Olivier Vanderijst (SRIW): "L'État stratège doit revoir sa politique d'incitation économique"

Olivier Vanderijst

À la tête de la SRIW, Olivier Vanderijst ne se définit pas comme un chantre du retour au protectionnisme. Mais la crise le pousse à plaider pour "le retour de l'État stratège". Il en appelle ainsi à une révision des incitants financiers pour relocaliser la production en Wallonie.

À l’heure du coronavirus et de la dépendance de l’Europe vis-à-vis de la Chine pour de nombreuses fournitures médicales, une série d’acteurs économiques comme l’UWE ou le ministre de l’Économie en Wallonie parlent de plus en plus de relocaliser des activités stratégiques sur le continent, voire en Wallonie. La future ligne de production de masques chirurgicaux à Fleurus illustre ce nouveau défi. Voici le retour de l’État stratège.

À la tête de la SRIW, un fonds d’investissement public actif dans 400 entreprises en Wallonie, Olivier Vanderijst partage cette impérieuse nécessité. "La crise actuelle a montré de manière globale, en Europe, qu’on n’avait pas apprécié ce qui était production stratégique."

Un juste rééquilibrage

Dans ce débat, Olivier Vanderijst y voit un juste rééquilibrage. "Je ne suis pas un chantre du retour à un protectionnisme pur et dur, mais dans la balance approvisionnement à l’étranger/production locale, on voit qu’on est un peu déséquilibré au détriment de la production locale. Il faut rééquilibrer et modifier le système pour qu’une partie de la production industrielle revienne en Europe et en Wallonie. On ne produira évidemment pas tout localement demain, mais il faut rééquilibrer la balance."

"L’État stratège doit revoir sa politique d’incitation économique pour réinternaliser en Wallonie et en Europe une partie de la production."
Olivier Vanderijst
Président du comité de direction de la SRIW

Pour y arriver, il met sur la table la question des incitants financiers. "Pour relocaliser en Wallonie ou en Europe certaines productions industrielles, on se rend compte que les incitations étaient insuffisantes avec la régulation actuelle. Il faut modifier les incitants. L’État stratège doit revoir sa politique d’incitation économique pour réinternaliser en Wallonie et en Europe une partie de la production. "Outre l’État actionnaire, Olivier Vanderijst pointe une série de leviers dans la boîte à outils de la Wallonie. "Il peut y avoir des aides à la recherche, des appels à projets avec des financements non dilutifs par prêts". Il évoque également la voie fiscale, les marchés publics avec un volet plus strict sur leur contenu local. "Il faut revoir les différents systèmes d’incitants pesant sur les différents acteurs économiques."

À son niveau, la SRIW entend "modestement" poursuivre cette politique en participant à de nombreux projets "comme on l’a fait dans le dossier de la production des masques ou à travers l’appel à projets pour une filière de recyclage du plastique. Les entreprises contrôlées par les pouvoirs publics, et leurs outils, ont un rôle particulier à jouer dans le rapatriement d’une partie de la production." Il se montre d’ailleurs optimiste dans la poursuite de cette voie, car si "l’initiative doit toujours venir d’acteurs industriels, le réflexe de rapatrier de la production viendra naturellement parce que tout le monde a été sensibilisé aux problèmes logistiques que posait un approvisionnement trop éclaté dans le monde."

Année difficile pour la SRIW

"Il nous reste une trésorerie de 300 millions d'euros mais on a des discussions avec différentes banques et la BEI pour voir comment augmenter de manière temporaire nos moyens pour répondre aux demandes."
Olivier Vanderijst
Président du comité de direction de la SRIW

La SRIW va donc mobiliser ses capacités financières. "Cette année va être particulière. Comme tous les outils publics, nous ne sommes pas subsidiés. Nos revenus, ce sont les dividendes des sociétés. Il y en aura peu cette année. Du côté des intérêts et des remboursements des prêts, on voit aussi qu’il y a beaucoup de reports. La période n’est pas non plus propice aux plus-values sur cessions de société.

Il n’y a pas de cash-flow qui va rentrer de manière importante cette année. Il nous reste une trésorerie de 300 millions d'euros, mais on a des discussions avec différentes banques et la BEI pour voir comment augmenter de manière temporaire nos moyens pour répondre aux demandes. Il y a aussi des collaborations possibles avec les outils régionaux et fédéraux. Avec un bilan de 2,3 milliards d'euros, on pourrait avoir un effet de levier bancaire de plusieurs centaines de millions."

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