edito

Prendre le virus de vitesse

Pouvoirs spéciaux utiles faute d'un exécutif stable

A circonstances exceptionnelles, mesures exceptionnelles. Dix partis (y compris la N-VA) ont accordé jeudi les pouvoirs spéciaux au gouvernement Wilmès II pour trois mois, renouvelable une fois. Objectif : juguler la crise sanitaire et ses conséquences économiques, qui s’annoncent d’ores et déjà désastreuses.

Ce n’est pas la première fois que la Belgique se retrouve en régime de pouvoirs spéciaux. Ce fut le cas sous Martens-Gol, pour sortir le pays de la crise économique, et sous l’ère Dehaene, pour permettre à la Belgique d'intégrer le club des pays fondateurs de l’euro.

Aujourd’hui, on dépasse la sphère socio-économique. Les pouvoirs accordés au cabinet Wilmès pourront aussi toucher au maintien de l’ordre public ou à certaines libertés fondamentales (droit de circuler, de se rassembler, etc.). D’où la nécessité d’un suivi étroit.

On mesure à quel point les tergiversations du début de la crise se paient cher aujourd'hui.

L’idée sous-jacente aux pouvoirs spéciaux n’est pas de museler le débat public. Il s’agit de prendre de vitesse un virus qui se moque bien des procédures parlementaires. On mesure à quel point les tergiversations du début de la crise se paient cher maintenant. Chaque hésitation aujourd’hui se traduira demain en prolongation du confinement et, surtout, en perte de vies humaines.

Gageons qu’avec ce dispositif, le gouvernement minoritaire disposera de l’arsenal nécessaire pour gérer cette crise. On regrettera toutefois qu’une union sacrée rassemblant les plus grands partis démocratiques au nord et au sud du pays n’ait pu voir le jour afin de doter l'exécutif d'une assise large et stable.

La gravité de la situation aurait mérité que l’on enterre querelles idéologiques et arrière-pensées communautaires pour se concentrer sur un seul but : vaincre ce satané virus et empêcher que la récession annoncée ne se transforme en chute verticale, comme le prédit Nouriel Roubini.

Lors du week-end houleux des 14 et 15 mars, la classe politique a raté une occasion unique de restaurer son crédit auprès de la population. Une telle occasion ne se représentera pas de sitôt. C’est d’ailleurs tout le mal qu’on peut se souhaiter.

Lire également