Philippe Defeyt: "Encore une mesure prise à la mords-moi-le-nœud"

Les dix partis soutenant les pouvoirs spéciaux du gouvernement se sont accordés sur une aide sociale complémentaire de 50 euros par mois pendant six mois pour certaines catégories de personnes. ©REUTERS

Plusieurs mesures de soutien à l'économie ont été décidées dans le cadre de la crise du Covid-19. Problème: les économistes les trouvent inadaptées. Les 50 euros mensuels pour les plus fragilisés font figure de bricolage bancal aux yeux de Philippe Defeyt.

Les différentes mesures adoptées en kern le weekend dernier ne font décidément pas l'unanimité. Le chèque consommation de 300 euros, déductible à 100%, défiscalisé et qui pourra être octroyé par l'employeur, est ainsi déjà démonté par Etienne de Callataÿ et Philippe Ledent. C'est "une mesure inefficace, démagogique et idiote", dit ainsi le premier. Le second se dit aussi "extrêmement dubitatif" par rapport au rail pass de 10 voyages avec la SNCB.

"Le stop and go en matière sociale est d'une rare violence symbolique."
Philippe Defeyt
Économiste

L'économiste Philippe Defeyt s'est, lui, intéressé à l'aide sociale complémentaire de 50 euros par mois qui sera accordée pendant six mois aux plus fragilisés, bénéficiaires du revenu d'intégration sociale (RIS), porteurs de handicaps et pensionnés bénéficiaires de la garantie de revenus aux personnes âgées (Grapa). "Encore une mesure prise à la mords-moi-le-nœud", s'exclame l'ancien secrétaire fédéral d'Ecolo. 

On renforce les inégalités

Sa première remarque porte sur le fait que l'augmentation de certains minima sociaux, mais pas de tous, impliquera que certains allocataires sociaux auront pendant 6 mois moins que les bénéficiaires du RIS ou de la Grapa.

"Est-il équitable - puisqu'on vise à lutter contre la précarité - d'accorder le même supplément de 50 euros quel que soit le nombre d'enfants?"
Philippe Defeyt
Économiste

L'économiste compare le cas d'un isolé avec une allocation d'insertion de 959,14 euros par mois et d'une personne avec le RIS de 958,91 euros. "Soit exactement 23 centimes en plus. Ces 23 centimes en plus feront que pendant 6 mois, le jeune au RIS aura 50 euros en plus par mois et l'autre se contentera de 23 centimes en plus que le RIS. Des chômeurs "corona" pourraient un temps tomber en dessous du RIS additionné des 50 euros. Mais le problème se pose aussi pour certains salariés."

Philippe Defeyt s'interroge aussi sur le flou entourant le bénéficiaire des 50 euros: l'individu ou le ménage? Et "est-il équitable - puisqu'on vise à lutter contre la précarité - d'accorder le même supplément de 50 euros quel que soit le nombre d'enfants?"  

Six mois, et après?

Enfin, la limitation à six mois apparaît problématique aux yeux de l'économiste de l'Institut du développement durable. "A-t-on une idée de qui et comment on va expliquer à des personnes en précarité, souvent abîmées et fragilisées par la vie, que les 50 euros auxquels elles ont été 'habituées' vont être supprimés? Le stop-and-go en matière sociale est d'une rare violence symbolique."

"Sans corrections, cette mesure apparaît comme un bricolage bancal", regrette Philippe Defeyt. "Il ne peut en être autrement quand des interventions de cette nature sont improvisées, mais surtout quand elles se basent sur les statuts et non la hauteur des revenus.

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