec une bonne compréhension des initiatives prises par la BCE et nos régulateurs, notamment pour ce qui concerne la solvabilité.

Il y a également un impact opérationnel. Pour l'instant, les demandes concernant les crédits hypothécaires sont plutôt limitées chez Belfius, nous avons atteint le cap des 2.000 demandes ce vendredi. Par contre, les demandes des petites entreprises sont vraiment importantes, nous parlons de 1.500 à 2.000 demandes par jour. 

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Les banques belges sont-elles assez solides pour résister à cette crise?

"J'espère que l'économie sera à nouveau ouverte en mai, ou au plus tard en juin."

Je crois que le système bancaire belge, et je fais surtout allusion aux deux grandes banques qui gardent leur centre de décision en Belgique (Belfius et KBC, NDLR), font partie des banques les mieux capitalisées. Nous avons un buffer important qui doit permettre de résister à cette crise, si celle-ci ne dure pas plus de deux ans.

Nous sommes des gens très pragmatiques. Tous les jours, j'ai des entretiens avec des dirigeants d'entreprise qui agissent de manière extrêmement réactive. J'espère que l'économie sera à nouveau ouverte en mai, ou au plus tard en juin.

Allez-vous augmenter vos réserves, notamment en ne versant pas de dividende?

C'est un sujet qui sera à l'ordre du jour de notre conseil d'administration du 2 avril. Je crois que l'on aura une très bonne réflexion par rapport au versement du solde du dividende, étant donné que nous avons déjà 100 millions d'euros à titre intermédiaire. Mais c'est le CA qui va décider de cela, en accord avec notre actionnaire.

La situation actuelle transforme radicalement la manière de travailler. Cela aura-t-il des conséquences à long terme sur la façon d'interagir avec sa banque?

Il y aura un "avant" et un "après" l'épidémie. La totalité de nos agences demeurent ouvertes, à l'exception de cinq bureaux momentanément fermés à la suite de la contamination d'un agent, mais le comportement de nos clients est en train de changer.

Nous allons de plus en plus devenir une entreprise numérique, et nous vivons là une accélération. Aujourd’hui, presque tous les Belges sont en mesure d'utiliser une solution numérique pour effectuer leurs paiements.

Les plafonds au-delà desquels il n'est plus possible d'effectuer une transaction sans contact vont-ils être augmentés?

Nous travaillons actuellement sur l'augmentation de ces plafonds. Mais nous constatons parallèlement une augmentation des tentatives de fraude. Nous essayons donc de trouver un équilibre entre facilités de paiement et lutte contre la fraude. Je crois que l'on arrivera à une situation où le smartphone permettra de sécuriser les transactions, tout en n’ayant aucun contact avec un appareil externe.

Cela aura-t-il pour conséquence d'accélérer les fermetures d'agence?

Nos agents jouent un rôle clé pour apporter de la sérénité à nos clients, que ce soit au niveau de notre capacité à accorder des crédits ou à conseiller sur les investissements et les placements. De plus, il y a toujours des problèmes avec des opérations quotidiennes ou des transactions. Ils ont une tâche incroyable dans l'accompagnement des clients.

Certains projets de Belfius sont-ils reportés ou accélérés?

"J'estime que mettre en suspens nos projets stratégiques serait une faute grave."

Notre première priorité sera d'appliquer l'accord du week-end dernier sur les crédits hypothécaires. À côté de cela, nos projets stratégiques se poursuivent et ne souffriront d'aucun retard. J'estime que les mettre en suspens serait une faute grave. 

Le système bancaire belge pourrait-il être contaminé par les problèmes dont souffrirait un établissement étranger?

C'est une de mes craintes, oui. Nous nous protégeons en ayant suffisamment de liquidités et en ne dépendant pas des banques étrangères. Personne ne sait ce qu'il va se passer et nous restons prudents, c'est pourquoi nous voulons être financés par nos clients et la BCE.

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