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Port du masque obligatoire: pourquoi un tel revirement?

Le comité de concertation, réunissant des ministres du Fédéral, dont la Première ministre Sophie Wilmès, et des Régions, a décidé d'imposer le masque dans une série de lieux publics clos. ©BELGA

Magasins, cinémas, salles de spectacle... Les autorités ont subitement changé d'avis et rendu obligatoire le port du masque. Explications.

L'annonce a surpris tout le monde: un comité de concertation (Régions et Fédéral, accompagné cette fois du GEES) a annoncé jeudi, en fin de journée, que le port du masque serait rendu obligatoire dès ce samedi 11 juillet dans une série de lieux publics clos:

  • Magasins et centres commerciaux
  • Cinémas
  • Salles de spectacle ou de conférence
  • Auditoires
  • Lieux de culte
  • Musées et bibliothèques

À plusieurs reprises, depuis la réouverture des magasins non-alimentaires le 11 mai dernier, des experts s'étaient prononcés en faveur de l'obligation du port du masques dans ces lieux clos, où les distances de sécurité sont parfois difficiles à respecter. Les syndicats (Setca, CNE) avaient également plaidé en faveur de cette obligation, tandis que Comeos freinait des quatre fers.

Bref, sur cette question comme sur beaucoup d'autres dans cette crise du coronavirus, on se trouvait face à des "guidelines" qui étaient données aux commerçants et clients, et puis chacun se débrouillait en fonction de sa situation et de sa sensibilité.

Ainsi, dans les supermarchés par exemple, tandis que les dispositifs de désinfection des caddies et de gestion des files refluent progressivement, clients masqués et non masqués se croisent dans les rayons. Dans d'autres commerces, par contre, le masque est obligatoire.

Désormais, tout le monde sera logé à la même enseigne.

De la pression, des contaminations et les soldes

Mais qu'est-ce qui a poussé les autorités à subitement changer leur fusil d'épaule? Les raisons sont multiples.

  1. Le nombre moyen de contaminations tend à stagner. Autrement dit, il ne diminue plus. "Ce qui est inquiétant", reconnaît Yves Van Laethem, porte-parole interfédéral Covid-19. Les autorités ont donc préféré jouer la prudence et anticiper.
  2. Le profil des nouveaux contaminés inquiète également les experts. Il s'agit en premier lieu de jeunes de 20 à 29 ans, ensuite de jeunes adultes de 30 à 39 ans. "Ces jeunes sont certes peu malades, mais sont porteurs", rappelle Yves Van Laethem.
  3. Le contexte international, avec des reconfinements par ci par là, a sans doute aussi joué. Les autorités ont notamment été critiquées pour avoir "découvert le 6 juillet que les vacances commençaient le 1er juillet". En clair: on leur reproche de n'avoir pas anticipé. Il fallait reprendre le contrôle en montrant qu'il y avait toujours bien un pilote dans l'avion Covid-19.

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  4. La période des soldes approche. Cette année, elle a lieu en août. Les soldes attirent généralement les foules, ce qui génère des files, de l'affluence dans les artères commerciales et les centres commerciaux. Les autorités ont donc voulu cette fois... anticiper.
"Toutes ces raisons sont de bonnes raisons pour rendre obligatoire les masques".
Yves Van Laethem
Porte-parole interfédéral Covid-19.

Et puis, rappelons que jeudi matin, le Conseil supérieur de la santé (CSS, l'organe scientifique du SPF Santé) avait recommandé le port du masque obligatoire dans les magasins. Ne pas suivre l'avis d'experts indépendants, c'est une chose; ne pas suivre l'avis des scientifiques employés par l'administration fédérale, c'en est une autre...

"Etant donné son utilité démontrée contre les gouttelettes et microgouttelettes des sécrétions respiratoires et l'urgence de protéger la santé publique, le masque devrait être obligatoire dans les magasins."
Conseil supérieur de la santé

La Première ministre Sophie Wilmès a d'ailleurs été interpellée à ce sujet à la Chambre jeudi après-midi. Un Conseil national de sécurité était prévu le 15 juillet pour évoquer le sujet. Les choses se sont finalement accélérées et un comité de concertation, accompagné des membres du Groupe d'experts de l'Exit Strategy (GEES), a décidé, dès jeudi soir, de serrer la vis. Le GEES a appuyé l'avis du CSS.

Ce vendredi, lors d'une conférence de presse, la Première ministre a confirmé que les experts de ces deux groupes avaient recommandé unanimement le port du masque "dans certaines circonstances". D'où la décision de l'imposer rapidement dans les lieux précités.

Sophie Wilmès a également prévenu:

"Si l’épidémie devait reprendre, nous pourrions prendre des mesures supplémentaires. (...) Ce n’est pas drôle mais ce sera peut-être un jour nécessaire."

Sanction pénale

"Les citoyens qui ne respectent pas l’obligation de port du masque s’exposent à une sanction pénale, comme prévu dans l’arrêté ministériel. De plus, le texte prévoira spécifiquement la possibilité de fermeture des établissements qui enfreindraient les règles en vigueur de manière répétée", a averti le comité de concertation. Pour rappel, les masques ne sont jamais obligatoires pour les enfants de moins de 12 ans.

Port du masque en tissu: les erreurs à ne surtout pas commettre - Tuto

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