Philippe Bodson, le patron emblématique de Tractebel, s'est éteint

Philippe Bodson s'est éteint à l'âge de 75 ans. ©Thierry du Bois

Agé de 75 ans, le capitaine d'industrie belge Philippe Bodson est décédé, ce samedi, des suites du Covid-19. Ancien patron de Tractebel et ex-président de la FEB, Philippe Bodson était sous respirateur à l'hôpital Saint-Pierre de Bruxelles depuis une semaine.

Il était un des emblèmes du grand capitalisme belge. Celui de l'époque du grand Electrabel et de la Générale de Belgique, de Tractebel et Glaverbel, désormais révolue, puisque toutes ces entreprises sont passée en des mains étrangères. Il représentait, avec Etienne Davignon, Jean-Pierre Hansen ou Albert Frère, l'ère des grands capitaines d'industrie du pays. Aujourd'hui, Philippe Bodson s'en est allé, âgé de 75 ans, emporté par le covid-19.

D'après Le Soir, qui a été contacté par la famille du défunt, Philippe Bodson avait été hospitalisé à l'hôpital Erasme il y a une quinzaine de jours, puis transféré au CHU Saint-Pierre, où il était sous respirateur depuis une semaine.

Sportif tendance explorateur, Philippe Bodson était pourtant réputé avoir une santé de fer. Le coronavirus a eu raison de lui.

Plusieurs vies

Comme les chats, cet homme qui ne tenait pas en place et pratiquait intensément l'humour au second degré, a eu plusieurs vies. Né à Liège le 2 novembre 1944, Philippe Bodson décrochera un diplôme d'ingénieur civil à l'Université de Liège. Il débute sa carrière au Canada, puis devient consultant pour le groupe McKinsey. Mais sa première vraie vie professionnelle sera chez Glaverbel, où il entre en 1977. Il intègre le comité de direction, et devient, en 1980, administrateur délégué et directeur général. Il va remettre sur les rails le premier verrier belge avant de le céder aux Japonais de Asahi Glass. 

Philippe Bodson était également le président et administrateur délégué de l'entreprise Floridienne. ©BELGA

Sa deuxième via professionnelle sera particulièrement mouvementée. En 1989, il rejoint Tractebel. Ce fleuron de l'économie belge est alors aux mains de la Société générale de Belgique (40%) et de la holding GBL d'Albert Frère (24,5%) qui revendra en 1996 sa participation à la Société générale.

A la tête de Tractebel, maison-mère d'Electrabel, née de la fusion des trois compagnies d'électricité du pays, il entraîne le holding à la conquête de l'international. Certains n'hésitent pas à voir en lui le prince charmant qui réveille la Belle au bois dormant. Le succès est au rendez-vous, mais les dossiers sulfureux aussi, en particulier celui du Kazakhstan, qui va déclencher une enquête de la justice belge sur les commissions perçues lors d'achats de centrales dans le pays par Tractebel. Et surtout, jaloux de l'indépendance de son entreprise, il va s'opposer ouvertement à Gérard Mestrallet, le patron de Suez, devenu la maison-mère de Tractebel.

Franc-parler

Patron flamboyant, connu pour son franc-parler, certains verront alors dans son obstination le courage d'aller jusqu'au bout de ses convictions, tandis que d'autres y décèleront la marque de l'entêtement et d'une mauvaise perception des rapports de force. "A la fin, c'est toujours l'actionnaire qui gagne" résumera plus tard Mestrallet. Jean-Pierre Hansen, qui lui succédera à la tête de Tractebel, le compare dan son dernier ouvrage à Murat, le chef de la cavalerie de Napoléon. "Comme Murat, cette formidable sûreté de soi et cette certitude de la victoire lui faisaient parfois mal apprécier les forces en présence dans les grandes batailles ou les guérillas. Il n'était pas nécessaire de se méfier de l'adversaire, puisqu'il n'existait tout simplement pas." En 1999, Bodson est forcé de quitter Tractebel.

Lui qui se gaussait de la tendance de ses pairs à s'accrocher au pouvoir ("Ils disent toujours qu'à 60 ans, ils vont décrocher, mais ils se cramponnent, avec les ongles, avec les dents" expliquait-il théâtralement), il entame alors une troisième vie professionnelle. Candidat MR au Sénat, il est élu haut la main. Mais il ne reçoit pas de poste ministériel, et se désintéresse très vite de la carrière politique.

En 2001, il entame sa quatrième vie professionnelle: il est appelé à la tête de l'entreprise flamande Lernout & Hauspie, en pleine déconfiture, pour tenter de la sauver. Mais il n'y accomplira pas de miracle. Il sera même mis en cause par le fondateur Jo Lernout lors de son procès.

Président d'Hamon

Phillipe Bodson se fera alors plus discret, occupant plusieurs postes d'administrateur indépendant, notamment chez Fortis et Asahi Glass. Il prend aussi la présidence de la Floridienne. Mais là encore, la vie n'est pas un long fleuve tranquille: pris dans une bagarre d'actionnaires familiaux, il va se retrouver brouillé avec Jean-Marie Delwart, son ami de toujours. Et il assistera chez Fortis à la débâcle de 2008.

Ce passionné de marche, qui avait aussi été le "patron des patrons belges", président de la Fédération des entreprises de Belgique (FEB) de 1987 à 1990, était encore, entre autres, administrateur de la Fondation polaire et président du conseil d'administration de l'entreprise d'ingénierie wallonne Hamon, qui après avoir vécu il y a quelques années une fronde d'actionnaires minoritaires, se bat depuis de longs mois pour sa survie.

"Profondément libéral, Philippe Bodson était avant tout passionné par l'économie et le monde des affaires"
Georges-Louis Bouchez
Président du MR

"C'est un géant de l'économie belge qui est emporté par ce virus et je tiens à présenter mes très sincères condoléances à ses proches", a indiqué samedi en fin de journée le président du MR, Georges-Louis Bouchez, dans un communiqué.  "Profondément libéral, Philippe Bodson était avant tout passionné par l'économie et le monde des affaires", selon le président libéral. 

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