On fait le point sur la vaccination

Les images du centre de vaccination du Heysel, désert, ont fait le tour du monde, ou presque. Égratignant encore l'image de la Belgique à l'étranger. ©Wouter Van Vooren

Les interrogations se font de plus en plus pressantes autour de la stratégie de vaccination de la Belgique. Voici ce que la task force en charge en dit.

C'est devenu une tradition. Tous les samedis, la task force vaccination répond aux questions de la presse sur la stratégie de vaccination et la concrétisation de celle-ci. Les interrogations s'accumulant de toutes parts sur la campagne de vaccination belge, on vous résume ce qui s'y est dit ce samedi.

Vaccinons les femmes enceintes!

La décision est tombée vendredi. La vaccination contre le Covid des femmes enceintes est recommandée. D'une part, expliquent les experts de la task force, parce que les femmes enceintes présentent davantage de risques de complications. Qu'il s'agisse d'accouchements prématurés ou d'une hausse de la mortalité et des admissions aux soins intensifs.

"Il n'existe aucune raison de penser que le vaccin soit moins efficace ou plus dangereux pour les femmes enceintes."
Frédéric Debiève
Chef du service d'obstétrique aux Cliniques universitaires Saint-Luc

Ensuite, "il n'existe aucune raison de penser que le vaccin soit moins efficace ou plus dangereux pour les femmes enceintes", assure Frédéric Debiève, chef du service d'obstétrique aux Cliniques universitaires Saint-Luc. Ni pour celles qui allaitent, au contraire, l'allaitement semblant faciliter la transmission d'anticorps à l'enfant.

Quant aux troubles de fertilité liés au vaccin, il ne s'agit rien d'autre que d'une "fake news", balaient les experts.

Des vaccins qui dorment dans les frigos?

Tel est le chiffre qui circule, suscitant indignation et incompréhension. En Belgique, quelque 400.000 doses de vaccins dormiraient dans des frigos. Qu'en est-il? "Il y a beaucoup de remous autour de ces stocks, admet Sabine Stordeur, project manager au sein de la task force. Surtout ceux d'Astra Zeneca."

"Les stocks disponibles ne sont pas constitués de doses non attribuées. Au contraire, il est prévu qu'elles soient injectées dans les deux semaines qui viennent."
Sabine Stordeur
Project manager au sein de la task force vaccination

Si elle ne se lance pas dans un inventaire des stocks actuels, la task force l'assure: il n'existe pas de doses dormantes dans les frigos. Seulement, avant de lancer les invitations, il a d'abord fallu s'assurer de disposer des doses nécessaires afin de vacciner les personnes convoquées. Et puis, il y a eu ce souci technique lié à la convocation du personnel médical de première ligne, causant un retard à l'allumage (lire ci-dessous).

"Les stocks disponibles ne sont pas constitués de doses non attribuées. Au contraire, il est prévu qu'elles soient injectées dans les deux semaines qui viennent." Via les centres de vaccination, dont le planning serait (enfin) plein.

En fait, les Régions ne jouent guère à l'écureuil prudent, constituant des stocks inconsidérés, indique la task force. En tout cas pas pour AstraZeneca ou Pfizer, pour lesquels il est juste question d'une réserve "tampon", pour faire face à un léger couac de livraisons. Les autorités se montrent par contre plus prudentes avec Moderna, au vu des doutes pesant sur la régularité des livraisons.

Des centres de vaccination déserts?

L'image a fait le tour du monde, ou presque. Le centre de vaccination du Heysel, à Bruxelles, désert. Dramatique en termes d'image.

Le tout est dû à un couac enregistré dans l'envoi des convocations, électroniques uniquement, à destination du personnel de santé de première ligne, devant ouvrir la valse des vaccinations dans les centres. À quoi s'ajoute une certaine réticence du public visé, partiellement inquiet quant à l'efficacité du vaccin d'AstraZeneca. "Nous espérons que les campagnes réalisées ces derniers jours, sur la base de données chiffrées, réussiront à les convaincre de la nécessité de la vaccination."

