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Pour atteindre les 65%, la vaccination bruxelloise se démultiplie

Les cinq "vacci-bus" continueront à sillonner Bruxelles. Pour connaître leur lieu de passage, une seule adresse: https://coronavirus.brussels. ©Tim Dirven

Après les antennes locales, les équipes mobiles, les activités sportives ou les lieux de cultes, la vaccination débarque en entreprise, dans les commerces et les écoles.

C'était déjà le cas avant, puisque cela fait belle lurette que la vaccination contre le Covid-19 progresse moins prestement à Bruxelles que dans le reste du pays. Ça l'est encore plus depuis vendredi, et ce Comité de concertation qui a acté la poursuite des assouplissements à partir de septembre, partout en Belgique hormis dans la capitale, "punie" pour sa plus faible couverture vaccinale. Bref, ces temps-ci, tous les regards sont tournés vers Bruxelles – ce n'est pas la première fois, notez bien.

"Depuis le début de la campagne, on sait qu'il faut fournir proportionnellement plus d'efforts à Bruxelles. L'adhésion automatique à la vaccination est moins forte qu'en Flandre et en Wallonie, surtout chez les moins de 45 ans."
Alain Maron
Ministre bruxellois de la Santé

Au moins en est-on conscients, à Bruxelles. "Depuis le début de la campagne, on sait qu'il faut fournir proportionnellement plus d'efforts à Bruxelles, résume le ministre bruxellois de la Santé, Alain Maron (Ecolo). L'adhésion automatique à la vaccination est moins forte qu'en Flandre et en Wallonie, surtout chez les moins de 45 ans."

Alors qu'en Flandre, 91% des adultes ont déjà reçu une première injection et que la Wallonie en est à 80%, Bruxelles est distancée avec ses 64%. Un retard qui se marque essentiellement chez les moins de 45 ans.

Quelle ampleur, la 4e vague?

Les facteurs permettant d'expliquer cette réticence ne manquent pas: disparité socioéconomique, fracture numérique, pyramide des âges – la population bruxelloise étant plus jeune –, accès aux soins plus difficile, près de 40% de la population de la capitale n'ayant pas de généraliste. Ajoutez à cela la cohabitation de 182 nationalités et le fait que pas loin de 35% de la population dispose de la double nationalité; la Cocom, en charge de la campagne, estime que 3 à 4% des troupes bruxelloises se sont fait vacciner en dehors du territoire, ce qui n'apparaîtrait pas dans les données officielles.

7%
Des personnes admises à l'hôpital à Bruxelles entièrement vaccinées
Dans la capitale, de la mi-juillet à la mi-août, pas moins de 93% des admissions à l'hôpital pour cause de covid sont le fait de personnes non vaccinées, ou pas entièrement.

Autant de causes qui ne constituent pour autant pas un plan d'action. Mais justifient la prudence affichée sur le sentier du retour à la normale. Parce que ce faible enthousiasme pour le vaccin se double d'une situation épidémiologique mitigée. Qui voit 93% des personnes hospitalisées présenter un schéma vaccinal inexistant ou incomplet tandis que, d'après une enquête de la Cocom, sur 51 lits en soins intensifs, seuls 2 sont occupés par des patients totalement vaccinés, mais présentant des comorbidités.

"Si l'on ne fait rien, nous serons confrontés à une évolution similaire à celle de la rentrée 2020", avertit Alain Maron. D'où l'ambition émise par les autorités bruxelloise: atteindre, d’ici à la fin du mois d'octobre, un taux de vaccination en première dose d'au moins 65% de la population totale. Pour ce faire, il faudra turbiner à quelque 16.000 premières injections par semaine.

65%
de la population vaccinée (une dose) pour la fin octobre
Tel est l'objectif bruxellois: d'ici à la fin octobre, protéger par une première dose au moins 65% de sa population totale, ce qui nécessite d'administrer quelque 16.000 premières injections par semaine.

65%? D'après les simulations, ce taux permettrait de ne pas dépasser le pic hospitalier atteint lors de la 3e vague, au printemps 2021. Une évaluation est prévue fin septembre; c'est à l'aune de ces résultats que Bruxelles se prononcera, ou non, en faveur d'un usage élargi du "covid safe ticket".

