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interview

Pierre-Frédéric Nyst: "Nous demandons un report au 31 décembre du moratoire sur les faillites"

Pierre-Frédéric Nyst, président de l'Union des classes moyennes (UCM). ©BELGA

Il faut renforcer certains dispositifs de soutien si on veut éviter une avalanche de faillites dans les secteurs qui ne pourront pas rouvrir le 11 mai prochain.

Le président de l’Union des classes moyennes (UCM), Pierre-Frédéric Nyst, assure que les commerçants sont fin prêts pour la réouverture générale de lundi prochain. Il regrette toutefois le manque de clarté de certaines dispositions prises par le Conseil national de sécurité.

Vous ne redoutez pas une ruée incontrôlable sur les magasins lundi prochain?
C’est une crainte en effet. Nous voudrions éviter que cette réouverture ne prenne l’allure d’un premier jour des soldes. Les commerçants sont prêts et ils feront en quelque sorte la police au sein de leur établissement. Mais nous comptons aussi sur les bourgmestres pour qu’ils assurent la police des espaces publics dans les rues commerçantes.

"Nous voudrions éviter que cette réouverture ne prenne l’allure d’un premier jour des soldes."

N’aurait-il pas fallu rendre obligatoire le port du masque dans les commerces?
Question de bon sens, oui. C’eût été plus clair pour tout le monde. Ceci étant, notre crainte était que l’on impose aux commerçants de fournir le masque au client. Pour un petit établissement, il aurait été très difficile de se fournir en masques. D’où notre préférence pour une recommandation du masque plutôt qu’une obligation.

Dix mètres carrés par client, pour un petit commerce, cela signifie un client à la fois…
Nous avons en effet un petit problème avec cette contrainte. Certains établissements, comme les magasins de bonbons, sont tellement petits qu’ils ne pourront pas prendre plus d’un client à la fois. Nous misons beaucoup sur le bon sens de chacun, qu’il soit client ou commerçant.

L’interdiction des marchés est-elle toujours justifiée?
A nouveau, la clarté fait défaut. Le Conseil national de sécurité a confirmé l’interdiction des marchés mais il fait une exception pour les marchands ambulants. Dès que vous avez plusieurs marchands ambulants qui installent leur échoppe, cela s’appelle un marché… De son côté, la ministre de l’Economie Nathalie Muylle a dit OK pour les food trucks. Tout cela n’est pas très clair. Les arguments des maraîchers me semblent tout à fait recevables, d’autant qu’ils travaillent en plein air. Je les comprends et nous essayons de les défendre.

"Les fleuristes vivent très mal la situation qui leur est imposée."

Pour les fleuristes, toujours obligés de rester fermés, n’y a-t-il pas un risque de concurrence déloyale?
Les fleuristes vivent très mal la situation qui leur est imposée. Ils ne comprennent pas pourquoi ils ne peuvent pas vendre leurs bouquets, alors qu’on peut s’en procurer sans problème dans les grandes surfaces et les pompes à essence.

N’aurait-il pas mieux valu dresser une liste claire des commerces autorisés ou de ceux qui ne le sont pas?
Avec une liste, on risque de retomber sur le problème des codes Nace (la nomenclature officielle qui sert à classer les activités économiques des entreprises, NDLR) qui sont parfois anciens et dépassés par la réalité économique. On risque ainsi de créer de nouvelles discriminations au niveau des indemnités.

L’horeca ne rouvrira pas avant le 8 juin dans le meilleur des cas. Faut-il s’attendre à une avalanche de faillites dans le secteur?
L’horeca a été le premier secteur à fermer et sera sans doute, avec les événements de masse, le dernier à rouvrir. Ces derniers ont cependant reçu le 31 août comme date de réouverture. C’est loin, mais au moins ils savent à quoi s’en tenir et peuvent commencer à s’organiser. L’horeca en revanche reste voué à l’incertitude. Tout juste sait-on que les restaurants pourraient rouvrir à partir du 8 juin, à condition que tout se passe bien d’ici-là. Le secteur vit une situation très difficile. Les primes qui sont prévues sont des mesures one-shot. Et sur les 60.000 dossiers introduits en Wallonie, seuls 15.000 ont déjà touché leur aide de 5.000 euros. Après, on ne sait pas ce qu’il adviendra. Il y aura beaucoup de faillites dans le secteur, c’est une certitude.

160
euros
"Nous demandons, comme cela se fait déjà en Flandre, une indemnisation forfaitaire de 160 euros par jour de fermeture supplémentaire au-delà du 22 avril."

Comment les aider?
Nous demandons quatre choses. Premièrement, le moratoire sur les faillites, qui expire en principe le 17 mai, devrait être prolongé jusqu’au 31 décembre 2020. A défaut, on pourrait dès le 18 mai exiger que des établissements puissent être mis en faillite. Deuxièmement, nous demandons, comme cela se fait déjà en Flandre, une indemnisation forfaitaire de 160 euros par jour de fermeture supplémentaire au-delà du 22 avril. Troisièmement, nous allons batailler pour que le droit-passerelle (l’indemnité de chômage pour les indépendants, NDLR), qui couvre les mois de mars, avril et mai, soit prolongé jusqu’au mois de juin, au moins pour les secteurs les plus touchés. Quatrièmement enfin, nous souhaitons que les aides publiques qui existent déjà soient vraiment encouragées et utilisées au mieux. Je pense au prêt coup de pouce en Wallonie, au prêt Proxi à Bruxelles, ou encore à l’extension du tax shelter à l’horeca et aux artistes.

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