interview

Olivier de Duve, CEO d'Inventures: "Il faut relancer l'économie sans répéter les hérésies du passé"

Il faut orienter la relance vers le durable: c'est le moment ou jamais, plaide Olivier de Duve. ©Kristof Vadino

La sortie de crise devrait être l'occasion de réorienter les investissements dans un sens plus social, plus sociétal et plus environnemental, mais le risque existe qu'on n'en fasse rien, avertit Olivier de Duve, qui pilote des fonds à impact.

"Il faut que les pays s’unissent non seulement pour combattre le virus, mais aussi pour s’attaquer à ses répercussions profondes", a écrit l’ONU. C’est l’occasion de favoriser une relance plus durable de l’économie, plaide Olivier de Duve, le CEO de la société qui gère les fonds d’investissement à impact Inventures I et II. Mais rien ne garantit qu'il en ira ainsi…

Le risque existe-t-il que la crise fasse passer à l’arrière-plan les objectifs de développement durable de l’ONU?
Oui, ce risque existe alors que cela devrait être l’inverse. On assiste à un début de prise de conscience de la nécessité de ces objectifs, mais en même temps subsiste le risque qu’ils soient soit récupérés, soit négligés. Regardez ce qu’il se passe dans l’énergie: la production pétrolière a dégringolé, entraînant la chute des prix de l’or noir. Du coup, toute une série de productions ne sont plus rentables et doivent s’arrêter. Cela remet en valeur les énergies renouvelables et justifie le "Green Deal" européen. Il y a des changements à faire dans notre manière de produire, de consommer et de financer. La finance durable a de beaux jours devant elle, mais il faut qu’il y ait cette prise de conscience.

"Il y a des changements à faire dans notre manière de produire, de consommer et de financer."

Comment faire pour que l’appel à réorienter la relance vers le durable ne reste pas qu’un vœu pieux?
C’est le problème que rencontrent tous les changements structurels. Il y a toujours moins de lobbies à l’œuvre pour promouvoir des révolutions. Il est évidemment important de relancer la machine économique et il y a des lobbies pour cela, mais il faut la relancer autrement et là, il y a un déficit de lobbying. Il faut éviter de reproduire les mêmes hérésies que par le passé. Arrêter par exemple de continuer à importer de manière inconsidérée, en polluant la planète et en exploitant une main-d’œuvre fragile.

Moins d’exportations à l’échelle du globe?
C’est un énorme changement qui n’est pas près d’arriver, mais on doit se montrer plus attentif aux conditions environnementales et de travail des productions dans les pays lointains avant d’importer leurs produits. Ne regarder que le coût n’est désormais plus justifié.

Cela impliquerait une redistribution des cartes entre l’Europe et la Chine…
On n’y échappera pas! Cela commencera par les besoins essentiels, mais cela doit aller beaucoup plus loin. Quand on voit la responsabilité de la Chine dans la pollution des océans par les plastiques, c’est criant.

"Il faut relancer l’économie avec des externalités positives pour l’emploi et l’environnement."

Va-t-on assister à une vaste relocalisation industrielle?
Elle a déjà eu partiellement lieu ces dernières années, notamment dans le sud des États-Unis. Le mouvement va se poursuivre, mais pas massivement. Si la globalisation ne va pas disparaître, on peut toutefois lui donner un coup de frein. Il ne faut pas cesser d’importer de Chine, mais il faut traiter avec des industries fiables, à de bonnes conditions. Il faut relancer l’économie avec des externalités positives pour l’emploi et l’environnement.

Que faites-vous pour promouvoir l’investissement à impact auprès des politiques?
Le politique nous a globalement suivis, puisque le fonds Inventures compte la Société fédérale de Participations et d’investissement, ainsi que les invests Noshaq et Sambrinvest parmi ses actionnaires. On peut certes toujours en faire plus. Il faut à présent que les investisseurs privés suivent.

"Les enfants des grands investisseurs privés, leurs héritiers, c’est-à-dire la génération des moins de 30 ans, ne veulent plus entendre parler de projets d'investissement n'ayant pas d’impact."

Les gouvernements européen et fédéral en font-ils assez pour encourager l’"impact"?  
Clairement non. On parle beaucoup du climat, mais ce n’est qu’un des 17 objectifs durables des Nations unies. Sur la question climatique, c’est trop lent, mais cela bouge au moins, alors qu’on doit encore fournir énormément d’efforts sur les autres objectifs. On assiste pour l’instant à un mouvement de repli des États sur leurs problèmes et, en même temps, à des coalitions qui se mettent en place entre différents pays (comme dans la recherche de vaccins) pour résoudre le problème du virus! La seule solution est de travailler ensemble.

Quel autre argument pourrait servir cette cause?
L’investissement à impact, qui vise des objectifs sociaux, environnementaux et sociétaux, et l’investissement ESG (critères environnementaux, sociaux et de gouvernance) sont des opportunités d’investissement plus stables et plus intéressantes durant les crises, comme cela a été démontré ces derniers mois. Actuellement, les enfants des grands investisseurs privés, leurs héritiers, c’est-à-dire la génération des moins de 30 ans, ne veulent plus entendre parler de projets n'ayant pas d’impact. Les banquiers privés commencent à en prendre conscience...

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