Une ambition qui nécessite, c'est évident, de maintenir le dispositif en place, et de l'intensifier. Soit quatre centres de vaccination doublés de trois antennes locales, qui passeront à six. Les cinq "vacci-bus" continuent à sillonner la ville; les équipes mobiles s'occupent des sans-abris et des personnes ne pouvant se déplacer; les trente agents engagés par la Fédération des services sociaux et l'Agence intermutualiste dans le cadre du projet "Alcov" – pour "agir localement pour contrer le virus" – poursuivent leur travail de sensibilisation au sein de 50 quartiers prioritaires. Au menu encore et toujours: lieux de culte, activités sportives ou pour la jeunesse. Puisque Bruxelles rechigne à aller à la vaccination, c'est celle-ci qui se déplace et se démultiplie.

Entreprises, écoles et commerces

La rentrée, elle, sera faite de nouveautés. Avec le concours des fédérations patronales, Beci en tête, la vaccination s'implantera en entreprises. "Nous sommes déjà en contact avec plus de dix grandes entreprises", détaille Inge Neven, la "Madame vaccination" de la Cocom.

"Nous sommes déjà en contact avec plus de dix grandes entreprises où le télétravail est difficile."
Inge Neven
Cocom

Action, Carrefour, Ikea ou Primark: avec l'aide de Comeos, le commerce entre dans la danse puisqu'il sera bientôt possible, dès la semaine prochaine, de se faire vacciner (avec une dose de Johnson & Johnson) en faisant son shopping. (Pour toutes les informations, une seule adresse: coronavirus.brussels.)

Les écoles figurent aussi au programme: sensibilisation à partir de la rentrée, vaccination dès le 13 septembre. Comme en entreprise où Bruxelles espère toucher le travailleur et sa famille, la cible est ici large: élèves de plus de 12 ans, membres du personnel et toutes les familles tournant autour.

Le GEMS préconise la vaccination obligatoire des professeurs, coiffeurs et serveurs

Outre la vaccination obligatoire pour le personnel soignant, le GEMS, ce groupe d'experts qui conseille les autorités dans la gestion de la pandémie de coronavirus, recommande aussi de l'imposer aux enseignants, aux coiffeurs et aux serveurs, ressort-il de l'avis qu'il a communiqué en vue du dernier Comité de concertation de vendredi dernier.

Pour rappel, le Codeco a demandé vendredi dernier au ministre de la Santé d'explorer sous quelles modalités la vaccination pourra être imposée au personnel soignant. Mais, dans ce même avis, les experts du GEMS recommandent d'envisager aussi celle-ci pour toutes les professions à haut risque. Les experts citent notamment les travailleurs des secteurs "de l'enseignement, de l'horeca, de la transformation de viande, les sportifs professionnels et les métiers de contacts".

Avant de passer à la contrainte, les experts recommandent toutefois de mener tous les efforts auprès du public pour "stimuler la motivation intrinsèque" à se faire vacciner. Ils attirent aussi l'attention sur les effets négatifs possibles que la mesure pourrait avoir sur les autres programmes de vaccination, comme la rougeole et la coqueluche.

Quant au recours au "covid safe ticket", les experts estiment que son élargissement aux activités de tous les jours (établissements horeca, école, travail) serait "contreproductif" et interprété "comme une obligation cachée". 

Rappelons que le Codeco a laissé aux entités fédérées la liberté d'imposer l'outil "pour d'autres activités que les grands événements" si la situation épidémiologique ou vaccinale le requiert.

Le résumé

  • Pour la fin du mois d'octobre, Bruxelles veut avoir vacciné, en première dose, au moins 65% de sa population totale.
  • Ce qui devrait permettre d'éviter une saturation hospitalière, façon rentrée 2020.
  • Entreprises, écoles, lieux de cultes, "vacci-bus", à domicile, équipes mobiles, dans les commerces: la vaccination joue sur le plus de terrains possible afin de cibler non plus des groupes, mais des individus.
  • La progression sera évaluée fin septembre. C'est cela, notamment, qui déterminera si Bruxelles fera, ou non, un usage étendu du "covid safe ticket".

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