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interview

Mark Mobius: "Cette crise pourrait être la pire de toute ma carrière"

Mark Mobius, le gourou des marchés émergents dit voir "des opportunités dans tous les secteurs". ©Dieter Telemans

"Je suis très impatient de voir la fin de cette crise afin de recommencer à voyager et à visiter des entreprises. Comme le dit si bien le dicton 'Il faut le voir pour le croire', ces visites constituent la base de la gestion de fonds", nous confie Mark Mobius (83 ans), le légendaire spécialiste des marchés émergents, confiné en Afrique du Sud.

En plus de 40 ans, Mark Mobius a fait plusieurs fois le tour du monde en tant que gestionnaire – devenu légendaire – des fonds de marchés émergents de Franklin Templeton. En 2018, c’est-à-dire à 81 ans, il a créé avec deux collègues sa propre maison de fonds – Mobius Capital Partners – qui propose deux fonds.

S’agit-il de la pire crise de votre carrière?

Non, j’ai connu des crises au cours desquelles les bourses ont plongé plus profondément. Même si je dois nuancer mes propos. Beaucoup de choses dépendront de la manière dont les pouvoirs publics géreront cette crise. Même s’ils ont réagi très rapidement en prenant des mesures financières et monétaires, l’impact d’un confinement prolongé pourrait être inquiétant à long terme. Au final, cette crise pourrait donc devenir la pire de ma carrière.

Ne trouvez-vous pas paradoxal que les marchés d’actions chinoises soient ceux qui résistent le mieux à la crise du coronavirus?

"Cette crise me rend fou!"

Non, et il y a une explication à tout cela. Le gouvernement chinois dispose d’un énorme pouvoir sur tout ce qui se passe dans le pays. C’est beaucoup moins le cas dans le reste du monde. Sa capacité à suivre les citoyens, à leur imposer une certaine discipline et à contrôler leur comportement a joué un rôle capital dans la gestion de la crise du Covid-19 et a permis de réduire de son impact sur l’économie. C’est ce qui explique que les marchés d’actions chinoises souffrent moins que les autres marchés.

Les pays occidentaux pourraient-ils tirer des leçons des marchés asiatiques sur le plan de la gestion de la crise?

Il est encore trop tôt pour le dire. Certaines voix clament que la méthode chinoise est la meilleure, mais d’autres s’inquiètent des conséquences de cette surveillance et de ce contrôle de masse pour la démocratie et le respect de la vie privée.

Vous attendez-vous à de nombreuses faillites sur les marchés émergents au cours des prochains mois?

Oui, il y aura des faillites, mais leur impact ne sera pas aussi dramatique qu’attendu à cause des aides financières publiques massives, des baisses d’impôts, de l’augmentation des crédits à taux réduit, du report des échéances des crédits et autres mesures de soutien des entreprises.

Dans quels secteurs voyez-vous le plus d’opportunités?

"Les gestionnaires de fonds ne pourront jamais se passer entièrement des voyages et des visites d’entreprises."

Il y a des opportunités dans tous les secteurs, mais on les trouve aujourd’hui surtout dans le secteur des biens de consommation ainsi que dans le secteur médical et pharmaceutique.

En temps normal, vous voyagez beaucoup pour visiter des entreprises. Le coronavirus a-t-il changé votre vie?

Cette crise me rend fou! Je me trouve à Durban, en Afrique du Sud, et il n’existe pas un seul endroit qui ne soit pas totalement confiné. Je me réjouis que tout cela soit derrière nous pour que je puisse recommencer à voyager et à visiter les entreprises du monde entier.

Pensez-vous que la crise du coronavirus aura un impact sur la façon dont les fonds d’investissement sont gérés?

Les gestionnaires de fonds ne pourront jamais se passer entièrement des voyages et des visites d’entreprises. Selon le célèbre dicton ‘il faut le voir pour le croire’, les visites d’usines, l’observation du comportement des consommateurs dans un centre commercial ou le langage corporel des personnes avec qui vous discutez ne peuvent être remplacés par des vidéoconférences. Mais en dehors de la crise du Covid-19, notre façon de travailler a déjà beaucoup évolué à cause de la digitalisation.

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