Pourquoi certains vaccins déclenchent-ils une thrombose?

Les vaccins de Johnson & Johnson et d'AstraZeneca sont basés sur la même technologie, un adénovirus utilisé comme vecteur. ©AFP

Les cas de thromboses apparus suite aux injections de certains vaccins anti-Covid semblent liés spécifiquement aux vaccins à vecteur adénoviral, comme ceux d'AstraZeneca et Johnson & Johnson.

La Belgique attendra avant d'injecter ses premières doses du vaccin Janssen (Johnson & Johnson) contre le Covid-19, initialement prévues pour ce vendredi. Un lot de 36.000 doses a pourtant été livré en début de semaine, qui permettrait de vacciner autant de personnes. Mais c'est la firme qui a demandé à ses clients de suspendre l'utilisation de son produit après l'apparition de quelques cas graves de thromboses aux États-Unis, dont certains mortels. Elle a aussi suspendu ses livraisons.

Bis repetita, puisque le vaccin AstraZeneca connaît ces mêmes problèmes, des thromboses suite à l'injection, ce qui a poussé la Belgique à réserver ce produit aux plus de 55 ans. Le gouvernement belge attend l'évaluation de l'EMA, l'Agence européenne des médicaments, avant de décider de l'utilisation future du vaccin de J&J.

Une action combinée parfois néfaste

Pourtant, ces deux vaccins avaient été jugés "sûrs" par les autorités, tant par la FDA américaine que par l'EMA européenne. Alors qu'est-ce que celles-ci ont raté, qu'est-ce qui n'est pas apparu lors des études cliniques et qui se déclenche maintenant? Y a-t-il un lien entre ces thromboses et l'injection?

"L'action combinée de l'adénovirus-vecteur et de la spike protéine vaccinale est responsable de cette réaction auto-immune heureusement très rare."
Michel Goldman
Immunologiste (ULB) et président de l'AstraZeneca Foundation

Selon le professeur Michel Goldman (ULB), spécialiste en immunologie et président de l'AstraZeneca Foundation, c'est "l'action combinée de l'adénovirus-vecteur et de la spike protéine vaccinale" qui est "responsable de cette réaction auto-immune heureusement très rare". Il pointe que le New England Journal of Medicine rapporte un cas de thrombose atypique associé au même marqueur d’auto-immunité que celui retrouvé avec le vaccin d’AstraZeneca

Ce cas concerne une femme de race blanche, âgée de 48 ans. Un scanner cérébral réalisé après le signalement d'une céphalée a montré une thrombose des sinus veineux cérébraux. La patiente a ensuite déclenché une thrombose progressive avec un accident vasculaire cérébral hémorragique puis un thrombus impliquant les veines hépatiques et spléniques droites. Il s'est avéré qu'elle avait reçu le vaccin Ad26.COV2.S de Johnson & Johnson 14 jours avant l'apparition des symptômes.

Un cas pendant l'étude clinique

Les auteurs de l'étude, des médecins du University of Nebraska Medical Center, relèvent qu'au cours de l'évaluation clinique du vaccin de J&J, un homme de 25 ans avait présenté une thrombose symptomatique du sinus transverse 19 jours après l'injection. L'enquête et l'avis des experts avaient considéré que cela n'était pas lié au vaccin.

"Notre cas suggère que la rareté de la thrombocytopénie immunitaire thrombotique induite par un vaccin pourrait être liée aux vaccins à vecteur adénoviral."
Médecins du University of Nebraska Medical Center

Mais "cette conclusion peut nécessiter une réévaluation à la lumière de l'évolution clinique de notre patient", notent les auteurs. "Contrairement aux vaccins Pfizer-BioNTech et Moderna, qui sont basés sur l'ARN messager, les vaccins ChAdOx1 nCov-19 et Ad26.COV2.S sont des vaccins ADN basés sur des vecteurs adénoviraux non répliqués. Notre cas suggère que la rareté de la thrombocytopénie immunitaire thrombotique induite par un vaccin pourrait être liée aux vaccins à vecteur adénoviral."

"Après le vaccin AstraZeneca, le vaccin Johnson & Johnson risque fort de voir son administration restreinte."
Michel Goldman
Immunologiste (ULB) et président de l'AstraZeneca Foundation

"Après le vaccin AstraZeneca, le vaccin Johnson & Johnson risque fort de voir son administration restreinte", note Michel Goldman. Pour lui, il est urgent d’optimiser l’utilisation des doses de vaccins Pfizer et Moderna en n’injectant qu’une seule dose à celles/ceux qui ont déjà fait le Covid. Il signale que deux nouveaux articles montrent des taux d’anticorps neutralisants très élevés après une seule dose chez ceux qui ont fait le Covid. 

Autre enquête de l'EMA sur le vaccin d'AstraZeneca

L’Agence européenne des médicaments (EMA) a lancé également une enquête sur d’éventuels liens entre le vaccin AstraZeneca et des cas de problèmes de vaisseaux sanguins, appelés syndrome de fuite capillaire.

L’EMA étudie cinq cas de syndrome de fuite capillaire, caractérisé par la fuite de liquide des vaisseaux sanguins, causant le gonflement des tissus et une chute de la pression sanguine.

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