interview

Le PS veut d'urgence un plan de relance de 30 à 50 milliards

Paul Magnette, président du PS, l'affirme haut et fort: "Si un gouvernement est formé d’ici fin juin tant mieux". ©Frédéric Pauwels / HUMA

Paul Magnette, président du PS, propose des plans de relance secteur par secteur, une injection massive dans le pouvoir d'achat et un plan d'investissements publics ambitieux. Mais le PS demande en parallèle que les partis conviennent d'une stratégie de relance. Sous peine d'accuser du retard par rapport à nos pays voisins. Il fustige les résistances du MR.

Avec Conner Rousseau, son homologue du sp.a, Paul Magnette est de retour au premier plan. Les socialistes ont en effet pris l'initiative de relancer les discussions en vue de former un gouvernement fédéral. Un processus qui n'avait jamais concrètement démarré avant que la crise du coronavirus ne s'abatte sur la Belgique. Celle-ci n'a pas encore établi de véritable plan de relance de l'économie. Il est urgent d'accélérer le tempo, dit le président du PS.

Pourquoi cet appel maintenant? 

Je ne veux pas polémiquer, mais les chiffres sur la situation économique s’aggravent de semaine en semaine. On nous annonce pour 2020 une croissance de -7,2% et un déficit de 8,9%. 180.000 licenciements pourraient avoir lieu à l’issue du chômage économique et un nombre énorme de faillites est attendu, en particulier dans l’Horeca - jusqu’à 20% - et dans le secteur des arts et du spectacle (28 %). La situation est très, très grave. On comprend que le gouvernement ait été préoccupé par la crise sanitaire, mais les pays voisins mènent de front une relance. Quand on fait la somme de mesures prises en France et aux Pays-Bas, c’est trois fois plus que chez nous; dans les pays nordiques, c’est cinq fois plus. En Allemagne, c’est 10 fois plus! Chez nous, seulement 0,7% du PIB a été engagé. Si on ne le fait pas, on risque de connaître une récession beaucoup plus lourde et beaucoup plus longue que les autres. Or beaucoup de nos entreprises ont des concurrents directs dans ces pays. Si on reste en récession pendant que les autres pays se redressent, on risque de le payer cher. On doit d’urgence passer à l’étape suivante avec une stratégie beaucoup plus ambitieuse que cela.

"C’est au moment où on sort du lockdown qu’il faut agir fort et donner un coup de fouet au pouvoir d’achat car l’effet multiplicateur est positif."
Paul Magnette
Président du PS

C'est-à-dire?

Dans les autres pays européens, il y a toujours quatre paquets de mesures. Un, ce qu’on a fait jusqu’ici pour éviter les pertes d’emplois: chômage temporaire, droit passerelle, report d’impôts et garanties bancaires. Deux: les plans sectoriels, et ça c’est vraiment urgent. La plupart des pays voisins ont déjà leurs plans pour l’Horeca, l'événementiel, la culture, mais pourquoi pas la construction aussi? Trois: des mesures de soutien au pouvoir d’achat qui doivent être immédiates. C’est au moment où on sort du lockdown qu’il faut agir fort et donner un coup de fouet au pouvoir d’achat car l’effet multiplicateur est positif : si l’État injecte un ou deux milliards, cela lui rapportera plus. Quatre: les investissements. L’expérience acquise dans les technologies du télétravail doit être traduite dans une digitalisation accélérée dans toute une série de secteurs. Des investissements en matière de mobilité, d’économies d'énergie sont indispensables. Si des participations sont prises dans certaines entreprises, c’est l’occasion d’accélérer leur transition. Si on fait tout cela en même temps, on pourra sortir plus rapidement de la récession. En sortir plus vertueux aussi.

Vous avez des exemples en tête en matière de pouvoir d'achat?

Pour ceux qui sont en chômage temporaire, la réduction du précompte c’est bien, mais nous voulons que ce soit libératoire. Pour tous ceux qui ont travaillé en première ligne, une prime brute de 1.000 euros avec une cotisation de 25%. Et pour toutes les personnes qui vivent sous le seuil de pauvreté, on propose une aide mensuelle de 200 euros. On devrait développer les chèques-repas pour soutenir l'Horeca, et des chèques-culture. On peut être créatif. Les partis ont leurs plans, mais installons-nous autour d’une table et arrêtons une stratégie d’ensemble. Soyons pragmatiques. On n’est pas ici dans des positionnements idéologiques. Pour l’Horeca, tout le monde va tomber sur à peu près les mêmes réponses: réduire la TVA, les cotisations, augmenter la déductibilité des frais de restaurant, trouver des solutions entre locataires et propriétaires. Il faut le faire d’urgence.

"Si on attend septembre pour un plan de relance, ce sera trop tard pour beaucoup de secteurs, des milliers d’emplois auront été perdus."

N'en discutez-vous pas le samedi, avec tous les autres partis soutenant les pouvoirs spéciaux?

