interview

Olivier Willocx: "La multiplication des primes ne doit pas inciter les entreprises à suspendre leurs activités"

Olivier Willocx, le CEO de Beci, encourage tous les entrepreneurs qui le peuvent à poursuivre le travail. ©BELGAIMAGE

Pour le CEO de Beci, il faut rester attentif aux effets pervers de certaines aides publiques. La multiplication des primes ne doit, par exemple, pas inciter les entreprises à suspendre leurs activités.

Les résultats de la première édition de l'enquête hebdomadaire de la chambre de commerce bruxelloise Beci sont "alarmants", estime le CEO de Beci, Olivier Willocx. Il ressort de ce premier coup de sonde que 58% des entreprises bruxelloises voient déjà leur chiffre d'affaires baisser d'au moins 50% à la suite de la pandémie de Covid-19 et des mesures prises pour endiguer sa propagation. Pour 46% des entreprises de la capitale, la perte atteint même plus de 75% du chiffre d'affaires.

Même si Beci déplore que les 150 millions d'euros d'aide que le gouvernement bruxellois a débloqués la semaine dernière ne profitent pas aux indépendants et professions libérales, Olivier Willocx tient à se montrer positif. "Les choses pourraient être mieux faites, mais tout le monde fait son possible pour éviter l'effondrement. L'heure n'est pas à la critique, mais au serrage de coudes."

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Pour 46% des entreprises de la capitale, la perte atteint même plus de 75% du chiffre d'affaires.

Mais pour l'administrateur délégué, il faut rester attentif aux éventuels effets pervers des mesures de soutien. "Dans cette Belgique pas toujours simple, les mesures se rajoutent aux mesures. Par exemple, plusieurs bourgmestres lancent aussi leurs primes. Que chaque politique veuille aider, merci. Mais je mets en garde contre l'absence de coordination. Notre objectif avec la FEB, le Voka et l'UWE, c'est de faire en sorte que les mesures des trois niveaux de pouvoir aillent dans le bon sens. Or, ce qui nous inquiète tout doucement, c'est que l'on incite des entreprises qui n'ont pas de raison d'arrêter à fermer leurs portes pour toucher les primes."

Olivier Willocx en est convaincu: il faut maintenir l'activité au maximum pour éviter que la dette s'accumule. "Je ne dis pas que les gens doivent se rendre au travail, mais qu'il faut continuer à travailler en respectant les mesures. On commence à comprendre que cette crise va durer longtemps et qu'après le tsunami, la crise du coronavirus, il faudra survivre à la seconde vague. Toutes les aides de l'État – qui n'a pas d'actifs – sont des transferts de revenus. C'est une avance que la population et les entreprises vont devoir rembourser demain. Je ne pense pas qu’on pourrait tenir le coup sans l’aide de l’État, mais cela aura une fin et il y aura des mécanismes correcteurs."

Accélérer la digitalisation

Pour le secteur hôtelier et du tourisme en général, c'est difficilement transposable. "Là où c'est impossible, c'est impossible. Mais dans beaucoup de domaines, il faut juste un shift mental. Les magasins sont fermés, mais ça ne veut pas dire que l'on ne peut pas acheter. Bruxelles est en retard au niveau des technologies, des plateformes digitales et des webstores. C'est l'occasion de s'y mettre. Certaines entreprises ont besoin de talents pour accélérer la digitalisation, organiser le télétravail, le webstore, la relation aux clients. On me demande comment recruter sans voir les gens? Mais c'est l'occasion de passer à autre chose. On va découvrir qu'on peut fonctionner autrement, limiter nos déplacements, et ce sera positif pour la mobilité à Bruxelles demain!"

"On va découvrir qu'on peut fonctionner autrement, limiter nos déplacements, et ce sera positif pour la mobilité à Bruxelles demain!"
Olivier Willocx
CEO de Beci

Olivier Willocx ne craint-il pas de braquer les entrepreneurs en difficulté? "Mais nous n'avons plus le choix. Ce n'est pas du cynisme, mais du réalisme. C'est une crise qui peut se reproduire et il faut s'organiser autrement. C'est normal au départ d'avoir le moral dans les talons, d'angoisser pour les proches et de se plaindre. Mais à un moment donné, il faut basculer de l'autre côté du miroir. Se dire qu'on n'est pas une victime, mais un acteur même si l'on est privé de certaines libertés. Et même si l'on n'a pas de travail, se former via les nouvelles technologies est aussi une façon de réagir vis-à-vis de la crise. On vivra tous mieux le confinement en construisant quelque chose."

Selon Beci, l'une des critiques émanant du monde entrepreneurial concerne l'annonce d'un confinement très limité dans le temps. "Pour qu'elles soient socialement acceptées, le politique a commencé par annoncer des mesures sur des périodes courtes. Le problème c'est que des entrepreneurs ont pu s'attendre à ce que ça se finisse vraiment le 5 avril au lieu de s'organiser et de former du personnel en vue d'une période plus longue. Et même si la Belgique sort rapidement de la crise du corona et qu'on peut retourner boire des verres, ce n'est pas pour autant que l'économie mondiale repartira de manière synchrone, avec une chaîne d'approvisionnement qui fonctionnera à nouveau normalement", prévient Olivier Willocx.

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