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Philippe Reynaert, patron de Wallimage: "L'importance des plateformes de vidéo va s'accentuer"

Philippe Reynaert, patron de Wallimage, s’inquiète pour le tax shelter. Avec la crise, ces investissements risquent de se tarir. ©doc

Privé de Festival de Cannes, Philippe Reynaert, patron de Wallimage, prend son mal en patience. Et tente de sensibiliser le politique aux difficultés du secteur audiovisuel, quasi complètement à l'arrêt.

Tournages à l’arrêt, salles fermées, festivals annulés… Philippe Reynaert, patron de Wallimage, le fonds d’investissement wallon dans l’audiovisuel, vit des moments compliqués: "Je ne suis pas parano, mais je me demande si ce virus n’a pas été envoyé dans la nature pour foutre en l’air ma dernière année chez Wallimage", plaisante-t-il. Atteint par la limite d’âge, il quittera en effet ses fonctions fin novembre.

"Les métiers du cinéma demandent des contacts personnels. Je rencontre entre 12 à 15 personnes par semaine, des producteurs, des réalisateurs, des techniciens: c’est très frustrant de ne plus les voir", avoue cet homme de réseaux. Mais ce qui le désole sans doute le plus, c’est de ne plus voir ses petits-enfants autrement que par Facetime. En attendant, il en profite pour rattraper son retard de visionnage: "Je viens de terminer la saison 6 de 'Homeland' et la saison 4 de 'La Casa de Papel'. J’ai aussi lu une dizaine de romans, chose que je ne fais qu’en vacances."

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Sept tournages de films et séries en cours en Wallonie ont été arrêtés, confinement oblige.

Quand on évoque avec lui l’impact de la crise, le cinéphile aux lunettes blanches ne veut pas faire de misérabilisme. "Les hôpitaux, les maisons de repos, les écoles ont la priorité, le cinéma vient bien après." Il n’empêche, la situation du secteur le chagrine. "A part un peu de postproduction, l’industrie est à l’arrêt. Sept tournages de films et de séries ont été interrompus en Wallonie."

Assouplir le tax shelter

S'il a obtenu l’assurance que l’Elysette ne toucherait pas à son enveloppe de 6,5 millions par an, il s’inquiète par contre pour le tax shelter, cet incitant fiscal pour les entreprises qui investissent une partie de leurs bénéfices dans des projets audiovisuels. Avec la crise, ces investissements risquent de se tarir. Le secteur du cinéma mène un lobbying actif auprès du gouvernement afin d’assouplir le système (en élevant les plafonds d’investissement). En vain, jusqu’ici. "Ce qui est paradoxal, car les experts de l’Economic Risk Management Group ont placé le secteur culturel comme le plus exposé à la crise", relève, amer, Philippe Reynaert, qui espère encore voir le ministre des Finances revoir sa position.

"Lors de notre dernière session d’analyse des dossiers, nous avons investi un chiffre record, car on s’est dit que ce n’était pas le moment de couper les vivres aux producteurs."

Wallimage n’est pas à l’arrêt pour autant. Seul le département tournages, qui aide les producteurs à trouver des décors, n’a, forcément, plus d’activité: son personnel a été réaffecté à des tâches administratives. Le reste de l’entreprise tourne: "Lors de notre dernière session d’analyse des dossiers, nous avons investi un chiffre record, car on s’est dit que ce n’était pas le moment de couper les vivres aux producteurs", remarque Philippe Reynaert, qui s’apprête à vivre en juin sa 100e et dernière session. 

Philippe Reynaert aurait dû bientôt s’envoler pour le Festival de Cannes. "Cette annulation est regrettable, car cela s’annonçait être un grand cru pour nous. Je pense au dernier Leos Carax avec Marion Cotillard, que l'on a coproduit et qui aurait fait un très bon film d’ouverture!" Les organisateurs ont malgré tout maintenu leur "marché du film" (là où se vendent et s’achètent les films), mais… en ligne. "On pourra même louer des pavillons virtuels, mais je ne suis pas convaincu de l’efficacité de la chose, et puis il faudra hyper-sécuriser la plateforme pour éviter le piratage."

Philippe Reynaert ne peut ainsi que constater l’impact des technologies sur son secteur. "On dit que les épidémies accélèrent le cours de l’histoire; avec ce confinement, on a vu l’importance des plateformes de vidéo à la demande dans le cycle économique de notre secteur. Je crois que cela va s’accentuer."

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