Ce conseil des ministres a toujours été très unilatéral. Le gouvernement vient avec ses propositions d’arrêtés de pouvoirs spéciaux, on en discute et on fait le point sur la situation sanitaire. Or j’ai toujours considéré que c’était le lieu où les partis pouvaient venir avec des propositions. Je l’ai fait pour la relance. J'ai été soutenu par le sp.a, Ecolo, Groen. Plutôt bien accueilli par le cdH et Défi, mais aussi l’Open Vld. C’est plus le MR qui dit que cela doit se faire dans le cadre d’un accord de gouvernement. Pas de problème! Travaillons sur les deux en parallèle. Il ne s’agit pas de faire une stratégie de relance pour ne pas faire un gouvernement. Le délai que tout le monde a en tête c’est le 26 septembre (date pour laquelle Sophie Wilmès s'est engagée à redemander la confiance du Parlement, NDLR) pour avoir un gouvernement. Si on attend jusque-là pour un plan de relance, ce sera trop tard pour beaucoup de secteurs, des milliers d’emplois auront été perdus. 

Qu’en pense la Première ministre ?

Il y a eu échange, on a pu tomber d’accord sur l’idée qu’on pourrait faire les deux en parallèle. J’espère qu’on va pouvoir donner suite. La famille socialiste a pris une initiative pour la formation d’un gouvernement. On aura vu les partis d’ici la fin de cette semaine. On essaye de dégager des convergences, mais on doit en parallèle avancer sur ce plan de relance. D’autant que beaucoup de dossiers sont déjà soumis au Parlement. Ce mardi, il y a par exemple le débat sur le statut d’artiste qui est très important. 

À combien chiffrez-vous votre plan de relance?

Les pays voisins sont entre 5 et 10% du PIB, cela nous amène à une trentaine de milliards. Mais cela peut être 50 milliards, d’autant que les taux sont bas. Si on a une récession longue, cela nous coûtera plus cher que si on emprunte massivement aujourd’hui. Un retour plus rapide de la croissance effacera cet endettement supplémentaire. Le pays qui ne suit pas le mouvement payera plus cher.

Vous intégrez ce plan de relance dans vos contacts en vue de former un gouvernement ?

Oui, évidemment. Quand on parle entre partis, on parle des mesures. D’abord des mesures urgentes puis des mesures plus structurelles. Comme par exemple du renforcement des investissements publics. On investit deux fois moins que la France ou les Pays-Bas. Cela ne peut plus durer. Ce besoin est reconnu par tous.

"Je n’entends plus personne dire qu’il faut faire des économies en soins de santé."

Cette crise est-elle de nature à débloquer la situation politique ?

Je l’espère. L’une des plus grandes difficultés avant la crise corona était de savoir comment fixer une trajectoire de retour à l’équilibre budgétaire à l’horizon 2024. Cette question a disparu. Et je n’entends plus personne dire qu’il faut faire des économies en soins de santé.

Et sur le plan politique. N-VA/PS, couple toujours aussi improbable ?

Il faut parler du fond. Je disais déjà avant la crise que si la N-VA accepte d’augmenter les bas salaires, les basses pensions, de refinancer la Sécurité sociale et de faire contribuer davantage les revenus du capital, ça change le monde. Je ne sais pas s’ils ont changé d’avis à ce niveau-là. On va le découvrir.

Vous ne les avez pas encore vus ?

Oui, c’était un premier contact. La N-VA considérait aussi que la réforme de l’État était un préalable à toute chose. Est-ce que c’est la priorité des priorités ? Tout le monde convient qu’il faut améliorer le fonctionnement de l’État, mais l’urgence, c’est d’abord la réponse à la crise économique et sociale.

"Je ne vois pas l’intérêt d’attendre. Si un gouvernement est formé d’ici fin juin tant mieux."

Un commentaire sur le personnel soignant qui a tourné le dos ce week-end à Sophie Wilmès?

Je comprends que la Première ministre le vive mal. Personne ne souhaite cela, même à ses adversaires politiques. Mais le désarroi du personnel de santé, je le comprends tout à fait. Dans les hôpitaux, ils sont parfois à la limite du burn out alors que pendant des années on leur a dit que la santé coûtait trop cher. Il est normal que ça sorte.

Le but de votre démarche, c'est bien un gouvernement majoritaire ?

Au plus loin cela va, au mieux c’est. Le président du MR disait encore il y a trois semaines qu’il ne fallait pas commencer avant la fin du mois de septembre. Puis il a changé d’avis en parlant de la fin juin. Je ne vois pas l’intérêt d’attendre. Si un gouvernement est formé d’ici fin juin tant mieux - tout ce travail d’analyse des diagnostics, des propositions et d'identification des convergences aura été fait. On aura gagné de précieuses semaines et celui ou celle qui prendra un vrai rôle de formation pourra s’appuyer sur ce travail.

Vous êtes prêt à endosser une nouvelle mission?

Les regrets sont stériles et je suis toujours disponible pour aider. Tous les partis ont accepté l'initiative des socialistes.

Sans résultat en septembre, il y aura des élections? 

Ce n’est pas l'idéal. Mais si on n'a pas de solution, il faudra en tirer les conséquences. Nous avons encore plusieurs mois devant nous.

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