Pourquoi une relance "verte" serait économiquement plus efficace

L'investissement dans les énergies renouvelables permet à la fois de créer de l'emploi à long terme et de faire baisser le prix de l'énergie pour les générations futures sur qui pèseront les dépenses engrangées pour relancer l'économie. ©Dufour

Une enquête auprès de 231 fonctionnaires des finances, banquiers centraux et experts conclut que les mesures de relance qui serviront aussi à combattre le réchauffement seront économiquement les plus efficaces.

Les arbitrages que feront les gouvernements au cours des six prochains mois pour orienter la relance de l'économie seront déterminants: soit ils accéléreront l'effort de décarbonation de l'économie, soit ils le ralentiront. Or le bilan d'étape ne plaide pas en faveur de la stabilisation du climat.

Sur les quelque 7.300 milliards de dollars de dépenses fiscales que les pays du G20 avaient adoptées en avril en réponse à la crise, 92% maintenaient le statu quo en matière climatique.

Une étude publiée mardi dans l'Oxford Review of Economic Policy souligne que les mesures prises jusqu'ici sont largement de nature à maintenir le réchauffement climatique sur sa trajectoire. L'étude, notamment signée par l'économiste du changement climatique Nicholas Stern et le prix Nobel Joseph Stiglitz, évalue que sur les 7.300 milliards de dollars de dépenses fiscales que les pays du G20 avaient adoptées en avril pour répondre à la crise, 92% maintiennent le statu quo en matière climatique, alors que 4% accélèrent l'augmentation des émissions et 4% le ralentissent

Or si un objectif clé de tout plan de relance est de restaurer confiance et stabilité, il n'est pas inutile de rappeler que le "business as usual" mène à des augmentations de température de plus de 3°C, synonymes d'instabilité et de lourds dégâts socio-économiques. Le freinage forcé de l’économie en raison du Covid-19 a certes un effet immédiat sur les émissions: selon l'Agence internationale de l'énergie, la production mondiale de gaz à effet de serre pourrait baisser de 8% cette année. Sans intervention cependant, non seulement les émissions repartiront une fois la pandémie maîtrisée, mais elles seront portées par la baisse d'investissements dans les capacités d'énergies renouvelables qui résulte de la crise. Or selon l'agence des Nations unies pour l'environnement (UNEP), les émissions mondiales devaient baisser de 7,6% chaque année entre 2020 et 2030 pour espérer contenir le réchauffement sous 1,5°C.

Une question d'efficacité

Les auteurs de l’étude ont interrogé en avril 231 fonctionnaires des finances, banquiers centraux et autres experts sur les cinq continents sur les politiques de relance à leurs yeux les plus efficaces. On retrouve parmi les mesures "les plus désirables" les investissements dans les soins de santé, dans la recherche et développement propre ou dans les infrastructures d'énergie propre. Et parmi "les moins performantes", le sauvetage des compagnies aériennes, le développement d’infrastructures de transports traditionnels et les réductions d'impôts.

En  combinant les réponses d'experts et une compilation d'études académiques, les auteurs pointent cinq types de politiques de relance économiquement et climatiquement efficaces: investir dans des infrastructures d'énergies renouvelables et de capture et stockage de carbone ; dans l’efficacité énergétique des bâtiments ; dans l’éducation et la formation pour répondre au chômage immédiat ; dans la régénération et la résilience des écosystèmes (en particulier l'agriculture raisonnée) ; et dans la recherche et développement "propre".

"Quand on investit dans les énergies renouvelables, cela génère à court terme plus d'emplois, précisément quand on en a besoin, et permet à long terme de disposer d'énergie à un coût très limité."
Cameron Hepburn
économiste, Oxford

Ils appuient notamment ces recommandations sur l’analyse des plans de relance fiscaux déclenchés lors de la crise financière mondiale de 2009, qui a montré que la minorité de mesures orientées vers des politiques "vertes" (63 sur 196 plans étudiés) se sont révélées économiquement plus efficaces que les stimulus fiscaux traditionnels. "Quand on investit dans les énergies renouvelables, cela génère à court terme plus d'emplois, précisément quand on en a besoin, et permet à long terme de disposer d'énergie à un coût très limité", souligne Cameron Hepburn, un des coauteurs de l'étude.

Pour construire des plans de relance, les politiques doivent chercher à en maximiser l’impact économique en tenant compte du long terme, soulignent encore les auteurs. Des plans qui se concentreraient sur la consommation de court terme pourraient exacerber les iniquités intergénérationnelles, contrairement à des plans qui se concentreraient sur des investissements productifs qui délivrent des retours durables aux générations futures. Et lorsque la dépense publique pour soutenir des secteurs polluants s’avère incontournable, elle devrait être conditionnée, concluent les économistes: typiquement, le sauvetage de compagnies aériennes devrait être lié à des trajectoires de baisse d'émissions assorties de sanctions si elles n’étaient pas respectées.

Bref, ne financez pas aveuglément la régénération des emplois perdus, laissez disparaître les emplois "bruns" et investissez dans les "verts", concluent ces économistes. Si les experts convergent pour le dire, reste à voir où ira le politique.

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