interview

Philippe De Backer: "Pour l'instant, les tests sérologiques ne sont pas fiables, c'est du brol chinois..."

©Tim Dirven

"Nous avons une stratégie." Philippe De Backer (Open Vld), ministre fédéral chargé de l'approvisionnement du pays en matériel médical se veut rassurant sur la gestion de la crise du Covid-19 par les autorités.

Depuis qu'il a été chargé par Sophie Wilmès de s'occuper exclusivement de l'approvisionnement des hôpitaux pour faire face à l'épidémie du Covid-19, Philippe De Backer (Open Vld) est sur tous les fronts logistiques et médiatiques. Ce docteur en biologie moléculaire est dans son élément et se garde pour l'heure de répondre aux critiques. Interview par téléphone. 

Les hôpitaux sont-ils aujourd’hui correctement équipés en matière de protection du personnel soignant? À combien de masques évaluez-vous les besoins?

Cela reste un problème que nous sommes en train de résoudre. Beaucoup d’hôpitaux sont bien fournis mais il reste des pénuries dans d’autres. On continue à commander, à recevoir des masques, des gants, des blouses. Dès qu’on les reçoit, on les met à disposition le plus vite possible, après contrôle de qualité. Dans le même temps, les hôpitaux ont leurs propres fournisseurs. On a fait un push pour que ceux-ci continuent à assurer les livraisons promises. La crise aux USA met les marchés sous pression. Pour les différents matériels, ça reste un challenge difficile. On est en train de voir si on peut développer une production en Belgique. Il faut être capable de le faire dans les jours qui viennent en veillant à respecter les normes en vigueur. 

Des chiffres de production belge peuvent-ils être avancés?

Pas encore.

Quels sont les besoins réels en masques?

On a des modèles prédictifs pour les hôpitaux mais il faut insister sur le fait que le personnel soignant doit utiliser ce matériel de la même manière qu’avant. Le taux d’utilisation est en train d’augmenter, je le comprends, mais il faut responsabiliser les gens. On espère éviter la vraie pénurie, d’abord pour le personnel de première ligne.

Pas de chiffre?

Non, les besoins sont en train d’évoluer, le nombre de lits augmente. On est en contact permanent avec les hôpitaux et maisons de repos pour voir où en est la demande.

Combien doivent arriver?

J’ai des chiffres mais je reste prudent dans ce contexte international où on n’est jamais sûr qu’un avion décolle. On communique sur les chiffres deux fois par semaine.

La France affrète des avions militaires pour aller chercher des masques. Et en Belgique?

On le fait aussi. Mais pas avec la même envergure et de manière moins visible. Mon groupe de travail qui assure la distribution et la logistique, c’est une équipe de 20 personnes de l’armée. Nous avons toutes les ressources de l’État à notre disposition mais on préfère que cela passe par des canaux normaux.

Ces couacs de commandes, derrière vous?

"Il faut faire un check préalable des fournisseurs. Nous le faisons mais je ne suis pas certain que les Régions en fassent autant."

Ça va mieux mais il faut faire un check préalable des fournisseurs. Nous le faisons mais je ne suis pas certain que les Régions en fassent autant. Ensuite, une fois que la commande arrive, on fait un contrôle de qualité avec le SPF Économie et la douane. On a développé un système: on peut faire des tests dans des labos sur les masques qui arrivent ici. S’ils sont bons sur certains critères, on sait qu’ils peuvent être utilisés pour protéger le personnel médical. Dans le cas contraire, on les bloque où on les met sur le marché comme masques de confort, qui ne peuvent pas être utilisés dans un contexte médical.

D’autres métiers réclament ce type de matériel, la police notamment. A-t-on les moyens de répondre à cette demande?

Je l’espère, car ce sont des métiers importants et je comprends très bien les policiers, les pompiers, etc. Nous sommes en train de fournir suffisamment de capacité dans les hôpitaux et dans les maisons de repos, soit pour les gens qui sont en première ligne, en contact avec le virus, mais dès que ce sera possible, on le fera pour d’autres. Les services de police, les pompiers etc. sont en train de commander leurs propres masques. Je rappelle que les masques protègent les gens autour mais pas celui qui le porte. Pour cela, il faut des masques d’une autre qualité qu’on réserve aux hôpitaux.

La Wallonie a commandé 19 millions de masques. Pas d'interférence avec le fédéral?

"On essaye de ne pas se mettre en concurrence avec les Régions sur le marché international, car ce serait stupide."

Non. On travaille ensemble. Le Federal a commandé plus de 50 millions de masques. C’est essentiel que les commandes passées par les Régions le soient en toute transparence. On fait aussi des commandes ensemble. On essaye de ne pas se mettre en concurrence sur le marché international, car ce serait stupide. Il n’y a pas de soucis avec les Régions. On est tous convaincus qu’il faut d’abord fournir les hôpitaux, sans oublier les autres et résoudre des pénuries.

