carte blanche

On cherche la liquidité et on trouve la volatilité!

A chaque soubresaut, les banques centrales interviennent à coups de milliards pour alimenter la liquidité des marchés, une liquidité qui n’est jamais qu'une face d’une réalité dont l’autre face s’appelle volatilité.

Baudouin Dubuisson est administrateur de sociétés.

La crise qui résulte de l’épidémie a, une fois encore, mis en évidence l’extrême volatilité des marchés. La place de New York a plongé comme elle ne l’avait plus fait depuis près d’un siècle et les bourses européennes depuis une trentaine d’années.

86 milliards de dollars
Fuite de capitaux
Sur le seul mois de mars, pas moins de 86 milliards de dollars ont fui les marchés émergents.

Rien que sur le mois de mars, pas moins de 86 milliards de dollars ont fui les marchés émergents, provoquant une hausse des taux d’intérêt qui, elle-même, a poussé 85 pays à demander une intervention du FMI.

Bien que l’origine de la crise soit totalement étrangère au système financier, les premières mesures prises par la BCE, après quelques hésitations quand même, ont cherché avant tout à calmer le jeu en augmentant une fois encore le programme de rachats d’actifs pour alimenter les marchés et éviter un emballement des taux d’intérêt. On peut le comprendre, tant en Europe les taux d’intérêt sont une menace permanente pour la monnaie unique.

Sortie de crise

Chacun comprend aussi que, même justifiées, les décisions prises dans l’urgence viendront gonfler encore un peu plus les problèmes à résoudre à la sortie de crise. Certes, personne ne regrettera que le calme revienne sur les marchés, mais personne ne se lève non plus le matin en se demandant comment vont les marchés. S’il s’agit des bourses, dont on peut supposer qu’elles reflètent l’évolution de l’économie réelle, des mesures appropriées en faveur de celle-ci doivent suffire à les calmer.

Même d’éventuelles menaces sur le marché interbancaire ne peuvent justifier une poursuite de la politique d’assouplissement quantitatif. Ce marché sert de parapluie aux banques si leurs réserves sont momentanément insuffisantes. En limitant leurs besoins en fonds propres, le marché interbancaire leur permet d’en améliorer la rentabilité. Mais s'il cale au moindre problème, comme un parapluie qui ne sert que quand il fait beau, il ne sert à rien.

"Il convient de commencer à relever le ratio de fonds propres des banques."

Parallèlement à l’éventuelle poursuite d’un programme d’assouplissement quantitatif, il convient de commencer à relever le ratio de fonds propres des banques. Cela nous permettra de freiner les excès des marchés et de réduire les risques de répétition des crises.

Cercle vicieux

Nous sommes pris dans un cercle vicieux qui voit à chaque soubresaut les banques centrales intervenir à coups de milliards pour alimenter la liquidité des marchés, une liquidité qui n’est jamais que l’autre face d’une réalité dont l’autre face s’appelle volatilité; celle-ci amplifie la crise suivante. Le tout au détriment de la stabilité dont a besoin l’économie réelle. Les marchés ont pris en otage tous ceux qui sont dans l’angoisse de perdre leur emploi ou une partie de leurs moyens financiers, tous les indépendants et les entrepreneurs sous la menace d’un dépôt de bilan, les travailleurs à durée déterminée, ceux qui n’ont qu’une petite rémunération.

Dindons de la farce

Ceux qui font réellement "tourner" l’économie méritent d’autant plus d’être aidés qu’ils ont été les "dindons de la farce" en 2008 en contribuant fiscalement à surmonter une crise dont ils n’étaient en rien responsables.

"Nous devons progressivement sortir de la pression exercée par les marchés et donner la priorité aux entreprises et personnes au moyen de la monnaie hélicoptère."

Le débat est maintenant ouvert sur les moyens à mobiliser pour relancer la machine économique; toutes les idées exprimées ne sont pas nécessairement convergentes. Une chose paraît cependant claire: nous devons progressivement sortir de la pression exercée par les marchés et donner la priorité aux entreprises et personnes au moyen de la monnaie hélicoptère, quelle qu’en soit la forme: allègement de cotisations, indemnités, réductions fiscales ….

Pourquoi ne pas aussi imaginer un fonds de solidarité alimenté par des cotisations sur les bénéfices extraordinaires de ceux qui tirent profit de la crise (entreprises de vente par internet, entreprises de produits surgelés…) ou du moins ceux qui n’en souffrent pas (pensionnés aisés, fonctionnaires en congé forcé mais rémunéré…)? Ce fonds pourrait servir à indemniser tous ceux qui ont été sur la ligne du front: soignants, personnel de la grande distribution...

Effacement des dettes

Par ailleurs, un effacement des dettes publiques au niveau de la BCE s’impose pour éviter que les Etats ne reprennent d’une main ce qu’ils auront donné de l’autre. Et qu’on ne vienne pas nous dire que c’est impossible, que les marchés ne l’accepteraient pas! Il y a trop longtemps que nous entendons ce refrain. Que ce soit l’Old Lady d’Angleterre, la Banque de France ou la Federal Reserve, toutes les banques centrales ont été fondées non seulement pour jouer le rôle de prêteur en dernier ressort mais aussi pour créer de la monnaie et donc effacer des dettes quand un événement extraordinaire intervient. Que les marchés s’agitent à court terme est une chose, mais à moyen ou long termes, ils finissent toujours par refléter la santé de l’économie réelle. Soignons donc les causes et non les effets.

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