Toujours est-il que les Régions ont envoyé des invitations papier afin de rattraper ce gâchis électronique. Que, depuis lors, il semble que le programme ait été ajusté. Et que les invitations suivent désormais trois canaux: courrier papier, mail et SMS.

Faut-il blâmer le développeur de ce logiciel interfédéral, la Smals de l'inévitable Frank Robben? "C'est elle qui gère l'e-communication pour les services gouvernementaux, défend Sabine Stordeur. Et était donc le plus à même de comprendre les interactions nécessaires entre les bases de données afin de générer ces convocations."

Des invitations, plutôt que des convocations?

Puisque les convocations électroniques sont restées coincées, est née la question suivante. N'aurait-il pas été plus sage de procéder par inscriptions, et de laisser les citoyens remplir les agendas des centres de vaccination? Difficile tant qu'il s'agit de vacciner en premier des publics cibles, rétorque la task force, dans le cadre d'un processus sélectif, visant d'abord les publics les plus exposés ou les plus à même de développer des formes graves de la maladie.

Va-t-on revoir la stratégie?

N'est-il pas temps pour la Belgique de revoir sa copie? "Mais la réflexion est constante, afin d'améliorer et accélérer la campagne en cours, souligne Sabine Stordeur. Nous étudions les possibilités au jour le jour, modélisations à la clef." La preuve en est, avec cette nouvelle recommandation concernant les femmes enceintes.

La task force ne se montre-t-elle pas alors trop prudente, ou conservatrice? "Nous ne voulons pas foncer sur la première hypothèse venue sans disposer de preuves scientifiques disponibles. Au risque de devoir rétropédaler quelques jours ou semaines plus tard, minant davantage la confiance de la population."

55
ans
Pour l'heure, la Belgique réserve le vaccin d'AstraZeneca aux personnes de 18 à 55 ans. Mais un élargissement aux plus âgés sera discuté cette semaine au sein du Conseil supérieur de la santé, au vu de données encourageantes en provenance d'une étude écossaise.

Ce qui ne signifie pas que le débat n'existe pas. Aussi, cette nouvelle étude écossaise basée sur des données "de la vie réelle" et tendant à démontrer une "efficacité très élevée" du vaccin d'AstraZeneca sur les plus de 65 ans, et même les plus de 80 ans, sera-t-elle examinée dès cette semaine par le Conseil supérieur de la santé. De la même manière, la question de prolonger l'intervalle séparant les deux injections du vaccin Pfizer, ou celle de n'administrer qu'une seule dose aux personnes s'étant déjà frottées au coronavirus n'ont pas disparu de la table.

Est-on en retard?

N'a-t-on pas accumulé un sérieux retard, rendant l'intention de commencer à vacciner l'ensemble de la population dès juin obsolète? Telle est la crainte, renforcée par les images de centres vides et l'existence d'un simulateur officieux prédisant à qui le consulte une première injection quelque part en 2022. Et qu'en est-il de ces scénarios élaborés par le Commissariat corona, où novembre a pris la place de juin?

"Le mois de novembre relève du scénario le plus pessimiste. Or la réalité devrait plutôt coller aux livraisons attendues."
Sabine Stordeur
Project manager au sein de la task force vaccination

Pour l'heure, assure Sabine Stordeur, le planning reste inchangé. "Mais nous n'avons pas de vues sur les livraisons au second quadrimestre. Notre horizon se limite à deux semaines maximum. C'est pourquoi nous établissons différents scénarios, allant du pire, avec un ralentissement des livraisons, au meilleur, tablant au contraire sur une hausse." Avec, entre ces deux extrêmes, la voie "standard", correspondant aux livraisons annoncées.

"Le mois de novembre relève du scénario le plus pessimiste. Or la réalité devrait plutôt coller aux livraisons attendues." Et donc, à un lancement de la vaccination de masse à partir de juin.

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