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"Nous craignons une surmortalité liée au cancer dans les mois et les années à venir"

©Hollandse Hoogte / Ton Toemen

En reportant les dépistages et les diagnostics à cause de la pandémie de Covid-19, on traite les cancers à des stades plus avancés ce qui laisse moins d'options thérapeutiques, alerte Vincent Donckier, chef du service chirurgie à l'Institut Jules Bordet.

Le coronavirus ne fera pas uniquement des victimes parmi les personnes ayant contracté le Covid-19. Les professionnels de la santé sont de plus en plus nombreux à redouter un nombre important de victimes dites collatérales. Parmi les cas évoqués, il y a notamment le risque de décompensation pour les malades chroniques dont le suivi n'est plus adapté ainsi que la prise en compte trop tardive de symptômes de crise cardiaque ou d'AVC. Malheureusement, l'inquiétude est aussi valable vis-à-vis des personnes atteintes d'un cancer.

"Le traitement du cancer nécessite une chaîne de soins, des examens de dépistage et de diagnostic aux traitements par chimiothérapie, radiothérapie ou chirurgie. À plusieurs endroits de cette chaîne, il y a une interruption des soins. Même si nous sommes parvenus à maintenir les interventions chirurgicales les plus urgentes, les retards dans la chaîne de traitements peuvent avoir des conséquences lourdes et il n'est pas impossible que cela se traduise par une surmortalité du cancer dans les mois et les années à venir", avertit Vincent Donckier, chef de service de chirurgie à l'Institut Jules Bordet.

"Même si nous sommes parvenus à maintenir les interventions chirurgicales les plus urgentes, les retards dans la chaîne de traitements peuvent avoir des conséquences lourdes et il n'est pas impossible que cela se traduise par une surmortalité du cancer dans les mois et les années à venir."
Vincent Donckier
Chef du service de chirurgie à l'Institut Jules Bordet

Difficile à quantifier à ce jour, la surmortalité ne sera pas lisible directement, explique le chirurgien. "Prenons l'exemple du cancer du sein qui reste très fréquent. Si l'on retarde le dépistage de quelques mois, on va détecter les tumeurs plus tardivement et les traiter à un stade plus avancé avec un risque de réduction des options thérapeutiques. Et plus on tarde à mener une opération à visée curative, plus les chances de guérison diminuent. Pour les cancers du poumon, du pancréas ou hématologiques, il est important d'aller très vite. Mais dans tous les cas, au plus tôt on intervient au mieux c'est."

La vague importante qui a déferlé sur les hôpitaux ne permettait pas, selon Vincent Donckier, de maintenir le même niveau de soins au début de la crise. "C'est la problématique du cancer: nos patients sont fragiles, parfois âgés, souvent avec un certain degré d'immunodépression en raison de leur maladie ou de leur traitement. Les exposer à un risque accru dans les hôpitaux représentait un frein pour eux et pour nous médecins. Ce qui explique le report d'examens et de tests pouvant être différés. En outre, les hôpitaux ont été fort occupés dans le secteur des soins intensifs, ce qui posait des problèmes pour le maintien des opérations chirurgicales."

Libérer certains hôpitaux du virus

S'il ne remet pas en question les options prises jusqu'ici dans la gestion de la crise, le chirurgien bruxellois juge en revanche qu'il faut dès à présent plancher sur la seconde phase pour éviter une nouvelle vague de patients hors Covid-19. "Les gens voudraient qu'on leur dise qu'à une certaine date, ce sera fini. Or, on ne retrouvera pas la vie d'avant en quelques semaines de confinement. Il faut donc dès maintenant intégrer l'idée d'une phase de coexistence avec le virus au cours de laquelle on rétablira les autres soins les plus urgents."

"On ne retrouvera pas la vie d'avant en quelques semaines de confinement. Il faut donc dès maintenant intégrer l'idée d'une phase de coexistence avec le virus lors de laquelle on rétablit les autres soins les plus urgents."
Vincent Donckier

Plus concrètement, Vincent Donckier propose d'identifier les secteurs où les soins sont les plus urgents et de transférer progressivement les patients Covid-19 vers certains centres hospitaliers afin de libérer des secteurs de reprise. "Cela demandera une coordination entre les hôpitaux. Et cela nécessitera aussi un grand débat de société pour déterminer les degrés de priorité au niveau médical. L'académie de médecine peut avoir un rôle à jouer ainsi que les sociétés scientifiques belges... Face à une situation inédite, il faut mettre en commun les ressources et trouver des solutions originales", conclut-il.

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