Près d'un indépendant sur deux compte licencier du personnel

La situation de beaucoup d’indépendants reste préoccupante, au point que plus d’un sur deux envisage de réduire les effectifs qu’il emploie. ©Photo News

L'UCM demande de prolonger jusque fin décembre le chômage temporaire et le moratoire sur les faillites.

La situation de beaucoup d’indépendants reste préoccupante, au point que plus d’un sur deux envisage de réduire les effectifs qu’il emploie. C’est ce qui ressort d’une enquête de l’Union des classes moyennes (UCM) auprès de 4.000 de ses membres.

De manière générale, la situation est certes moins mauvaise qu’en mars. À mesure que se déploie le déconfinement, seules 22% des entreprises sont encore fermées contre 61% en mars. Entretemps, 78% des entrepreneurs ont reçu des aides régionales ou fédérales. Le retard dans le versement des aides a été pratiquement résorbé. "Sauf qu’on demande toujours de certifier le compte bancaire sur lequel le montant sera versé", s’étonne le président de l’UCM, Pierre-Frédéric Nyst, qui y voit une tracasserie inutile.

87%
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87% des indépendants souffrent toujours d'une baisse du chiffre d'affaire.

La situation reste cependant difficile : 87% des indépendants souffrent d’une forte baisse du chiffre d’affaires, 88% ont des problèmes de rentabilité et 60% ont ralenti ou stoppé leurs investissements. Problèmes de trésorerie, pertes de clientèle suite aux changements d’habitude et baisses de revenus du ménage sont devenus le lot quotidien pour la plupart d’entre eux.

L’environnement économique incertain reste le facteur le plus entravant à la reprise de l’activité, suivi de la faiblesse de la demande et de la pression fiscale. La difficulté d’approvisionnement et la difficulté d’obtenir un crédit ne sont mentionnées que marginalement.

CDD condamnés

Ce marasme généralisé risque de plomber l’emploi. Plus de la moitié (57%) des employeurs travaillent déjà avec moins de personnel que précédemment. Ils ont réduit le nombre d’étudiants, d’intérimaires, ou n’ont pas reconduit les CDD. Et près d’un sur deux (44%) envisage de licencier dans les mois qui viennent.

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Près d’un indépendant sur deux (44%) envisage de licencier dans les mois qui viennent.

C’est pourquoi l’UCM demande de prolonger le chômage temporaire pour force majeure dans tous les secteurs jusque fin décembre 2020. Elle suggère aussi d’augmenter les aides à l’emploi et de supprimer les cotisations ONSS sur les indemnités de préavis et la possibilité de mensualiser le paiement de cette indemnité

Pour espérer redresser la barre, les entreprises pensent avant tout à changer de business model, par exemple en augmentant le télétravail ou en revoyant la politique d’octroi de voitures de société.

Gel des faillites : stop ou encore ?

Précédemment, l’UCM avait demandé de prolonger jusque fin de l’année le gel des faillites. La mesure s’arrête en principe le 17 juin. Dans La Libre vendredi, le président du tribunal de l’entreprise à Bruxelles, Paul Dhaeyer, avait demandé de ne pas prolonger la mesure afin notamment de ne pas mettre à mal les créanciers et de freiner le commerce. L’avocat et ancien curateur Alain Zenner avait lancé un appel similaire précédemment.

"Une faillite, pour un indépendant, c’est d’abord une catastrophe, on vend sa maison."
Pierre-Frédéric Nyst
Président de l'UCM

Pierre-Frédéric Nyst ne partage pourtant pas cette analyse : "Il faut d’abord laisser du temps au temps. Si le moratoire n’est pas prolongé, une entreprise fragilisée qui a relancé son activité le 8 juin pourrait déjà recevoir une citation en justice quinze jours plus tard... Dans le contexte actuel, c’est très décourageant."

A ceux qui affirment qu’une PRJ ou un faillite constitue une opportunité de rebondir, il rétorque : "Une faillite, pour un indépendant, c’est d’abord une catastrophe, on vend sa maison." Il en veut pour preuve le fait que les collaborateurs de l’UCM bénéficient désormais d’un soutien en gestion du stress, tant ils ont régulièrement affaire à des drames humains.

Peu de partis se disent cependant favorables à une prolongation du moratoire sur les faillites, y compris le MR. Seul Défi se montre pour l'heure réceptif à cette idée.

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