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interview

Marius Gilbert: "Il faut passer à l'heure d'hiver dans ses comportements vis-à-vis du virus"

Pour Marius Gilbert, si tout le monde applique à nouveau les gestes barrière, la hausse actuelle des chiffres sera contenue. ©BELGAIMAGE

Quatrième vague ou vaguelette? Nous avons sollicité l'avis du toujours très nuancé Marius Gilbert, épidémiologiste.

Plus de 8,5 millions de vaccinés plus tard, retour à la case départ? Pour le ministre de la Santé Frank Vandenbroucke, nous sommes entrés dans la "quatrième vague". Kern spécial covid, Codeco avancé dare-dare et de nouvelles mesures annoncées... On se croirait presque revenus quelques mois en arrière, quand le vaccin n'était qu'une promesse. Pour d'autres, comme le professeur de santé publique de l'ULB Yves Coppieters, on joue à (se) faire peur, le gouvernement fédéral est "alarmiste". Qu'en penser? L'épidémiologiste Marius Gilbert (ULB) livre son analyse.

Comment qualifiez-vous la situation épidémiologique actuelle?

L'augmentation des cas est soutenue et simultanée dans la plupart des provinces belges. La différence avec cet été, c'est que même les provinces avec un taux de vaccination élevé connaissent une augmentation nette de contaminations. Ce n'est pas étonnant, vu la contagiosité du variant Delta, qui ne permet pas de revenir à des niveaux de contacts pré-pandémiques. Et on sait que la vaccination diminue le risque d'infection, mais ne le supprime pas.

"Si tout le monde rehausse d'un cran l'utilisation des gestes barrières, on peut y arriver."
Marius Gilbert
Epidémiologiste (ULB)

L'arrivée d'un temps plus froid et le relâchement des gestes barrières expliquent-ils cette remontée de l'épidémie?

Il fait plus froid et donc, on aère moins. Depuis quelques semaines, il y a aussi un relâchement des gestes barrières, avec, par exemple, la fin du masque en Flandre. Cela a un effet direct sur les transmissions, mais aussi un effet indirect, qui est d'envoyer un message que l'on peut reprendre une vie sociale proche d'avant la pandémie. On a peut-être été un peu vite, vu les caractéristiques du variant Delta et de l'arrivée de l'automne.

Les chiffres justifient-ils qu'on serre à nouveau la vis?

Le principal enjeu, ce sont moins les chiffres absolus actuels que la tendance. On ne peut pas laisser les chiffres des contaminations et des hospitalisations augmenter indéfiniment. Dans ce contexte, si tout le monde rehausse d'un cran l'utilisation des gestes barrières, on peut y arriver. Chacun doit changer son état d'esprit. Il faut passer à l'heure d'hiver dans ses comportements vis-à-vis du virus.

"On paie un peu le prix d'une communication avançant que la vaccination signifie le retour à une liberté complète."
Marius Gilbert
Epidémiologiste (ULB)

La vaccination ne devait-elle pas nous éviter de revenir en arrière?

On paie un peu le prix d'une communication avançant que la vaccination signifie le retour à une liberté complète. L'idéal, c'est que le taux de reproduction du virus redescende à 1 (Quand il dépasse 1, cela signifie que le virus se propage, il est de 1,27 actuellement, NDLR). Sans le vaccin ni aucune autre mesure de prévention, on serait à cinq voire sept avec le variant Delta! Donc le vaccin nous permet de devoir faire un petit effort, plutôt qu'un grand.

Il faut aussi souligner que Bruxelles, où les mesures ont peu changé depuis plusieurs semaines, connaît le taux de reproduction du virus le plus bas du pays, alors que c'est la région qui a le moins vacciné jusqu'ici. On voit donc que l'augmentation de la transmission du virus s'est décorrélée du taux de vaccination, faisant intervenir d'autres facteurs.

Le ministre de la Santé dit craindre une combinaison de l'épidémie de Covid avec une épidémie de grippe. Votre sentiment?

C'est une inconnue. L'année dernière, on avait le Covid, mais quasi pas d'infections respiratoires. Cette année, on maîtrise le Covid via la vaccination, mais on n'a plus les mêmes niveaux d'application des gestes barrières. Il faut donc consolider la digue vaccinale avec ces derniers. Ils auront un double impact, sur le Covid et les autres maladies respiratoires, comme la grippe.

On en sortira un jour?

On n'est pas sur le chemin de fermetures massives. La couverture vaccinale est là. Combinée à l'immunité naturelle qui augmente, on va y arriver. Je suis assez optimiste. Mais il faut d'abord reprendre le contrôle, en revenant à une vigilance hivernale.

On a entendu des appels, y compris dans le chef de la ministre de l'Enfance Bénédicte Linard (Ecolo), à lever la pression qui pèse sur les enfants, notamment en matière de quarantaine. En filigranes, c'est tout l'enjeu de la santé mentale et des effets psychologiques de cette pandémie. Peut-on dans la situation actuelle accéder à ce genre de demandes?

La question des écoles est toujours très sensible. On sait que le Covid-19 est une maladie peu dangereuse pour les enfants, quoique des inconnues subsistent sur ses effets à long terme. Ce qui est sûr, c'est que si on laisse aller la situation dans les écoles, on pourrait se retrouver avec un niveau de transmission du virus sans précédent en termes de taux de positivité dans les classes. Je comprends la motivation de ce genre de demandes pour que les enfants retrouvent une vie normale. Mais j'ai le sentiment que c'est trop tôt. Quel serait le bénéfice de laisser le virus circuler chez les enfants, puis de constater dans deux mois qu'il faudrait faire marche arrière?

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