Risque-t-on une pénurie de médicaments et d’autres types de matériels dans les hôpitaux?

C’est sur ma liste. On est en train de chercher certains médicaments. Il y en a encore assez pour quelques semaines mais nous savons que c’est un stock stratégique qui ne sera pas suffisant. Là aussi on est en train de voir si on ne peut pas produire ces médicaments en Belgique. On travaille aussi avec d’autres pays comme le Luxembourg.

À quand les 10.000 tests par jours?

Ce week-end, on va introduire un test rapide dans les hôpitaux. Avec les tests biologiques (PCR), on sera à 10.000 tests par jour voire plus. Dans trois semaines environ, on va utiliser des tests sérologiques pour détecter l’immunité des patients.

Des tests à grande échelle?

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Oui, ce sera pour après le pic de l’épidémie. Fin avril probablement. On aura besoin de ces tests pour préparer la restauration d’une vie normale. Ces tests sérologiques sont en cours de validation.

Il y a suffisamment de réactifs?

Oui. Ce problème est réglé.

Qui sera testé?

La catégorisation des gens qui seront testés relève des compétences du Risk Management Group. Pour l’instant, on réserve les tests pour le personnel médical et les patients qui présentent les symptômes. Dès que la capacité sera suffisante, on pourra réfléchir comment élargir. Les tests sérologiques seront réalisés par des médecins. On doit encore déterminer la procédure.

À posteriori vous ne regrettez pas de ne pas avoir choisi l’approche allemande? Celle des dépistages massifs au début de l’épidémie.

L’Allemagne fait un demi-million de tests par semaine. Si on rapporte ce chiffre à la taille de la Belgique, cela fait 9.000 tests par jour. On fait mieux puisqu’on sera à 10.000. Il faut arrêter de regarder ailleurs, on est le dans le groupe de tête.

L’Allemagne a dépisté plus tôt…

"En 10 jours, nous avons doublé nos capacités pour le testing. En deux semaines, cette capacité aura quintuplé."

Il faut distinguer ce qui est dit dans les journaux de la réalité de terrain. Nous, on la connait cette réalité. On est le premier pays a avoir associé toutes les universités, les entreprises de pharma. En 10 jours, nous avons doublé nos capacités pour le testing. En deux semaines, cette capacité aura quintuplé. L’effort est énorme. Il faut bien savoir de quels tests on parle. Demain, je peux avoir un demi-million de tests sérologiques mais ils ne me serviraient à rien parce que pour le moment, ils ne sont pas fiables. C’est du brol chinois dont je ne veux pas. Si d’autres pays disent qu’ils ont des millions de tests, OK, mais de quelle qualité? Utilisés comment? Si on fait des tests, il faut une stratégie. Nous avons une stratégie.

L’Allemagne semble avoir un taux de mortalité moindre…

"Le système de comptage que nous utilisons en Belgique, l’Allemagne ne l’utilisera que dans deux ans."

Non. Il faut lire le rapport du Robert Koch-Institut. Il dit qu’en Allemagne, ils ne sont pas en mesure de dire si un mort est lié au Covid ou pas. Le comptage est différent. Le système de comptage que nous utilisons en Belgique, l’Allemagne ne l’utilisera que dans deux ans. Il faut rester prudent avec les chiffres, la manière de comptabiliser les décès, etc. Cela varie encore d’un pays à l’autre. L’Europe a demandé une uniformisation, la Belgique a déjà adopté le système ad hoc, l’Allemagne ne le fera qu’en 2021.

La CSC demande la démission de Maggie De Block en raison de l'impréparation du pays et à la minimisation du problème des débuts. Réaction?

Mon focus est ailleurs. On pourra faire des analyses dans quelques semaines quand la crise sera passée. Mon devoir est de trouver du matériel pour soutenir les gens sur le terrain. Maggie fait exactement la même chose. On a créé un tiers de lits supplémentaires dans les hôpitaux, c’est un effort formidable qu’elle a fourni avec les hôpitaux. On travaille en équipe.

Faut-il refédéraliser la santé?

C’est une discussion qu’on devra avoir dans six mois. J’espère qu’on aura alors un gouvernement de plein exercice avec une majorité au Parlement.

Constatez-vous des lenteurs liées à l’éclatement des compétences de santé?

Oui, mais pour l’instant je cherche des solutions avec les régions. Si après, il y a des réflexions à mener pour changer certaines choses, je suis ouvert. Mais ça, c’est pour le prochain gouvernement. Une fois cette crise dépassée, on aura beaucoup de débats.

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