interview

Nathalie Uffner, directrice du Théâtre de la Toison d'Or: "Nous n'avons pas les reins assez solides pour tenir le coup"

En 25 ans, Nathalie Uffner, la fondatrice du théâtre de la Toison d'Or, n'avait jamais connu une telle période.

Fragilisé par la crise du coronavirus, le Théâtre de la Toison d'Or traverse une période compliquée. Sa directrice, Nathalie Uffner, appelle la Communauté française à l'aide.

Combative. Tel est le premier mot qui nous vient à la bouche après avoir raccroché avec Nathalie Uffner, la directrice du Théâtre de la Toison d'Or (TTO pour les intimes). Combative pour son équipe et pour "ses" artistes. "C'était bizarre, on a annoncé à notre équipe qu'ils devaient se mettre au chômage temporaire. Ce fut choquant pour eux et pour nous, mais on n'avait pas le choix", nous a-t-elle expliqué. Quand elle dit qu'elle n'avait pas le choix, la directrice du TTO - qu'elle a fondé il y a 25 ans, entre autres avec Sylvie Rager et Albert Maizel - fait référence aux faibles subventions perçues chaque année par son théâtre

"Pas les reins assez solides"

"Notre structure est peu soutenue par l'Etat. Chaque année, nous recevons 217.000 euros, ce qui est l'équivalent de ce que perçoit une compagnie pour un ou deux spectacles par an. Nous survivons grâce aux entrées, mais là, nous sommes en danger. Que se passera-t-il si les spectateurs ne reviennent pas ou s'ils ont peur de se retrouver confinés dans le même lieu?" se demande la directrice. 

"Nous survivons grâce aux entrées, mais là, nous sommes en danger."
Nathalie Uffner

Cette question du faible niveau des subventions accordées au TTO, Nathalie Uffner se la pose depuis des années. Et plus encore aujourd'hui qu'hier. Pourquoi la comédie est-elle considérée comme le parent pauvre de la culture? Ces derniers jours, Nathalie Uffner a pris la plume pour envoyer un courrier à la ministre de la Culture. Pas pour avoir la réponse à la question qui la taraude depuis des années, mais pour que "la Communauté française prenne ses responsabilités". "Nous n'avons pas les reins assez solides pour tenir le coup."

Le jeudi 12 mars, lorsque la Première ministre Sophie Wilmès a annoncé le confinement, le TTO faisait salle comble à l'occasion de la première d'ADN, la nouvelle pièce de Myriam Leroy. Prévue pour six semaines, la pièce ne connaîtra que deux représentations. Le vendredi soir, le rideau est tombé sur la scène, pour une période indéterminée. "C'était comme un coït interrompu. J'ai assuré la mise en scène de cette pièce, nous avons vécu cela de façon intense et le corona est arrivé alors que nous répétions", explique Nathalie Uffner. La pièce est reportée à une date inconnue à ce jour. 

"Nous n'avons jamais fait l'aumône et nous avons toujours été élégants. Nous avons un public fidèle, mais ce n'est pas à lui de nous soutenir."
Nathalie Uffner

Dans la foulée, Alex Vizorek devait venir au TTO jouer son tout nouveau seul en scène. Les cinq semaines prévues de ce spectacle étaient complètes. Mais là aussi, le coronavirus a bousculé l'agenda. L'espoir de Nathalie Uffner aujourd'hui? Qu'elle puisse faire jouer Alex Vizorek en juillet, période à laquelle il devait se produire au festival d'Avignon, qui vient d'être annulé.  

"Cette situation inconnue et la fragilité de notre structure pourraient nous mettre en danger. Notre business plan est basé sur des salles pleines à trois quarts, pas à moitié", assure la directrice. Et quand on lui demande si elle n'a jamais pensé ouvrir le capital de son théâtre à de nouveaux investisseurs ou à faire appel à du crowdfunding, la directrice du TTO monte un peu dans les tours.

"Je trouve que c'est à la Communauté française de nous aider. Nous n'avons jamais pleuré, nous ne sommes jamais allés taper du poing sur la table et là, pour le coup, cette situation met en exergue notre fragilité et à quel point le manque de soutien nous concernant est injuste", explique-t-elle, avant d'enchaîner: "Nous n'avons jamais fait l'aumône et nous avons toujours été élégants. Nous avons un public fidèle, mais ce n'est pas à lui de nous soutenir." Madame la Ministre, si vous nous lisez, vous voilà prévenue.

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