analyse

Petit rebond ou deuxième vague? Comment lire la communication de Sciensano

Les chiffres récoltés par Sciensano sont communiqués dans un rapport quotidien et lors de conférences de presse. Mais la base de comparaison de ces données pose question. ©BELGA

La communication de Sciensano est critiquée, elle angoisserait la population. Alors, quels paramètres surveiller pour jauger l'évolution de l'épidémie de Covid?

Les données qui montrent la propagation de l'épidémie de Covid-19 en Belgique semblent très inquiétantes. Un indice d'incidence en hausse de 198%, plus de 500 nouveaux cas par jour, relevait Sciensano pour ce jeudi. D'autres signaux vont dans le même sens: à Bruxelles, le nombre de tests ressortant positifs est en nette hausse. Du côté d'Anvers, c'est bien pire.

"C'est anxiogène parce que ça ne reflète pas la réalité."
Jean-Luc Gala
Chef de clinique à Saint-Luc (UCL)

Mais face à ces statistiques, de plus en plus de voix critiquent la communication de Sciensano. Trop anxiogène. Bernard Rentier, l’ancien recteur de l’Université de Liège, parlait de "rapports catastrophiques", dans Sudpresse.

Un cas, est-ce un malade?

"Il y a en effet une grande confusion entre le nombre de tests positifs et le nombre de cas", relève d'emblée le docteur Jean-Luc Gala, chef de clinique à Saint-Luc (UCL). "C'est anxiogène parce que ça ne reflète pas la réalité. Pour moi, un "cas" est un malade qui nécessite des soins." Or, quand Sciensano parle de "cas confirmés de Covid", il s'agit de patients testés positifs sans nécessairement l'apparition de symptômes. Et comme le testing se répand largement, ce nombre de "cas" asymptomatiques bondit dans les données. Alors qu'au printemps, la majorité des cas répertoriés étaient dans un état sévère.

"Il y a deux critères à regarder pour juger de l'évolution actuelle. Les hospitalisations et le taux de mortalité."
Jean-Luc Gala
Chef de clinique à Saint-Luc (UCL)

Analyser sur la durée le pourcentage de nouveaux cas par rapport aux nombres de tests effectués ne donne pas non plus une image exacte de la situation vu que l’institut de santé publique a changé ses paramètres: ce n'est plus le nombre de personnes testées mais celui des tests réalisés qui est communiqué.

Deux critères importants

"Il y a deux critères à regarder pour juger de l'évolution actuelle, estime le docteur Gala. Les hospitalisations et le taux de mortalité." Qu'en est-il de ces données ce jeudi 6 août? En moyenne lors des sept derniers jours, 2,4 personnes ont succombé quotidiennement à cause d'un Covid-19. Et 22 personnes sont admises à l'hôpital.

" Les patients sont moins malades et restent moins longtemps. "
Antoine Gruselin
Chargé des relations pour le CHR Citadelle

On est loin des chiffres affolants du printemps. D'autant que le profil des patients a changé. Au CHR de la Citadelle, à Liège, seules neuf personnes atteintes du nouveau coronavirus sont actuellement hospitalisées. "Chez nous, l'âge moyen lors de la première vague était de 57 ans, il est plutôt de 50 ans aujourd'hui, évalue Antoine Gruselin, chargé des relations. De plus, les patients sont moins malades et restent moins longtemps. Au printemps, la recommandation était de rester chez soi quand on avait des symptômes. Quand les gens arrivaient, ils étaient déjà dans un état grave. Désormais, ils viennent quand ils ne se sentent pas bien et rentrent chez eux rapidement." Le CHR de la Citadelle n'a ainsi plus enregistré de décès liés au Covid depuis le 6 juin, alors que depuis le début de la crise, il a connu 120 décès attribués au virus, dont une septantaine ont été confirmés.

"Petit rebond"

"Cela, c'est grâce au testing, poursuit Antoine Gruselin. Les cinq premiers jours de la maladie sont les plus importants et donc, le dépistage permet désormais de donner les soins adaptés plus rapidement."

"Il s'agit d'un petit rebond."
Jean-Luc Gala
Chef de clinique à Saint-Luc (UCL)

"Selon moi, il s'agit d'un petit rebond, juge le docteur Gala. Les hospitalisations augmentent un petit peu, ce n'est pas incontrôlable pour l'instant. Mais peut-être que ça le deviendra! Néanmoins, les mesures prises sont strictes et la première vague a été jugulée en deux mois." Du côté des hôpitaux, on craint surtout l'arrivée de l'automne, avec les retours de vacances, l'école et les rhumes, qui exigeront un nouvel effort de dépistage. Alors que le personnel n'est pas encore remis de la première vague. "N'oubliez pas les gestes barrières!", rappelle Antoine Gruselin.

"Les cinq premiers jours de la maladie sont les plus importants et donc, le dépistage permet désormais de donner les soins adaptés plus rapidement."
Antone Gruselin
Chargé des relations pour le CHR Citadelle

De nouvelles informations disponibles dans les bulletins quotidiens

De nouvelles informations seront disponibles dans les bulletins quotidiens de Sciensano à partir de ce vendredi, afin de mieux suivre la situation de l'épidémie de Covid-19. Le bulletin épidémiologique publié chaque jour à 11h par Sciensano présentera désormais également un aperçu graphique de l'évolution des tendances. Ces graphiques compléteront ceux qui sont déjà disponibles, à savoir le nombre de nouveaux cas, de nouvelles hospitalisations, d'admissions en soins intensifs et de décès.

L'institut ajoutera également la répartition du nombre de cas par province, avec le changement observé entre la dernière période de 7 jours et l'avant-dernière période de 7 jours. Le pourcentage de tests positifs sur le nombre total de tests effectués, ou taux de positivité, sera aussi disponible, avec graphique de la répartition du taux de positivité par tranche d'âge ainsi qu'une carte qui renseigne ce taux par province.

Sciensano ajoutera enfin une carte du nombre de tests effectués par province par 100.000 habitants et un graphique des admissions hospitalières par région.

Afin d'accorder une attention particulière à la situation actuelle, la description de l'épidémie se fera désormais à partir de la date du 22 juin, date à laquelle le nombre de cas diagnostiqués en Belgique était à son niveau le plus bas, explique Sciensano. Une description de l'épidémie depuis le début sera présentée en fin de rapport. A moyen terme, cette partie du bulletin sera présentée une fois par semaine. Les données depuis début mars resteront disponibles sur l'outil en ligne de l'institut, Epistat.

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