Mathias Dewatripont: "Les chocs obligent à s'adapter"

Mathias Dewatripont (ULB): "Je crains un effet structurel sur le secteur aérien." ©Tim Dirven

Le retour à une vie économique "normale" sera très difficile, notamment pour certains secteurs, comme le tourisme. "Les gens vont continuer de manger, de s'habiller... mais ils n'ont plus trop envie de voyager", explique l'économiste Mathias Dewatripont.

Le pic de l'épidémie de Covid-19 n'est pas encore atteint mais les mauvaises nouvelles s'enchaînent. Le déficit belge approcherait les 30 milliards d'euros, l'impact économique serait de 2,4 milliards d'euros par semaine... Ce ne sont encore là que des évaluations mais il est clair que le tissu économique et les finances publiques souffrent. Et que ce n'est pas fini. Une fois la crise sanitaire apaisée, il faudra que les affaires repartent au plus vite. L'économiste Mathias Dewatripont (ULB) estime que certaines mesures doivent se préparer dès maintenant

Comment peut-on relancer au plus vite l'économie?

La transition va être difficile. Il faudra passer d'une période où la plupart des travailleurs sont restés chez eux à un retour au travail. Or, il faudrait s'assurer que les gens ne sont pas infectés et sont immunisés. L'idéal serait de prendre un échantillon de la population et de leur faire passer un test pour le Covid-19, afin d'avoir une idée du pourcentage de la contamination.

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Quels secteurs pourront repartir facilement?

Il faut d'abord produire des tests à grande échelle et les faire passer au plus vite à ceux qui ont un job "essentiel": les services médicaux, les caissières, la police... Ensuite, il faudra tester le million de personnes actuellement au chômage technique pour les remettre au travail. Par exemple, vu que les écoles sont à l'arrêt, les enfants restent à la maison et bloquent leurs parents. Il faudrait remettre au travail les instituteurs avant de relancer les universités, qui s'en sortent avec des cours en ligne. Ceux qui peuvent télétravailler seront les derniers à pouvoir reprendre le chemin du boulot.

"L'horeca souffre d'un choc d'offre, mais il risque d'y avoir un choc de demande parce que certaines personnes auront perdu leur emploi et n'iront plus manger à l'extérieur."
Mathias Dewatripont
Economiste

Quid du secteur aérien?

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Les gens vont continuer de manger, de s'habiller... mais ils n'ont plus trop envie de voyager. Je crains un effet structurel. C'est un secteur très compliqué parce que très concurrentiel et les travailleurs gagnent peu. Il faudra vraiment une approche spécifique.

Craignez-vous de gros dégâts dans le secteur horeca? Les restaurants et cafés auront été fermés pendant plusieurs semaines...

Personnellement, ça me manque d'aller au restaurant! Ce secteur souffre d'un choc d'offre, mais il risque d'y avoir un choc de demande parce que certaines personnes auront perdu leur emploi et n'iront plus manger à l'extérieur. Mais il faut établir une distinction entre les pays de tourisme et les autres. La Belgique est entre les deux. À Gand et Bruges, voire Bruxelles, les établissements souffriront d'une baisse du tourisme. Là où la clientèle est locale, l'activité repartira plus facilement.

Le télétravail, qui s'est imposé assez facilement, permet-il d'amortir les conséquences?

Les chocs obligent à s'adapter. Le télétravail permettra d'accélérer les changements technologiques. Les entreprises, les ONG mais aussi les familles vont se mettre à niveau.

Certaines industries, qu'on avait laissées à la Chine, vont-elles se réimplanter chez nous pour éviter les pénuries actuelles dans certains matériaux?

"Est-on vraiment prêt à payer plus pour garder des emplois?"
Mathias Dewatripont
Economiste

Cela risque de ne concerner qu'une petite partie de l'économie: les médicaments et les masques de protection notamment. Parce que si l'on envisage de rapatrier de grands pans du secteur manufacturier, on sera confronté à un dilemme bien connu. Le consommateur ne veut pas payer cher alors qu'on souhaite protéger l'emploi des travailleurs. Or, depuis 30 ans, on évolue avec une priorité pour le consommateur. Est-on vraiment prêt à payer plus pour garder des emplois? Avec, face à nous, "America First" et les ambitions de la Chine... et notre consommateur est bien content d'avoir la technologie asiatique! 

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