interview

Marc Van Beneden, notaire: "Trop d'insécurité peut vraiment plomber le marché immobilier résidentiel"

Le notaire Marc Van Beneden constate déjà de plus en plus de stress dans l'octroi des crédits. ©saskia vanderstichele

Le notaire Marc Van Beneden n’a pas sa langue en poche. Sa longue expérience tant du marché résidentiel que de sa vulgarisation lui permet d’avoir un franc-parler intéressant. Même à l’égard de sa fédération professionnelle, qui annonçait ce matin une baisse des transactions en étude de 33%... seulement.

Comment réagissez-vous à la dernière information venue de la Fédération des Notaires parlant d’une chute de 33% des actes de vente depuis le début du confinement?
Ils disent que les dossiers déjà introduits (compromis) ont pu être finalisés. Mais depuis un mois, je constate que les actes de vente - et de crédit - sont pour la plupart bloqués dans les études étant donné les difficultés, voire l’impossibilité, d’organiser ces actes en présence des 7-8 personnes indispensables. D’autre part, les délais pour les recherches (hypothèque, urbanisme …) augmentent elles aussi, car les administrations sont en confinement. Donc, je dirais que les chiffres avancés sont très optimistes… J’entends également dire que mes collègues passeront énormément d’actes dès le mois prochain. Je l’espère...

Et du côté des prix? Vous les voyez évoluer comment?
Je vais parler de ce que je connais. Pas comme les banquiers, qui se permettent - maintenant que la bourse en prend pour son grade - des prévisions en matière immobilière que je trouve inutiles, ridicules voire contradictoires, et qui déstabilisent le marché. Je pense intimement que les prix actés resteront stables jusque fin juin car les ventes concernées ont été négociées avant les effets du coronavirus. Par contre les discussions, hésitations et renégociations reprendront, selon moi, juste avant les grandes vacances. Les agences immobilières nous confirment que le marché est à l’arrêt pour le moment: presqu’aucun dossier de vente ne rentre actuellement.

Vous abordez également le stress qui touche l'octroi des crédits. C’est récurrent?
J’ai quelques dossiers sur mon bureau. Ils concernent des professionnels qui envisagent de construire sur un terrain qui leur appartient. Et ils émettent des craintes de ne pas avoir le crédit pour financer la construction et la vente sous le régime de Loi Breyne. Le stock de biens neufs n’est pourtant pas trop important actuellement. Et un frein dans l’octroi des crédits bancaires aux promoteurs ou aux particuliers peut plomber le marché, qui a grand besoin de soutien pour redémarrer en ordre utile. 

Comment voyez-vous l’avenir, même si vous dites ne pas aimer faire des plans sur la comète, de surcroît dans une conjoncture inédite?
Du côté de l’acheteur ou du vendeur?

"L'acheteur est pour l’instant passablement déstabilisé par la valeur de ses revenus ou de son portefeuille, qui ont souvent fortement fondu."

Commençons par l’acheteur…
Celui-ci est pour l’instant passablement déstabilisé par la valeur de ses revenus ou de son portefeuille, qui ont souvent fortement fondu. Il se demande donc, un peu refroidi par cette situation inédite et encore imprévisible il y a deux mois, si c’est vraiment le moment d’acheter un immeuble, tant pour se loger que pour obtenir un rendement sécurisé. Par contre, j’entends des observateurs avertis prétendre que certains dégoûtés de la bourse qui en ont encore les moyens réorientent déjà leurs investissements vers la brique. A suivre… 

On suivra, promis. Et le vendeur?
Je pense pouvoir me prononcer en deux temps, sur deux types de biens. L’immobilier de luxe, tout d'abord: il va voir ses prix chuter, comme après la crise de 2008. Soit le vendeur acceptera de négocier à la baisse pour finaliser la vente rapidement, soit il préférera attendre que ça remonte et ralentira l’activité sur ce segment de niche. De manière plus générale, sur le marché ordinaire qui concerne le logement principal de la plupart des Belges, je pense que, si les taux d’intérêt restent stables (+-1,5 %), le marché va sans doute se normaliser, voire se relancer. Mais si on élargit un peu le spectre des acquéreurs potentiels, je ressens de plus en plus – y compris en étude - que cette crise va progressivement mettre les deux parties devant leurs responsabilités, avec des questions basiques et saines: "Vais-je garder mon emploi? Mon entreprise va-t-elle survivre? A quel prix pour moi? Mon couple va-t-il sortir indemne de 2 mois de confinement?"  Il est quasi certain qu’une accumulation de réponses négatives chez trop de candidats potentiels à une transaction immobilière fera tousser le marché immobilier durant plusieurs mois.

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