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Pour une corona-solidarité

L'Europe est appelée à faire preuve de solidarité vis-à-vis de l'Italie.

À crise exceptionnelle, mesures exceptionnelles. Cela doit rester la formule clé, le "mantra", dans cette crise. Qui aurait pu imaginer que l’on parlerait, avec autant de facilité et de détachement, de "monnaie hélicoptère" pour arroser les ménages de billets de banque afin de soutenir la consommation? Récemment, la Banque d’Angleterre a brisé une sorte de tabou, en promettant de faire tourner la planche à billets pour financer l’État. De manière temporaire tout au moins.

Le soutien aux pays les plus fragilisés par cette crise, l’Italie ou l’Espagne, doit faire partie de ces "mesures exceptionnelles". Personne à Milan, Rome ou Madrid n’est responsable de cette crise du coronavirus. Non seulement elle a engendré un important nombre de décès dans ces pays, mais, économiquement fragiles, ils vont en outre subir très durement cet été l’impact de la chute attendue des recettes liées au tourisme. Une double peine en quelque sorte. La dette italienne risque d’exploser et les taux d’intérêt de la péninsule se tendre encore davantage, aggravant encore les problèmes.

En l'absence de solidarité, la zone euro sera prochainement plongée dans de nouvelles turbulences.

L’Europe, qui se réunit en sommet virtuel ce jeudi, ne peut rester indifférente. On connaît les réticences de pays du nord, Allemagne et Pays-Bas en tête, à envisager une réelle solidarité sous forme d’un instrument de dette commun, des "eurobonds" rebaptisés pour l'occasion "coronabonds". Qu’on leur donne alors un autre nom et que l’on s’assure qu'il s'agira bien d'une émission "one-shot" où les États les plus touchés par la crise bénéficieront temporairement de taux proches de 0%.

L'économiste Paul De Grauwe propose que les États émettent dans une certaine limite, par exemple 10% de leur PIB, des obligations perpétuelles à 0%, qui seraient achetées par la BCE. L'ancien chef économiste de la BCE, Peter Praet, évoque pour sa part un emprunt de longue durée à taux zéro. Des solutions existent et elles ne paraissent nullement insurmontables à mettre en œuvre.

En l'absence de toute solidarité, la zone euro sera prochainement plongée dans de nouvelles turbulences. Avec toutes les conséquences négatives que cela impliquera, y compris pour les Pays-Bas et l'Allemagne. Ne donnons pas l'occasion aux Italiens de dire que "c'était mieux avant", à l'époque où ils pouvaient émettre leur propre monnaie. La zone euro n'y survivrait pas.     

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