Marc Van Ranst: "Nous sommes au début d'une deuxième vague"

Les chiffres des derniers jours montrent une reprise sérieuse des contaminations en Belgique.

Le nombre de cas de contamination au Covid-19 a clairement augmenté. Est-ce le début de la seconde vague? C'est ce qu'affirme le virologue Marc Van Ranst.

Les chiffres de la propagation de l'épidémie de Covid-19 dans notre pays pour ces derniers jours s'avèrent assez interpellants. Ainsi, la moyenne des contaminations de ce vendredi montre une augmentation claire de 32%, avec 114,7 cas quotidiens enregistrés entre le 7 et le 13 juillet. La hausse est observée dans la plupart des provinces, en particulier celles où se trouvent de grandes villes. Elle concerne aussi tous les groupes d'âge.

"Avec ces chiffres et l’augmentation de ces dernières semaines, vous pouvez clairement voir que nous sommes au début d’une deuxième vague."
Marc Van Ranst
Virologue

Pour les données quotidiennes, la RTBF a calculé que 199 nouveaux cas s'étaient ajoutés en 24 heures. Reste à voir si ces nouvelles contaminations doivent être attribuées à la journée de jeudi ou être ventilées sur les jours précédents.

Le nombre de cas quotidien de covid-19 depuis la phase 3 du déconfinement

+32%
Le nombre de cas confirmés a augmenté de 32% par rapport à la semaine précédente.

En chiffres consolidés, sont disponibles ceux de lundi dernier, le 13 juillet. Et ils indiquent 216 cas. Un tel chiffre n'avait plus été constaté depuis le 25 mai et il est proche des données enregistrées juste avant la décision de confinement, en mars. Inquiétant? Pour le virologue Marc Van Ranst, oui.

"Cela fait des mois qu’il n’y en a pas eu autant. La moyenne va certainement continuer à augmenter dans les prochains jours", disait-il ce vendredi matin sur Radio 1. "Avec ces chiffres et l’augmentation de ces dernières semaines, vous pouvez clairement voir que nous sommes au début d’une deuxième vague." Pour les deux jours suivants, les données (pas encore consolidées) étaient néanmoins plus modestes: 129 cas pour le 14 et 43 pour mercredi 15.

Rappelons un autre indicateur inquiétant: le taux de reproduction du coronavirus, qui est passé à 1.033 dans notre pays. Cela signifie qu'un malade atteint du Covid-19 contamine lui-même une nouvelle personne en moyenne. C'est la première fois que ce taux passe au-dessus de 1 depuis le 4 avril, lors du pic épidémiologique. Il se situait alors à 1.06.

"Tout le monde devrait s'y mettre: garder ses distances, porter un masque là où c'est nécessaire et limiter le nombre de contacts sociaux."
Marc Van Ranst
Virologue

Inquiétant pour la suite du déconfinement

"C'est un électrochoc absolu. Tout le monde devrait s'y mettre: garder ses distances, porter un masque là où c'est nécessaire et limiter le nombre de contacts sociaux", demande le virologue et épidémiologiste de la KUL.

Une tendance dont s'inquiète également le docteur Yves Coppieters, épidémiologiste et professeur de santé publique à l’ULB. "Si on est peu réactifs, on risque d’avoir des surprises dans 15 jours, 3 semaines, au niveau des indicateurs hospitaliers", prévient-il lors du JT de la RTBF. Il rappelle que le scénario que nous connaissons actuellement s'apparente à celui du début de l'épidémie. Nous recensions effectivement quelque 214 contaminations le 15 mars... Contre 216 le 13 juillet.

"Le démarrage de la première vague s’est fait en janvier-février et a touché d’abord les jeunes peu symptomatiques. Elle s’est montrée début mars sur les indicateurs hospitaliers sur les populations plus à risque." S'il demande d'intensifier les gestes barrière et le suivi des contacts, il ne se montre toutefois pas alarmiste. "La situation actuelle est tout à fait gérable avec les outils que l’on a. Mais il faut absolument intensifier ces outils, ne soyons pas attentistes, intensifions le dépistage." Le docteur Coppieters vient par ailleurs d'être choisi ce vendredi par la commission spéciale de la Chambre consacrée à la pandémie de Covid-19 pour assister les députés, parmi trois autres experts.

"La situation actuelle est tout à fait gérable avec les outils que l’on a."
Yves Coppieters
Epidémiologiste à l'ULB

Malgré cette tendance à la hausse, les moyennes des décès, par contre, s'affichent toujours en nette baisse (1,7 décès par jour en moyenne, -45%). Le nombre total de morts s'élève actuellement à 9.795. Côté hospitalisation, la moyenne est stable, avec dix admissions par jour.

Rappelons que la phase 5 de déconfinement reste en suspens. Le Conseil national de sécurité se réunit mercredi prochain pour faire le point sur la situation. Il attend notamment des données plus précises sur l'origine de ces contaminations avant de décider de la marche à suivre.

Un reconfinement est-il envisageable?

Quant à envisager de reconfiner... Selon l'infectiologue Yves Van Laethem, une telle mesure n'est pas encore sur la table, mais "il y a des zones qu'il faut surveiller, notamment dans les provinces les plus touchées". La fermeture anticipée des restaurants dans une région donnée pourrait être envisagée. Selon l'infectiologue, "il n'y a que si les choses continuent comme ça et se cristallisent à certains endroits qu'il faudra envisager un reconfinement partiel, mais nous n'y sommes pas encore".

"Il faudrait surtout de bonnes campagnes de dépistage dans les zones touchées."
Yves Van Laethem
Porte-parole interfédéral coronavirus

L'autoconfinenment des personnes plus fragiles est aussi une option. Mais pour Yves Van Laethem, "il faudrait surtout de bonnes campagnes de dépistage dans les zones touchées. Elles permettraient de mieux connaître la situation et de pouvoir éventuellement confiner les personnes qui seraient positives, tandis que les autres pourraient sortir".

Masqués jusqu'à quand?
L'obligation de porter un masque en raison de la pandémie de coronavirus n'est pas prête à être levée. D'après le GEES (le groupe d'experts en charge de l'exit strategy), il faudra certainement encore le porter après l'hiver, peut-être même jusqu'à l'apparition d'un vaccin.

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