interview

Effets secondaires, adjuvants... Le vaccin passé au crible

Selon Muriel Moser, "on oublie tout le bien que la vaccination nous a apporté et on la néglige". ©Bloomberg

Muriel Moser, ex-doyenne de la Faculté des sciences de l’ULB, démonte les mythes qui nourrissent les doutes à l'égard de la vaccination.

Il y a un an et demi, Muriel Moser, professeure à l'ULB, avait l'idée d'inaugurer la nouvelle collection des Éditions de l'Université de Bruxelles, Débats, par un ouvrage consacré aux vaccins*. Sans savoir alors que, lors de sa parution, ce jeudi, ce sujet serait au cœur de l'actualité, Covid oblige.

"Il n'y a pas de raisons de penser qu'il puisse y avoir des effets secondaires graves avec la vaccination, même si l'on a peu de recul pour ce vaccin anti-Covid."
Muriel Moser
Biologiste (ULB)

Plusieurs vaccins anti-Covid arrivent sur le marché, en effet, mais ils restent entourés d'un certain mystère, à cause d'un manque de recul et parce que les données complètes des recherches ne sont pas encore accessibles. Quelle sera la durée de l'immunité qu'ils offriront? Ne doit-on pas craindre des effets secondaires?

Muriel Moser, biologiste et ex-doyenne de la Faculté des sciences de l’ULB, s'attelle, dans "La vaccination - Fondements biologiques et enjeux sociétaux", à cerner le contexte et les enjeux: les grandes réussites vaccinales, la spécificité du développement de cette arme contre le SARS-CoV-2...

Vous dites que la vaccination est une responsabilité individuelle, mais aussi un devoir sociétal. Pourquoi?

Une personne vaccinée se protège elle-même, elle ne tombera pas malade. Mais certaines personnes ne peuvent se faire vacciner. Protéger les plus fragiles qui ne peuvent s'immuniser, c'est un devoir sociétal. De plus, avec un minimum d'immunité collective, on diminue le nombre d'hôtes chez qui le virus peut se diviser, cela entraîne la réduction de la circulation du virus. C'est ainsi qu'en 1980, on est parvenu à éradiquer la variole.

"On oublie tout le bien que la vaccination nous a apporté et on la néglige."

Mais dans le cas du Covid, on sait que le nombre d'anti-vaccins est important...

Il faut bien distinguer les vrais antivax et les hésitants. Les premiers sont un peu moins de 20% et il est quasiment impossible de discuter avec eux pour leur faire comprendre les arguments de la vaccination.

Aux hésitants, qui sont entre 30 et 40% d'après Sciensano, il faut rappeler les bénéfices que les vaccins ont offerts à l'espèce humaine. On estime qu'entre 2 à 3 millions de vies sont épargnées chaque année.

"Les vaccins vivants inactivés sont maîtrisés depuis le XIXe siècle!"

Mais la vaccination est victime de son succès. On oublie tout le bien qu'elle nous a apporté et on la néglige. On pense, par exemple, qu'on n'attrape plus la rougeole, alors que le nombre de cas explose. En 2017, 298 malades de la rougeole ont été recensés en Wallonie. La majorité de ceux-ci n’avaient pas été vaccinés! 43 % des malades ont dû être hospitalisés. Et en 2019, le nombre de malades atteints de rougeole a encore triplé en Belgique...

Beaucoup de personnes craignent les effets secondaires des vaccins. À tort?

Une rumeur disait que le vaccin rougeole-rubéole-oreillons avait entraîné des cas d'autisme. Les études ont démenti cette rumeur. En Afrique, on entend que l'injection contre la polio rend stérile. Il y a donc des réticences face à ce vaccin et les cas de polio se multiplient.

Il n'y a pas de raisons de penser qu'il puisse y avoir des effets secondaires graves avec la vaccination, même si l'on a peu de recul pour ce vaccin anti-Covid. La plupart des plateformes utilisées sont maîtrisées depuis longtemps.

Mais ce n'est pas le cas de l'ARN messager, sur lequel repose le vaccin de Pfizer/BioNTech et celui de Moderna, qui seront probablement parmi les premiers disponibles...

Il n'existait pas encore de vaccin sur cette base mais le principe technique et scientifique de l'ARN messager est connu depuis des années et a été largement testé chez l'homme!

"Il existe une controverse autour des sels d'aluminium avec toute une série d'allégations sur la fatigue chronique, mais elles n'ont pas été validées scientifiquement."

Les adjuvants sont aussi remis en cause. Peuvent-ils être dangereux?

L’ajout d’adjuvant permet de diminuer la dose d’antigène nécessaire par injection en augmentant son efficacité. Il existe une controverse autour des sels d'aluminium avec toute une série d'allégations sur la fatigue chronique, mais elles n'ont pas été validées scientifiquement. Il n'y a aucun effet grave documenté chez l'homme. Aucun vaccin n'a jamais été retiré du marché à cause d'un adjuvant.

Je me demande parfois ce que connaissent vraiment les gens qui hésitent à se faire vacciner... On entend beaucoup de bêtises ou de raccourcis, parfois véhiculés par des médecins, en France notamment.

Muriel Moser: "Je n'ai pas dit que personne n'aura une petite rougeur, une inflammation, ou un mal de tête pendant un jour ou deux suite à l'injection. " ©ULB

La vitesse à laquelle ont été développés les vaccins semble assez étonnante...

C'est moins étonnant qu'on ne le pense. Les principes de base du développement sont connus. Les vaccins vivants atténués et inactivés sont maîtrisés depuis le XIXe siècle, par exemple! L'urgence a fait que les groupes impliqués ont lancé les différentes étapes en parallèle. Certains vaccins sont déjà transportés alors que les autorités n'ont pas encore donné l'autorisation de mise sur le marché. En fait, l'accélération n'est pas vraiment scientifique.

Selon vous, il n'y a aucune hésitation à avoir?

Je n'ai pas dit que personne n'aura une petite rougeur, une inflammation, ou un mal de tête pendant un jour ou deux suite à l'injection. Mais c'est tout à fait acceptable par rapport à la situation que l'on vit actuellement.

*Moser Muriel, La vaccination - Fondements biologiques et enjeux sociétaux, Éditions de l’Université de Bruxelles, Collection Débats.

PODCAST | "Dire qu'il ne faut pas se faire vacciner, c'est criminel"

Dans ce podcast, le chercheur-entrepreneur Cédric Blanpain (ULB-ChromaCure) nous parle de lutte contre le cancer, d'enjeux du vieillissement et de vaccination.

Ecoutez le podcast avec Cédric Blanpain

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